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Marc Caro
« MA MAISON A PRIS POSSESSION DE MOI »
INTERVIEW / SYLVAIN CHANTAL* PHOTO / TANGUI JOSSIC
Coréalisateur de Delicatessen et La cité des enfants perdus, le complice
de Jean-Pierre Jeunet sort prochainement son premier film solo, Dante 01.
Installé à Nantes depuis peu, il s’investit également dans les Utopiales,
le festival de science-fiction.
Dante 01, c’est un projet que vous aviez depuis longtemps dans les cartons ? J’avais le projet de faire un film solo depuis un bout de temps, oui. Celui-là, on l’a écrit avec Pierre Bordage en 2004-2005. Le but était de faire un film qui puisse enfin être financé.
La recherche du financement a-t-elle été un long combat ? Le gros problème du cinéma français est qu’il est principalement financé par la télévision. La télévision a besoin de films susceptibles de passer entre ses pages de publicité. Les films qu’on ne peut pas diffuser à 20h30 ne sont donc pas financés. C’est aussi simple que ça.
Et Dante 01, film de science-fiction, ne l’est clairement pas ? Selon les critères en vigueur, non. Donc on n’a aucune chaîne de télévision, sauf une participation de Canal+. Heureusement, nous avons un distributeur un peu fou du nom de Wild Bunch. Et quelques ventes à l’étranger. Ainsi qu’une aide de la Région Ile-de-France et de la
Région des Pays de la Loire.
Vous êtes très attendu pour votre premier film en solo. Comment vivez-vous la pression ? Vous êtes d’un naturel tranquille ? Je ne dirais pas ça, mais plutôt que j’essaie de garder un point de vue taoïste. À un moment, les choses nous échappent. Elles vivent leur vie, elles prennent leur autonomie. Avant il faut essayer de faire les
choses du mieux possible, après ça ne dépend plus de vous...
Peu d’informations circulent sur Dante 01. Vous n’avez quasiment rien laché... Je trouve qu’il y a déjà pas mal d’infos. Des photos notamment. Aujourd’hui, quand vous allez voir un film, vous
savez presque tout. Vous arrivez avec des idées préconçues. Et si ce n’est pas celles que vous aviez imaginées, vous êtes déçu. Il y a plein de films que j’ai vus par hasard. S’il y avait eu un contexte autour, je ne les aurais peut-être pas appréciés à leur juste valeur.
Quelles sont vos envies maintenant que le film est terminé ? En premier lieu, me reposer ! Après, j’ai plein de projets sur les étagères…
Dont celui de vous occuper de votre maison... Récemment vous vous êtes installé à Nantes. En fait, je suis né à Nantes. Et par le plus grand des hasards, j’ai accompagné Pierre Bordage
visiter un endroit à Nantes et cet endroit m’a choisi. Il a pris possession de moi. J’espère que ça ne va pas basculer comme dans Amityville !
Il s’agit d’une chapelle désacralisée que vous réaménagez. Oui, et je crois que les pyramides c’est de la gnognotte à côté. Avant que les travaux ne soient finis, j’en ai au moins pour deux ou trois générations. Pour l’instant, je vis dans les gravats et les cartons, mais c’est du camping de luxe.
Nantes, c’est la ville de Jules Verne. Est-ce un auteur qui vous a inspiré ? Oui, j’ai lu quelques uns de ces romans. Vingt mille lieues sous les mers, L’île mystérieuse, Les tribulations d’un Chinois en Chine, Robur le conquérant… Je suis certain qu’il m’a inspiré au travers de cette imagerie eiffeilienne. Vous saviez que Gustave Eiffel a pu terminer sa tour, grâce à l’aide financière de Jules Verne?? Après m’être installé à Nantes, j’ai découvert qu’un musée lui était dédié, Butte Sainte-Anne. Je suis de ce quartier justement. Un signe!
À Nantes, avez-vous des connections avec des artistes locaux ? Oui, car toute la préparation du film s’est faite ici, avec Pierre Bordage notamment, mais aussi avec les auteurs de bande dessinée Fred Blanchard et Gess qui ont fait le story-board.
Le story-board, c’est une de vos spécialités. Vous n’aviez pas envie de vous en occuper ? n Il y avait une certaine urgence. Et j’ai été très heureux de travailler avec des dessinateurs de cette classe. D’habitude, je fais mes petits crobards, mais quand vous voyez ces deux pointures torcher les cases, c’est autre chose !
Continuez-vous à faire de la bande dessinée ?
Je continue à dessiner pour moi. Parfois, on me
demande une illustration. Mais la BD, il faut avoir le temps de se coller tous les jours à sa table pour être à la hauteur... Cette année, L’Association vient de sortir Contrapunktiques, une compilation de ce que je faisais dans les années 70 pour Métal Hurlant, Charlie mensuel... Ils rééditent les grands anciens. Ils sont venus nous tirer de la maison de retraite ! L’Étrange festival a également sorti une compilation de mes court-métrages, intitulée Made in Caro. Pour moi, c’est l’année de la réédition. C’est plutôt flippant, je me dis que je commence à sentir le cercueil...
Vous faites parfois l’acteur pour les autres ? Acteur, je ne dirais pas ça. J’ai fait de la figuration intelligente pour des copains comme Kounen, Mondino ou Kiki Picasso. Jan Kounen a été malin car il m’a demandé de créer un personnage pour son film Le dernier chaperon rouge et quand il a fallu quelqu’un pour enfiler le caoutchouc,
il m’a dit?: «?Tu ne voudrais pas le faire ??». Vivre moi-même ce que je fais subir aux acteurs, ça m’a permis d’être un peu plus indulgent en me mettant à leur place.
Nantes présente chaque année le festival de science-fiction Les Utopiales. Comment en êtes-vous venu à faire partie de son conseil d’administration ?
Par Pierre Bordage (président du festival, ndlr) et par mon intérêt à la cause science-fictionnesque. La première fois que je suis revenu à Nantes, c’était d’ailleurs comme membre du jury pour les Utopiales. C’est un des seuls festivals dédiés à la science-fiction en France et même au niveau international. Quand on voit le palmarès des écrivains qui viennent, ce sont tous les noms mythiques qu’on a lus quand on aime la SF ! 
Dante 01, sortie le 9 janvier 2008
avec Lambert Wilson, Linh Dan Pham, Dominique Pinon, François Hadji-Lazaro, Bruno Lochet et François
Levantal (distributeur wild bunch).
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