Sébastien Tellier
« Je suis persuadé de ne pas être un génie. »
INTERVIEW / ARNAUD BÉNUREAU*
PHOTO / CHLOÉ LE DREZEN POUR KOSTAR
Tu n’en as pas marre de donner des interviews ? Ça dépend.
Il y a des jours où j’ai envie de parler et d’autres non.
Et là, as-tu envie de parler ? Tu sais, aujourd’hui, je n’ai pas dit un mot dans le tour bus. Et puis, c’est pendant les interviews
que j’arrive à m’exprimer. Alors, ça va.
Récemment, tu es passé à La méthode Cauet. Es-tu donc prêt
à tout pour défendre ton dernier album Sexuality ? Attention,
je n’accepte pas tout. J’ai dit non aux Grosses Têtes. Et puis, je ne comprends pas pourquoi les choses respectables n’ont pas plus
de valeur que les choses non respectables. Pour moi, Le grand échiquier et Le juste prix, c’est pareil. Bien évidemment, je ne me verrai pas faire que du popu. Mais s’exprimer dans des émissions comme La méthode Cauet représente à mes yeux une forme
de liberté.
Ton idéal serait donc de pouvoir toucher à la fois la hype et le campeur… Oui. C’est bizarre d’être capable de toucher ces deux publics. J’ai toujours beaucoup plu à la hype sans l’avoir cherché. Alors que pour plaire aux gens normaux, il faut arriver à pouvoir entrer dans leur maison. Et ça, franchement, c’est moins facile.
Pour toi, qu’est-ce que la hype ? Je serais incapable de la définir. Ah si ! Les meurtriers de l’émission Faites entrer l’accusé ne sont jamais des gens de la hype. Car la hype ne fait pas peur. Elle est constituée de gens fragiles.
Es-tu multiple ? Existe-t-il le personnage public et celui de la vie de tous les jours ? Lorsque je suis sur scène, je deviens plus gouailleur. Avec une énergie que je n’ai jamais la journée. Quant à ma vie de tous les jours, elle est complètement normale. Je regarde la télé en mangeant des biscuits. Je vais sur des sites de vente de voitures d’occasion.
Vraiment ? Oui. Et en plus, ce n’est pas pour déconner.
Comme avec ton look. Tu ne donnes pas l’impression
de déconner avec. J’ai mis du temps à construire mon personnage. J’ai détesté l’adolescent que j’étais. Je n’étais pas attractif. Je n’avais pas assez de personnalité. Aujourd’hui, je suis compositeur. Il faut que je représente ma musique. Uniquement
en me voyant, on doit comprendre mon univers. Comme je dis très souvent, les cheveux longs, c’est pour le côté féminin. La barbe, pour le côté mystérieux. Et les lunettes, pour le côté sophistiqué.
Tu parles de Guy Man, moitié des Daft Punk et producteur de ton disque, comme d’un mythe. N’as-tu pas l’impression
d’en devenir un ? Ado, j’étais obsédé par les génies. J’aime l’imagerie qui va avec. J’aime le côté surhomme. En ça, Guy Man
est un génie. Donc un mythe. Quant à moi, je suis persuadé
de ne pas être un génie.
Adolescent, quelles étaient tes idoles ? Gainsbourg, Lennon, Stevie Wonder, Robert Wyatt, Werner Herzog.
Étais-tu groupie ? Non. Je n’ai jamais porté de tee-shirt des mecs. Ni acheté des posters de groupes. Je ne me souviens même pas avoir acheté un jour un disque de Robert Wyatt.
Sexuality est né de ton histoire avec la comédienne Amandine
de
La Richardière. Sans elle, pas de disque ? C’est assez compliqué. La musique triste, on peut apprendre à la faire. Mais pour la musique sexuelle, il n’y a pas de règles. Sexuality est le disque
de jeunes amoureux s’épanouissant à travers des histoires de sexe.
À ton sens, l’époque serait-elle sexuelle ? Le sexe est partout.
Et on parle toujours de la même histoire. Peut-être qu’avec Sexuality, j’en parle avec plus de pudeur que d’habitude. Et puis,
la tendresse est la vraie valeur que je défends.
Visiblement, on te pose toujours les mêmes questions. Pour une fois, poses-toi une question à laquelle tu n’aurais jamais répondu. Si je faisais de l’humanitaire, je pourrais te parler de mes dons aux enfants malades. Mais non. Depuis que je défends l’album,
on a dû me poser toutes les questions possibles. À La méthode Cauet, on m’a même demandé si j’avais une grosse bite. Cela ne me dérange pas. Je n’ai aucune pudeur d’esprit. 
Sexuality
(Record Makers/Discographe)
Le 15 août, Astropolis, Brest.
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