par Pierrick Sorin
ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL LE MOI DERNIER




Vue de la chambre de l'hôtel Arizona : les rares buildings de Tucson.



Katerine en concert au "Plush".



Peinture au doigt de Pierrick sur le dos de Philippe.



Dominique A souriant à l'approche de l'orage.



Françoise Breut, Boris et le groupe Calexico de Tucson.



Bruce Willis et Bernard Giraudeau, choristes d'un soir pour Katerine.



Installation de Michael et Florian Quistrebert (Détail) Galerie Dinnerware, Tucson.



Photo-souvenir : Pierrick imite un cactus.



Photo-souvenir : Pierrick devant un magasin de location de vidéos.



 

Épisode 12
TEXTE ET PHOTOS / PIERRICK SORIN
RETOUCHES ET MONTAGES / KARINE PAIN

Tucson, Arizona. À moins d’une heure de la frontière mexicaine. Soleil et cactus. Un million d’habitants, blancs et chicanos. Très peu de buildings, mais des milliers de maisons individuelles à toits plats, sans étages, avec jardins. La ville s’étend jusqu’aux pieds des montagnes, aux portes du désert. Canicule assurée et de bons gros orages de temps en temps.  Nous sommes une trentaine, en majorité nantais, à séjourner dans la ville, le temps d’un festival : « From Ouest to West : Some French Friends ». Une histoire de musique et d’amitiés, un jeu d’échange entre musiciens de Nantes et de Tucson dont l’origine remonte à l’enregistrement d’un album des « Little Rabbits » (devenus « French cow-boys »), en 95, dans un studio de l’ancienne cité mexicaine.  L’intention du festival est assez modeste. L’événement n’a pas la prétention de rameuter les foules. Il regroupe néanmoins des « intervenants de qualité » : Les « Frenchs » eux-mêmes, Philippe Katerine, Dominique A, Françoise Breut, François Ripoche, Papier tigre, le DJ Laurent Allinger, le réalisateur Didier Poiraud, le metteur en scène Hervé Guilloteau, le collectif d’architectes Block, les artistes Florian et Mickael Quistrebert et moi-même. Tous bénévoles dans cette affaire, pour le plaisir d’y être, entre copains, de découvrir de nouveaux horizons et de montrer ce qu’on sait faire.  Séjour riche et « chaleureux » – dans tous les sens du terme : 38 degrés à l’ombre dès le lever du jour.  De manière générale, les petits Nantais (ou ex), bien que sérieusement plombés par le soleil, les effets du jet-lag et les verres de margarita, assurent le coup très honorablement.  Notons même quelques moments de « grace » comme ce concert de Katerine au « Plush », un club spacieux de la 4th Avenue. Malgré la « barrière de la langue », monsieur « coupe-le-son  » — comme le surnomme mon gamin — emballe magistralement le public américain et impose son image de chanteur-poète décalé. Ses comparses musiciens sont eux-mêmes au top. Juste avant lui, Dominique A avait ouvert le bal avec brio. Seul avec sa guitare, ses pédales d’effets et une aura poétique bien à lui, il a ému son monde. La classe !  Pour ma part, je présente, dans le hall d’accueil d’un hôtel historique (Le «Congress» où fut «serré» le fameux gang Dillinger dans les années 20) quelques «théâtres optiques» et autres courts-métrages. Des «pièces» susceptibles de séduire «petits et grands», quel que soit leur back-ground culturel.  Par ailleurs, tandis que Poiraud et
Chataignier bravent l’aridité du désert pour tourner clips ou reportages (je parle des réalisateurs Didier Poiraud et Gaétan Chataignier et non de quelques végétaux de nos régions tempérées), je prends des photos. Pour la mémoire de l’événement, mais aussi pour poursuivre un travail sur le thème des «photos de vacances» entamé début août en un lieu moins exotique : Saint Michel-chef-chef.  Le résultat sera visible le 4 octobre au cours de la fameuse «Nuit Blanche» parisienne, devant la gare de l’Est. Un studio de prise de vue sera installé sur le parvis. Des gens seront photographiés, à la queue-leu-leu. Ils se verront ensuite sur écran géant, intégrés à mes propres «photos souvenirs». Ils seront avec moi, dans la piscine de l’hôtel Arizona, dans une Chrysler décapotable ou devant un cactus, dans un rapport de complicité joviale et même d’intimité. Comme si nous avions passé ensemble des moments inoubliables sous les cieux de l’amitié ou de l’amour. Le titre : « Vous êtes tous mes amis ». Instants figés d’un bonheur virtuel qui cachent une vraie solitude.  À Tucson, j’ai aussi réalisé ma première peinture sur corps, au doigt et à l’œil, sur le dos de Katerine. Giclures de rouge jaillissant d’une bouteille de vin : sa tenue d’apparat pour son second concert. Du meilleur goût. Je n’envisage pas de persévérer dans cette respectable pratique.
De cette ville me resteront aussi quelques images fortes : ce train de marchandise de « L’Union-Pacific », serpent de métal, massif, succession interminable de containers chinois ou hollandais qui coupe la ville en deux et tranche aussi, parfois, les corps des imprudents. Toutes les demi-heures, il annonce son passage en beuglant comme un monstre, même au cœur de la nuit. Le commerce, ici, prévaut sur le sommeil. Et puis, plus pesant encore que tous ces containers, le silence du désert à la tombée du jour.