Thomas Fersen
«J’essaie juste d’être à côté de la plaque »
INTERVIEW / ARNAUD BÉNUREAU*
PHOTO / SERGE DEROSSI POUR KOSTAR
Le bal des oiseaux est sorti il y a quinze ans. Que voyez-vous lorsque vous regardez en arrière ? Je n’ai pas une vision d’ensemble. Je suis passé par des états successifs. Et ma seule certitude est de savoir que celui qui a fait Le bal des oiseaux est mort depuis longtemps. Et c’est peut-être pour cette raison que je continue à faire des disques. À chaque fois, il s’agit du premier album par rapport à ce que je suis devenu.
En remontant encore plus loin le temps, à quoi rêviez-vous adolescent ? Je voulais être guitariste. En 1977, j’avais quatorze ans. Je ne me suis pas pris une claque forte, mais suis allé naturellement vers le punk. Ce mouvement regroupait des mecs comme nous. Des mecs qui étaient de notre génération. Ils proposaient un rock simple, festif et généreux.
Des adjectifs qui peuvent s’appliquer à votre carrière. Ça m’a définitivement marqué. Quand je monte sur scène, je garde toujours cette approche en tête.
Aujourd’hui, sur la pochette de votre dernier album, Trois petits tours, vous posez en robe de mariée. Pour vous, être artiste, est-ce l’art du travestissement ? L’art de se travestir n’est pas uniquement celui de l’artiste. Tout le monde se travestit. L’homme en costume trois pièces avec une cravate est déjà un travesti. Et je ne parle même pas du curé en soutane ou du policier en tenue. Ça donne un élan de caractère et permet de réveiller une facette de la personnalité.
La facette que vous semblez révéler est celle d’un dandy des temps modernes. Êtes-vous d’accord avec cette description ? Oui. Mais ça m’est arrivé malgré moi. Car le dandysme ne se réfléchit pas. Il s’agit davantage d’un raffinement dans le désordre.
Dans le morceau Chocolat, vous chantez qu’ « ils ont écouté du Bob tout en fouillant ma garde-robe. » Qu’ont-ils trouvé ? Des jolies chaussures et essentiellement des fripes. Mais celles qui me plaisent sont difficiles à trouver. Je me fournis à Montréal car elles sont plus rigolotes que celles que nous pouvons dénicher en France.
Comment expliquez-vous votre attirance pour les fripes ? J’aime leur puissance d’évocation. Un vêtement raconte une histoire. Ensuite, il n’y a plus qu’à l’incarner. Comme dans les campagnes, la fripe est mon habit du dimanche. Cela vient sûrement du mouvement punk et de son côté plouc qui me plaisait. Au même titre d’ailleurs que le vagabond ou Charlot.
Cela signifie-t-il que la mode vous intéresse ? Pas plus que cela. Quand j’ai l’occasion de voir un truc à la télé sur certains couturiers, je regarde. Mais ça s’arrête là.
Avez-vous peur d’être démodé ? Moi ? Pas du tout. Certains peuvent le penser. De toute façon, nous sommes toujours le démodé de quelqu’un. J’essaie juste d’être à côté de la plaque. Ça m’amuse. Celui qui est démodé est celui qui est sous la plaque.
Trois petits tours tourne autour du concept de la valise. Vouliez-vous relever un défi ? J’en suis incapable. J’ai commencé par Germaine qui est l’histoire d’une valise. J’ai compris que le disque devait parler de ça.
En tournée, qu’emportez-vous dans votre valise ? Toujours les mêmes choses. Et c’est toujours très fonctionnel. Des cure-dents, un gratte-dos.
Avez-vous un fétiche ? Un pot de pommade pour les cheveux. 
Trois petits tours (Tôt ou tard)
7 novembre, Festival Les Indisciplinées, Lorient
9 novembre, Le Quai, Angers
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