par Pierrick Sorin
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Épisode 28
TEXTE & PHOTO / PIERRICK SORIN
MONTAGE / KARINE PAIN

Vol Nantes-Roissy – 12h35. Je n’aime pas l’avion. Je me sens comme coincé dans un placard. Pour toute escapade possible : un passage par la case toilettes. J’en profite pour avancer sur le story-board de Poppée – Pop’pea, plus exactement – : un opéra pop-rock ; une interprétation contemporaine du Couronnement de Poppée de Monteverdi. La direction musicale sera assurée par Peter Howard, dernier batteur de The Clash. En première ligne chanteront Carl Barât (The Libertines avec Pete Doherty) et une chanteuse lyrique. Pour ma part, je signerai la mise en scène et la scénographie en collaboration avec Giorgio Barberio Corsetti avec qui j’ai déjà collaboré à l’opéra de Parme et à la Scala.  Même si je ne suis pas un grand amateur de musique, qu’elle soit «classique» ou «actuelle», même si je suis conscient du caractère un peu «commercial» du projet, celui-ci me fait rêver. Le vol n’a duré qu’une heure. J’ai dessiné cinq scènes : bon résultat.  Correspondance Paris - Moscou – 16h00. J’embarque sur un A320 basique. Comme j’entre dans l’appareil une voix m’interpelle avec une sorte de familiarité teintée d’ironie : « Bonjour, Monsieur Sorin… ». C’est le commandant de bord. Pendant quelques secondes, je pense qu’il m’a vu, la veille, dans Des mots de minuits à 0h45 sur France 2. Il enchaîne : « On est voisin, j’habite votre quartier. On s’est croisé plusieurs fois dans des fêtes… » Sa tête me dit vaguement quelque chose, mais l’uniforme perturbe le souvenir. Bref, de fil en aiguille, je me retrouve dans le cockpit. Atterrissage à Moscou, aux premières loges. Les lumières incrustées dans le tarmac dessinent la piste. C’est assez génial. Je suis comme un enfant qui monterait pour la première fois de sa vie dans un manège. En attendant, je n’ai pas dessiné une scène de plus concernant Pop’pea. Les petits privilèges, c’est bien agréable, mais ça ne favorise pas la création. Sur Moscou, rien de spécial. Sorties diverses, en marge des représentations d’un spectacle théâtral que j’ai créé en 2010 et qui est programmé dans un festival. Vodka, un peu trop : c’est le passage obligé. Un public attentionné, passionné et cultivé. Moscou, ce n’est pas que les 4X4 et les longues poupées blondes en talons aiguilles. Trop nase pour dessiner sur le vol retour.  J’essaye de m’y remettre à Paris, au Bistro d’Eustache, où j’ingurgite une entrecôte en solitaire. Un type seul, dans un restau, c’est toujours un peu gênant. Surtout un samedi soir. Témoin du silence des couples, des bavardages forcément débiles de quelques filles en goguette qui s’interrogent sur la pertinence d’organiser une soirée strip-tease avec un beau mâle musclé, pour les trente ans de Chloé. Soit dit en passant, un groupe de mecs ne ferait pas mieux. Un peu de mal à me concentrer au milieu des paroles confuses. Je griffonne quand même, ça me donne un air absent. Rien n’émerge vraiment. Je regrette un instant mon placard aérien et mes voisins taiseux du vol Nantes-Paris.