par Arnaud Théval
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Détail de Super X, affiche et palissade
Format 250 X 335 cm, Lycée Bertin, Saumur, 2007.



 

Super X
PHOTOS / ARNAUD THÉVAL

Deux heures de retard, des bouchons en quittant Nantes. Les lycéens du Bac pro hôtellerie de Saumur ne m’en tiennent pas rigueur. Volubiles, ils se livrent même une heure et demie durant. Leur futur métier, les contraintes de leur formation, tout y passe dans cette salle de classe dont j’ai cassé le bel ordonnancement en agençant les tables en cercle. Il faut qu’ils se gomment, m’expliquent-ils. Cheveux rouges, gourmettes, piercings, tatouages, tout doit disparaître... Leur image doit être la plus lisse possible pour s’effacer derrière la carte des menus. Paradoxe d’adolescents qui, dans leur vie quotidienne, se construisent avec divers instruments, tout en se déguisant en « pingouin » à l’école. Ce costume, c’est pourtant leur fierté. Les serveurs, corps d’élite de l’établissement scolaire, sont parfois traités de « bourgeois » par leurs camarades d’école. Forcément, ils ont l’impression d’être un peu de la haute.  Je leur demande dans quel lieu clé ils souhaitent que je réalise une photo de groupe. Devant Super U, répondent-ils en chœur. Super U, là où ils achètent leurs sandwiches, leurs bières, là où ils se lachent, où ils aiment se retrouver. Nous avançons vers l’endroit à pied, le groupe se scinde en deux. Les Super favorables et les Super contre, l’enseigne de l’hypermarché est évidemment bien loin de représenter leur corps de métier. « On ne joue pas avec ça », protestent certains. Je décide de mettre un terme à cette journée plus que productive.  Une semaine plus tard, me voilà de retour. Le groupe est très motivé. Tous ou presque ont revêtu leur tenue de travail comme je le leur ai demandé huit jours plus tôt. Dans cette journée de prise de vue, je procède à quatre séances : une dans la salle du restaurant d’application, une où ils doivent libérer leurs gestes, une où ils montrent dans la main les objets qu’ils doivent retirer durant le travail et une desdits objets, il s’agit presque d’un hold up sur leur intimité. Je les embarque sur une terrasse interdite aux élèves. J’aime travailler ainsi, en transgressant sans trop le savoir les règles du jeu. La moindre bosse permet souvent d’aller vers quelque chose d’inattendu. Quand je stoppe la prise de vue, j’aperçois au fond de la cuisine un panier de linge sale avec trois sacs de couleurs bleu, blanc et rouge. Comme une collision avec les couleurs du logo Super U... Je le prends en photo.  Le résultat de ces différentes phases de travail est présenté le 13 septembre à Saumur. Une immense affiche, en exemplaire unique, est plantée dans la cour du lycée sur une palissade dressée pour l’occasion. J’ai cherché un lieu susceptible de faire naître la tension, un endroit qui génére la polémique. Au milieu de la cour, je prends tout le monde au dépourvu. Les élèves photographiés qui se voient grandeur nature, leurs camarades des autres filières, le proviseur et tout le corps enseignant. Je ne cherche plus seulement l’adhésion à une œuvre artistique, mais un choc sensible. Personne ne peut plus toucher à cette affiche. Tu l’enlèves, tu touches à une histoire. À la mémoire.
www.arnaudtheval.com