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Christian Lacroix
LACROIX ET LA MANIÈRE
INTERVIEW / VINCENT BRAUD* PHOTO / PATRICK THIBAULT
Un TGv relooké, un cinéma à nantes, bientôt un tramway à Montpellier… ça “roule” pour christian Lacroix. Lacroix par-ci, Lacroix par-là, ça en agace plus d’un. Ça pose aussi des questions. Sur Lacroix et la manière.

Vous apposez votre griffe sur le cinéma Gaumont à Nantes. Et bientôt sur celui de Rennes. S’occuper d’un cinéma, est-ce bien sérieux quand on s’appelle Christian Lacroix ?  Pour qu’un projet m’emballe, il faut qu’il y ait une charge affective… Le train et le ciné ont en commun de nous emmener en voyage. Quand j’étais enfant, il y avait la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, c’était une poésie. La vie commençait quand j’entrais dans une salle de cinéma ou de spectacle.

Pour autant, n’est-ce pas dévoyer l’art qui est le vôtre ?  je ne suis pas artiste. j’aime les arts appliqués… j’aime être en confrontation avec les impératifs commerciaux. Moi, je suis bien avec un cahier des charges. Et si on va jusqu’au bout, le comptoir confiserie, c’est presque une installation d’art contemporain.

Vous parlez de mode et de mode de vie… Ce n’est pas la même chose.  Mais si. Tout ça touche à l’humain. La mode, c’est comme la vie. Elle est faite de frottements. Une couleur n’existe que par rapport à une autre. Comme un corps n’existe que par rapport à un autre. Ce qui m’intéresse, c’est de provoquer des frottements inattendus.

Comme la théâtralisation du quotidien…  Dans cette manière de théâtraliser le quotidien, le déclic, ça a été la création de costumes de théâtre. Quand jean-Luc Tardieu m’a proposé de créer ceux de Chanteclerc en 198 , ce n’est pas rien de rappeler la date, je me suis dit « en voilà un qui a tout compris ». je théâtralise le quotidien, oui. j’assume.

Des trains, un tramway, des hôtels…  À Paris, je ne décore pas des hôtels de luxe pour Madonna, mais des hôtels de quartier parce
que je veux que les gens découvrent des hôtels comme j’aurais aimé en trouver quand je suis arrivé.

Mais vouloir toucher à tout, c’est un peu mégalo, non ?  La mégalomanie n’est pas quelque chose que je crains. L’important pour moi n’est pas d’être à la mode mais d’être ici et maintenant.
Mais la mode, c’est l’image et vous vivez dans un monde d’images. n je sais bien que, dans la mode, il est de bon ton d’être là où il faut, quand il faut et avec qui il faut. Mais moi, si ça n’est pas culturel, sensuel ou affectif, ça ne m’intéresse pas. je n’ai jamais cherché la surenchère de l’image.

Qu’est-ce qui vous intéresse ou vous inquiète aujourd’hui ?  j’étais étudiant en histoire de l’art dans les années 9-70. il y avait de la violence dans l’art… On a eu une génération attirée par la célébrité et par le fric… Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que la mode, LvMH, le groupe pour lequel je travaille et la politique,
c’est la même démarche. Alors, je me sens un peu gêné aux entournures. Quand les grands groupes s’occupent d’art contemporain, ça m’inquiète. On ne retient plus de van Gogh que
la cote des enchères.

Quel est le rêve inavoué de Christian Lacroix ?  Les 20 ans de la maison, je ne souhaitais pas les fêter. il y a un proverbe qui dit « Quand la maison est faite, la mort entre ». La vie, je l’ai vécue
par procuration beaucoup. je suis devenu adulte à la mort de mes parents. Le rêve inavoué ? je dirais la mise en scène au théâtre. Ou le cinéma.
www.chrIstIan-LacroIx.fr