
Manifeste Bleu,
2007_affiche
250 x 350 cm
sur support
en bois.
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Manifeste bleu
PHOTOS / ARNAUD THÉVAL
« – D’accord, vous faites des portes et des fenêtres, mais encore ? » « – Bah, on fait des portes et des fenêtres, voilà ». La conversation tourne court, un silence que je n’arrive pas à détourner, rien à faire. Je propose qu’ensemble nous visitions les ateliers, tous les ateliers. Aventure inédite pour ce groupe de menuisiers qui n’a jamais eu l’occasion de sortir du sien. Au détour de l’atelier des peintres, un enseignant nous interpelle, intrigué par notre présence. Et face au groupe, il explique sa vision du métier et de ce qui compte le plus dans le bâtiment : la couche finale, le reste disparaît… Personne ne bronche, à l’image de leur image, celle de la discrétion, voire de l’absence. Nous poursuivons par une série de portraits avec une légère provocation de ma part. À l’instar de mon impression du début, je leur demande de me tirer la langue, langue de bois. Puis un élément clef fait son entrée, la boîte à outils. Nous jouons avec, ils la portent, marchent avec, la porte dans le dos. Puis je propose de sortir de l’atelier avec. Tous râlent, elle est très lourde. Certains vont discrètement la vider. L’image est forte, un groupe en bleu de travail avec comme cadre le lycée. L’image du groupe arrive simplement, ils ont tous leur boîte aux pieds et les mains dans les poches sauf un qui debout sur sa boîte, triture ses clefs. Il se trouve que, seul, celui-ci abandonnera la section menuiserie. L’esprit de corps semble transparaître dans cette image, une présence forte et un retrait en même temps. Plus tard, les enseignants me diront que toute la journée, ils leur rabâchent de ne pas mettre les mains dans les poches. Convaincu que c’est dans la construction d’une forme que le langage de ce groupe peut le plus s’imposer, je leur propose de poursuivre en inventant des formes dans les espaces publics du lycée. Deux prises de positions sont fortement investies ; la sortie du lycée dont la porte sécurisée par l’usage d’un badge individuel et vidéo surveillée sera occupée de part et d’autre de la grille par un cercle de boîtes à outils. À l’heure de la sortie des classes, cette construction aura pour conséquence de provoquer un dérèglement de la porte et un « affolement » des surveillants. Nous tenons bon, une série de portraits individuels est réalisée au milieu de tous et au cœur de l’installation ouvrant le lycée, l’inverse d’un blocus. La fin de l’action laisse le groupe sur une impression de force et de plaisir évident. La suite nous conduira dans le bureau du proviseur adjoint, non pour une remontrance (…) Mais pour y construire une autre forme, un rectangle enserrant son bureau. Quinze menuisiers et leurs boîtes, la situation est saisissante, en partant l’un d’entre eux sort de sa poche une petite étoile en bois qu’il dépose sur le bureau du proviseur adjoint, un souvenir. L’installation au lycée va se dérouler autour de trois œuvres, l’installation d’une palissade face à l’atelier et tournant le dos au flux de l’entrée des lycéens, suggérant un détour pour y voir l’image du groupe. La distribution du « Manifeste bleu » par les menuisiers même à la sortie du lycée, mille affiches retraçant l’historique des actions. Et un jeu vidéo Spice invader bleu transformant la sortie du lycée en scène de bataille dont l’enjeu est de garder la grille ouverte… Manifestement un retournement de situation plaçant ces élèves en position d’une prise de parole dont le corps et la dimension performative des actions bousculent les attendus.
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