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Etienne Daho
« JE SUIS, ET JE RESTERAI UN IDEALISTE TOUTE MA VIE »
INTERVIEW EMMANUEL ABELA / POLY 117 PHOTO / FREDERIQUE VEYSSET
Etienne Daho l’affirme, il se sent libéré.
La contrainte était intérieure pour cet artiste qui n’a cessé de profiter de sa popularité pour défricher
des terrains pop nouveaux.
À l’occasion d’un album intimiste et sensuel
et d’une tournée dans des espaces à visage humain,
un petit point sur une carrière en cours.


Derrière L’Invitation, on sent paradoxalement
un adieu possible…
 Ce disque est une lettre d’adieu.
Cependant il faut se méfier, si on fait des adieux prématurés,
on risque de le regretter [rires]. C’est un album de déchirement,
en tout cas. Un déchirement avec lequel on déploie ses ailes.
Avec lequel on devient plus fort et on s’élève dans les airs.

Il se dégage quelque chose de l’ordre de l’intimité, et même une forme de sensualité, comme si vous susurriez des choses à l’oreille de l’auditeur, quel qu’il soit.  Oui, c’est vrai, je crois
que je suis assez sensible au côté confidences,
parce que j’ai le sentiment que les disques que j’ai écoutés
dans ma vie ne s’adressaient qu’à moi.
Peut-être ai-je inconsciemment cherché à faire la même chose.
C’est amusant ce que vous me dites, parce que c’est quelque chose que je ressens très fort sur scène, y compris dans de très grandes salles. J’ai vraiment la sensation qu’il y a quelque chose de l’ordre de l’intimité qui se poursuit et que, malgré le nombre,
les gens vont pouvoir ressentir les chansons, comme si elles leur étaient adressées individuellement, c’est très spécial…

Et pourtant, pour la nouvelle tournée, vous avez pris la décision de jouer dans des salles de taille réduite.  C’est un choix artistique que j’ai fait pendant l’enregistrement du disque.
Quand je vais aux concerts, j’aime bien les petits endroits,
je m’y sens mieux et j’ai envie d’être relativement proche
du musicien qui est sur scène. C’est un plaisir vraiment différent.
De même, pour le disque, le plaisir de l’avoir fait était tellement grand, dans des conditions quasi-familiales, un peu comme
à la maison, que j’ai eu envie de prolonger ce plaisir en faisant
une tournée dans des salles conçues pour la musique.

J’ai le souvenir que votre premier album était une carte postale ; là, c’est une lettre d’adieu. Avec ce choix de jouer dans des petites salles, ça sonne comme un nouveau départ…
Mon premier album, Mythomane, était déjà une lettre. En tout cas, elle a été reçue… Il est vrai qu’il y a un nouveau départ. Je ne saurai comment l’expliquer, mais il y a une sensation comme ça…
Je me sens libéré de pas mal de choses d’avant… J’ai la sensation d’être libre — libre de mes choix —, mais là, j’ai l’impression de l’être davantage. C’est très important de ne pas se laisser entraîner
là où les autres veulent vous conduire, ni de devenir ce que
les autres souhaitent que vous deveniez. Pour moi, la situation est complexe, dans la mesure où les gens savent d’où je viens,
à partir des références que j’affiche, ce qui ne m’empêche d’être populaire. Il y a comme un grand écart.

C’est une chance pour vous d’être populaire sur des choix qui vous sont propres.  Oui, c’est un luxe et en même temps,
c’est une situation très étrange. Ce qui n’empêche pas les gens
de chercher à vous emmener dans leur direction, à chaque fois. C’est très compliqué de rester dans sa ligne, sur son fil.

Vous évoquiez la liberté. Ça semble assez aisé pour vous de coucher sur le papier et de traduire en chanson les émotions, y compris les plus chargées…  C’est juste que ça semble ! [rires] Les mélodies de cet album sont libres et de les suivre
avec des textes, c’était assez compliqué au contraire. Je me suis isolé pendant deux mois, je suis parti à Barcelone pour être vraiment tranquille. J’avais envie de me fixer des moments,
des heures de travail. Je prenais conscience que cet album nécessitait que j’y travaille d’arrache-pied tous les jours.
Quand on écrit, on est comme dans un état d’hypnose, on laisse aller les choses, il n’y a pas de censure et seulement après,
on structure. Si au bout du compte, ça semble souple, tant mieux… C’est bien, en tout cas, de ne pas montrer la besogne.
C’est pas très sexy, la besogne ! [rires]

Dans ces textes, il y a également l’évocation de votre père. n Boulevard des Capucines, c’est un texte qui est vraiment arrivé
par hasard, même si je ne crois pas aux hasards. Des circonstances expliquent la naissance de ce texte. Mon père s’est présenté
à l’Olympia, en 1986, à l’époque où je jouais Pop Satori. Et puis, c’est bizarre, j’ai refait Pop Satori, pour le festival des Inrocks,
il y a près de deux ans et deux jours après, j’ai reçu toutes les lettres de mon père. Ça m’a vraiment retourné. Du coup, j’ai écrit
la chanson dans la foulée. Celle-là, contrairement aux autres, a été très simple à écrire. C’est un moment dans la vie de quelqu’un et ça, c’est beaucoup plus facile à écrire.

Mais les mots que vous lui attribuez sont-ils des mots que vous auriez aimé entendre ?  Ce sont les mots qu’on trouve
dans la lettre. Naturellement, j’ai remis les choses en forme,
mais l’essentiel s’y trouve, avec les éléments qui respectent
son vocabulaire. Ce qui apparaît bizarre, c’est d’écrire à place,
à partir de son point de vue. De prendre sa place…

Lors de la première écoute, l’auditeur s’interroge sur la source de ce qui est dit, et le destinataire, forcément… Malgré les clés
au début, les gens ont tendance à recréer complètement autre chose, ce qui est intéressant aussi. Je prends cette chanson au-delà de l’histoire, et les gens ont tendance à être touchés par la chanson plus que par mon histoire. Pour moi, il y avait un danger
que cette chanson occulte les autres sur l’album, mais l’écho
qu’elle renvoie chez eux est ce qui explique
sa présence sur l’album.

En tant qu’artiste, vous affirmiez dans l’une de vos chansons la nécessité de retrouver le sens de la pureté, de la spiritualité et de la beauté. Sont-ce là des qualités qui manquent à l’humanité ?  Je suis, et resterai un idéaliste toute ma vie. J’ai envie de vivre
dans un monde de sens, voire de bon sens. Le bon sens, ce serait de retrouver des qualités qui peuvent paraître complètement désuètes, mais qui sont la base de toute relation. Quand j’ai écrit
cette chanson, Réévolution, je me sentais presque gêné d’agiter ainsi mon petit drapeau. Je me disais que c’était une chanson naïve, mais plus j’avance, plus je la revendique. Elle correspond exactement à ce que je pensais avant de l’écrire et que je continue de penser aujourd’hui, autour d’une humanité qui serait
un petit peu meilleure que ce qu’on en voit, un peu moins fondée
sur le côté « trou de la serrure » dans des schémas communautaristes. Les gens sont en quête d’éléments sécurisants, à cause de leur propre peur. Ils ont peur, à cause de la folie
des autres, mais rien ne m’empêchera de continuer à croire
à l’existence d’une humanité bienveillante.

Les 19 et 20 mai, Salle de la Cité, Rennes
24 mai, Cité internationale des Congrès, Nantes
19 juillet, Les vieilles charrues, Carhai
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