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Stanislas Nordey
«J'aime la notion d'un public travailleur. »
INTERVIEW / JULIEN COUDREUSE
PHOTO / YANN PEUCAT (PUZZLE RENNES) POUR KOSTAR
À 42 ans, Stanislas Nordey a déjà plusieurs vies au compteur. Acteur, metteur en scène, responsable pédagogique de l’école de comédiens du Théâtre National de Bretagne, et même directeur de centre dramatique au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Après Incendies de Wajdi Mouawad, Nordey s’est confronté à Das System de l’Allemand Falk Richter.
Comment votre conception de la mise en scène a-t-elle évoluée au fil des ans ? Quand j’ai commencé, je ne revendiquais pas le statut de metteur en scène. Je me considérais davantage comme un directeur d’acteurs. La notion de mise en scène impliquait trop de narcissisme. Les acteurs sont au centre de mes premières créations. Puis, je me suis plus attaché aux aspects esthétiques. Avant de revenir à l’essence du théâtre : la rencontre du spectateur et de l’acteur. Le théâtre me paraît être cet endroit où l’humanité est encore en marche. Je prône un théâtre qui intrigue, qui dérange, qui énerve, qui déplace.
Vous n’avez donc pas été déstabilisé par la controverse suscitée par Das System au festival d’Avignon cet été ? Absolument pas. C’est justement ça qui est intéressant. Certains commentateurs ont détesté ! Quand les réactions sont tranchées, cela signifie que sur le plateau des pions ont été avancés. La moindre des choses, quand on monte un spectacle, est qu’il puisse faire débat. J’essaie toujours de me mettre en danger, de mettre les comédiens en danger, de choisir des textes qui posent question. J’aime la notion d’un public travailleur, qui vient au théâtre pour passer une soirée créant du mouvement dans sa pensée.
Parmi les acteurs de ce spectacle, plusieurs ont suivi votre enseignement à l’École de comédiens du TNB . Comment pensez-vous votre rôle de responsable pédagogique ? Je tente avant tout de briser les clichés. Il n’y a pas qu’une façon de faire du théâtre, et il n’y a pas qu’un théâtre. Il y a le théâtre qui se fait dans de grandes institutions, celui qui se fait en milieu rural, le théâtre pour enfants... Il y a également beaucoup de mélanges, avec des chorégraphes, des marionnettistes… Comment ouvrir le plus possible l’esprit des élèves afin que chacun puisse comprendre quel homme ou femme de théâtre il veut être ?
À quelle règle vous êtes-vous tenu pour devenir l’homme de théâtre que vous êtes aujourd’hui ? Ne jamais faire de compromis. Quand tu es fidèle à toi-même, tu finis par rencontrer les bonnes personnes. Jeune, j’avais deux idoles : Pierre Boulez et Jean-Luc Godard. L’année de mes 31 ans, les deux m’ont appelé pour me proposer de travailler avec eux. Ça voulait dire quelque chose. Comme j’avais été exigeant avec moi, les gens dont je m’étais inspiré devenait des gens que je pouvais rencontrer. 
Du 11 au 22 novembre, TNB, Rennes.
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