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Épisode 19
TEXTE ET PHOTOS / PIERRICK SORIN
PHOTO et MONTAGES / KARINE PAIN
ACTEUR / NICOLAS SANSIER
Janvier 2010. J’ai passé le plus clair de mon temps à tourner de petites saynètes vidéo avec un comédien, Nicolas Sansier. Hier, Nicolas a dû cracher de la peinture durant toute une journée. Je pensais qu’en deux heures, l’affaire serait bouclée ; mais propulser un mollard, dont l’aspect et la trajectoire soit conforme à une attente artistique, n’est pas chose facile. Ces prises de vues sont destinées à ce spectacle que je crée et dont j’ai déjà parlé dans mes dernières chroniques. Désolé, je ne me renouvelle pas beaucoup. Il est vrai que cette création m’occupe et m’obsède au point que je ne peux guère parler d’autre chose. Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, je rappelle qu’il s’agit d’un «one-man-show» qui met en scène des moments choisis de la vie «en atelier» d’un vidéaste. Comme le sujet se prête à être raconté en images, je livre aujourd’hui cette séquence photographique relative à l’une des scènes. Où est abordée, sur le mode de l’arroseur arrosé, la relation ambiguë du vidéaste à la peinture... Descriptif de la scène : Pierre, sur scène, dans son atelier, se filme lui-même en train de cracher sur une vitre, face à une caméra. On voit simultanément l’action réelle et l’image directe des crachats, projetée sur un écran suspendu. Hors-cadre, Pierre ingurgite de la peinture en suçotant des tubes de gouache pour enfant. Les crachats semblent «adressés» aux spectateurs, ils s’écrasent, en avant-plan, comme sur l’objectif de la caméra. Tandis que des coulures jaunes, vertes ou rouges, dégoulinent mollement sur l’écran, Pierre se déplace et explique (voix-off) pourquoi il tourne cette séquence. Il se place devant une table lumineuse, sous laquelle est fixée une autre caméra, et griffonne un croquis sommaire. Ecran suspendu : lent fondu des traces des crachats au croquis en cours d’exécution. On comprend que l’artiste souhaite réaliser un petit film destiné à être perçu au travers d’un œilleton de porte, autrement nommé «judas optique». L’écran de diffusion sera placé très près de l’œilleton. Celui qui regarde la séquence au travers du judas aura ainsi l’impression de voir une action réelle. Pierre s’assoit ensuite sur un tabouret. Il imagine une sorte de «performance» qui consisterait à faire du «porte-à-porte» dans un immeuble et à présenter ses crachats picturaux en plaçant l’écran de son ordinateur portable devant les «judas» des uns et des autres.... Sur l’écran suspendu, un petit film montre la performance imaginée : Pierre pénètre dans un immeuble. Il place l’écran devant un œilleton de porte et sonne. Dans l’appartement, un type (joué par le même acteur) qui est en train de se brosser les dents, vient coller son œil au « trou du judas ». Il voit la tête d’un type qui crache en sa direction. Il sort et gueule : « Vous êtres malade !? Ça va pas de cracher comme ça sur mon judas ! » Pierre répond : « Mais non, c’est juste un film. C’est pas en vrai. C’est une œuvre vidéo. Je voulais juste vous la montrer au cas où ça vous intéresserait d’acquérir une vidéo d’un jeune artiste... » Le type rétorque, la bouche pleine d’un mélange de bave et de dentifrice : « La vidéo, c’est d’ la merde ! Tu f’ rais mieux de faire de la peinture! » Puis, il crache son dentifrice sur l’écran de l’ordinateur de l’artiste et lui claque la porte au nez. Voilà. Si un jour, vous voulez faire une blague à quelqu’un, vous pouvez vous aussi vous filmer et coller un écran devant l’œilleton de porte du quidam choisi. Il est vrai que pour se livrer à ce genre d’activité, il faut être en proie à un grand désœuvrement. 
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