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Jacques Gamblin
« Les tendances, on passe
son temps à courir après »
INTERVIEW / VINCENT BRAUD *
PHOTO / PATRICIA BASSEN POUR KOSTAR
Dans Les Diablogues, avec François Morel, vous êtes deux sur scène. Mais en réalité beaucoup plus. Le changement de costumes, c’est ce qui vous plaît dans ce métier ? C’est la variété, bien entendu. Changer de personnage, être quelqu’un d’autre… C’est pourquoi j’aime tout autant le théâtre que le cinéma, la radio, faire une lecture… ou bien encore écrire.
Entre André de Pédale douce, Léo d’Enfin veuve ou Christian dans Les oubliées, où se trouve Jacques Gamblin ? Dans chacun d’eux. Chacun de ces personnages m’a intéressé. Je ne suis pas du genre “prise de tête”. Le personnage, c’est comme un costume, je le prends, je l’enlève, je l’oublie. Une semaine après, je ne me souviens plus d’une réplique.
Costume enlevé, personnage oublié ? On a la chance inouïe de faire un métier qui n’est pas très sérieux. Ça s’appelle jouer. Il n’y a pas beaucoup de métiers que l’on fait en jouant. Il y a les sportifs, les musiciens et puis les comédiens. J’ai donc la chance de pouvoir jouer. Et de choisir ce que je joue. Ce qui ne veut pas dire que je ne me plante pas.
Comment entrez-vous dans ces différents costumes ? Je lis le scénario, je le relis, je travaille très en amont. Je laisse tout ça entrer au plus profond, je me laisse envahir et j’attends que ça remonte. Et ce qui remonte quand on pense avoir tout oublié, c’est alors l’essentiel.
Dans un milieu facilement “pipolisé”, on ne vous voit pas beaucoup… Parce que ça ne m’intéresse pas. Sur scène ou à l’écran, je suis à vue. Totalement exposé. Ce n’est pas ma vie que je raconte mais celle de quelqu’un d’autre. Si la vie privée n’a plus le moindre secret, on ne va plus voir le personnage. On va voir Jacques Gamblin.
Rien à voir avec la pudeur ? Ce n’est pas la question. Mais c’est vrai que je fais une différence entre un costume et une peau. Quand je vois la peau d’un acteur ou d’une actrice, je vois un corps. Et j’en oublie parfois le personnage.
Dans le privé, vous attachez beaucoup d’importance à la mode ? Franchement, ce n’est pas mon truc. Si je passe deux heures par an à faire les boutiques, c’est bien tout. Bon, aujourd’hui, je me suis dit « il va peut-être y avoir une photo » mais je n’ai pas passé une heure devant ma penderie !
La mode, les tendances, pas votre truc ? Non et non. Les tendances, on passe son temps à courir après. Ce qui est incontournable aujourd’hui sera dépassé dans six mois. C’est une dictature infernale. Franchement, ce n’est pas ma culture… Entre un écran plat et une caisse à outils, je prends la caisse à outils.
Tailler un costard, ça vous arrive ? Franchement, ce n’est pas mon genre. Certains en font leur mode d’expression mais on finit par ne plus les écouter. L’agressivité, ce n’est pas mon mode de fonctionnement. Pour autant, je peux avoir de vraies colères. Au cinéma, d’ailleurs, ce sont des situations que j’aime bien.
À défaut de passer son temps à tailler des costards, vous faites quoi quand vous avez un peu de temps ? Je cours. 8 kilomètres comme ce matin sur les bords de l’Erdre. Disons que je vais plutôt là où il n’y a pas grand monde. Et que la nature n’est jamais loin. En fait, dans un monde et un métier où il y a beaucoup de bruit, moi, j’ai besoin de silence. 
Jacques Gamblin dans Confidences trop intimes,
La Fleuriaye, Carquefou (44)
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