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Michel Muller
« La gueule de Clooney, j'aurais pris aussi »
INTERVIEW / VINCENT BRAUD* PHOTO / DO THE ANDY GIBBBON * COSTUME ANGERS ANANTES OPÉRA

Vous souvenez-vous de votre premier costard ?
 Très bien. C’était drôle. Dans les petits boulots que j’ai faits, à un moment j’ai été agent de sécurité. Le costard était évidemment trop grand. Les manches me faisaient des mitaines. Le mec m’a dit : « on dirait Simplet… » il m’a demandé de bomber le torse. C’était horrible… Bref, ça n’a pas duré très longtemps.

Et depuis, le costard de tous les jours, c’est quel style ?
 À vrai dire, je suis pas très costume. Pendant longtemps, je me suis habillé avec des trucs que je récupérais dans la famille, chez mes oncles. Un jour, ma femme m’a dit : « Tu t’habilles comme un vieux ! ». Depuis, c’est elle qui s’en occupe.

Donc pas très fringues, Michel Muller ?  Ça se voit tant que ça ? Un pantalon, une chemise blanche, un blouson de cuir parce que ma femme aime bien… Ça me va tout à fait !

Y a-t-il quelque part, dans un placard, une collection de t-shirts ? Un côté fan de rockers ?
 non, j’ai des T-shirts de Pierre Hénaut qui aurait pu devenir Président de la République. Pour info, on en vend sur le net. Blague à part, je ne suis pas très collectionneur. Si, je dois avoir un T-shirt de Saint-Étienne. Plutôt foot, quoi.

Y a-t-il des costumes qui vous font envie ?
 Je ne peux pas jouer Don Juan donc je joue Sganarelle. Jean Carmet a toujours joué un truc et c’était formidable. C’est un peu la même chose avec Jean-Pierre Bacri. Moi, j’ai mon costume, mon registre. Je ne suis pas De niro qui peut endosser plusieurs personnages.

L’habit peut-il faire le moine ?  C’est possible. Prenez Coluche. Quand il a commencé, il était plutôt maigre. Il n’avait pas de tronche. il est devenu Coluche quand il a pris du poids, quand il a rempli sa salopette… Un gros – je ne suis pas très mince – peut tout se permettre. Un gros, ça ne peut pas être méchant.

Votre physique vous a-t-il posé des problèmes ?
 Un mec comme moi, disons un gros, peut balancer plus facilement. Certains ont voulu reprendre mes sketches. ils se sont plantés. Le public les trouvait trop agressifs. Quand on a l’air sympa, on peut dire des horreurs. Le côté Droopy, ça me sert vachement. Cela dit, j’aurais eu la gueule de George Clooney, j’aurais pris aussi…

Quand on débute dans le métier, il y a forcément des costumes qu’on vous met sur les épaules, des gens auxquels on vous rattache…  Il y a des gens que j’adore. Francis Blanche, bien sûr. Et puis Pierre Desproges. Quand j’ai commencé, j’étais tellement inspiré par lui que ça sentait un peu le pompage. il faut un temps pour arriver à trouver son propre truc. À entrer dans son costard à soi.

Pour Paris-Première, vous avez enfilé le costard de Pierre Hénaut. On vous a vu aussi au ciné, dans La vie de Michel Muller est plus belle que la vôtre…  Là, j’étais chez moi. Un peu trop même. Être filmé 24 heures sur 24, ce n’est pas drôle. Regardez ce qui arrive aux hommes politiques. La différence, c’est que, eux, ils écrivent le scénario et ils en jouent. On voit nicolas Sarkozy à cheval, pensif et concentré, à deux jours du premier tour. En fait, vingt-cinq photographes, juchés sur un tracteur, le mitraillent : « Nicolas, regarde par là. » Mais l’image qu’on voit, c’est celle d’un homme qui réfléchit à son destin.

Avez-vous souvent envie de tailler un costard ?  Je ne suis pas un méchant. Sur Canal+, dans Fallait pas l’inviter, on ne taillait pas de costard. On jouait plutôt la mauvaise foi. Stéphane Guillon, lui, il taille. On a travaillé ensemble. Il va beaucoup plus loin. Et c’est un bon.

Arrive-t-il à Michel Muller de retourner sa veste ?  Le problème, c’est qu’elle n’est pas réversible (geste à l’appui). Si elle l’était, peut-être...
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