
L’esquive,
2007_affiche
322 x 435 cm
sur support
en bois.
Installation
sur le bâtiment des élèves
du lycée
professionnel
Le Mans-Sud.

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L'esquive
PHOTOS / ARNAUD THÉVAL
Les « MOP », c’est comme ça qu’on les appelle. Dans cette énorme cité scolaire de 2 000 élèves (dont 500 en filière professionnelle), j’ai travaillé avec cette section du lycée Le Mans-Sud. « MOP » signifie « Mise en œuvre des objets plastiques ». Par extension, c’est le surnom qu’on a collé à ces élèves qui apprennent à régler des machines et à s’assurer de leur bon fonctionnement. Nous entamons la discussion dès mon arrivée dans la classe, mais je sens bien vite que ces adolescents sont dans une position de défiance à mon égard. Je décide de réaliser une série de portraits d’eux, en « tenue de ville ». Tous sont très stylés. Flingues, panthères, tête de mort, pitbull, les différents motifs qui ornent leurs vêtements relèvent d’une esthétique qui contraste avec leurs personnalités apparemment cool. Je leur propose ensuite de me conduire à leur atelier afin d’effectuer d’autres photos, en bleu de travail cette fois. La lutte commence. « On n’a pas la clé de la salle, Monsieur. » « Pas grave, je vais la demander à votre professeur ». Je m’exécute. Une fois à l’intérieur de l’atelier : « On n’a pas la clé des casiers, Monsieur ». « Pas grave, je vais les demander à votre professeur ». Je sais qu’ils se moquent de moi : « Tant pis, c’est fini pour aujourd’hui. On arrête, on va manger. » Au self, je m’assieds à leur table, les interroge sur leurs goûts musicaux, parle « Ipod ». Ils me prennent pour un ovni. La semaine suivante, sur les quatorze élèves avec qui j’ai théoriquement rendez-vous, dix sont aux abonnés absents ! Puisque je suis là, je vais quand même faire quelques photos avec ceux qui sont présents. Je transforme leur atelier en terrain de jeu. En apprentissage, les « MOP » sont généralement en binômes et se crient des trucs d’un bout à l’autre de la machine. Lors de la séance, je leur demande donc de rattraper des objets. « Pourquoi ? », me questionnent-ils. Ce sera une surprise. Je quitte les quatre élèves à midi, mais avant de reprendre la route, je passe voir le proviseur en réunion avec ses professeurs d’ateliers. Je leur propose de revenir à l’improviste afin de « surprendre » les élèves dans l’usine. Ce que je fais effectivement quelques jours plus tard. Là, ils sont coincés, mais leur refus est tenace. « Qu’est-ce que vous allez faire de notre image ? Et puis, en bleu de travail, c’est pas nous... » Pour preuve, un élève a été jusqu’à reproduire le sigle Nike avec du Blanco sur ses chaussures de sécurité. Je m’interroge : je continue ou j’arrête ? Si j’arrête, c’est un échec pour tout le monde, c’est inopérant d’un point de vue intellectuel. Je trouve un compromis : « Si vous ne voulez pas poser en bleu de travail, c’est qu’il y a une raison. Ce refus, je veux que vous l’assumiez dans l’image. » Ils acceptent le principe de la négociation. Certains se la jouent « caïds », d’autres n’en ont rien à faire du projet et se positionnent en retrait. J’en garde une, réalisée dans les dix premières minutes de la séance. J’y vois une transcendance qui est de l’ordre du mannequinat. Je la retravaille plastiquement, la bleuit. Plus tard, je leur montre l’image du projet, leur demande s’ils veulent bien que je l’affiche dans le lycée, ils n’y sont pas opposés. Ce sont même leurs professeurs qui placardent sur la palissade l’image de leurs élèves. Dans un deuxième temps, je réalise un jeu vidéo « Dégiffmop » dont le principe consiste à aider les « MOP » à retrouver leurs marques. Le jour de la présentation du jeu, il n’y avait aucun absent.
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