par Pierrick Sorin
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« De deux beaux stylos, je me fais des baguettes...»




«De l’Etincelle au Pixel» vue générale de l’exposition.



VISP 2000. Christian Partos. (sculpture lumineuse animée)



M.O.M (Multi oriented mirror) 2003. Christian Partos. Vue dans un mauvais angle puis vue dans le bon angle.

 

Épisode 7
PHOTOS / PIERRICK SORIN * MONTAGES K. PAIN

Séjour à Berlin. Ciel couvert, temps gris. Exposition au Martin-Gropius Bau, un musée à l’architecture néo-Renaissance, un peu lourde, du côté de la Potsdamer Platz. Nous sommes une vingtaine d’artistes, de divers pays, à présenter des dispositifs qui font appel, ou se réfèrent, aux « nouvelles technologies ». Titre de l’exposition : « De l’Étincelle au Pixel » (« Von Funken Zum Pixel »). Images en relief, interactions « live » entre images et sons, interactivité avec le spectateur... Les effets visuels sont au rendez-vous avec, heureusement, une dose appréciable de poésie. Parmi les plus belles « pièces » : une installation très épurée du collectif japonais Dumb Type, un subtil jeu ondulatoire entre son, lumière et eau de McIntosh – il a exposé récemment à Nantes, au Lieu Unique –, une impressionnante sculpture lumineuse et cinétique du Suédois Parto. Ce dernier séduira aussi le visiteur, sensible aux idées de travail, d’application et de patience, avec un portrait de sa mère au réalisme photographique, révélé par la juxtaposition de centaines de petits miroirs. Selon leur orientation, en regard d’une source de lumière, ils se changent en pixels carrés. Déclinant des valeurs du clair à l’obscur, ils figurent, point par point, le visage (voir photo pour piger la trouvaille).  Enfin, le « clou » de l’exposition est constitué de deux structures monumentales : deux demi-sphères suspendues qui invitent le spectateur à une immersion visuelle et sonore. Ici, la force du contenu, en regard de la taille du contenant, est un peu molle. Pour ma part, je présente trois petites « sorinades » en forme de théâtres optiques : à l’Est, rien de nouveau.  Je pensais, à cette occasion, rencontrer des artistes venus du Japon, des états-Unis, du Canada… mais l’idée de provoquer un moment de convivialité, propice à l’échange, ne semble effleurer personne.  Je me retrouve assez vite seul, errant dans de vastes avenues, propres et quasi-désertes, au pied d’immenses buildings de verres, à la recherche d’un supermarché. Tant qu’à me sustenter en solo, autant le faire dans ma chambre d’hôtel, au demeurant spacieuse et confortable. Je dois admettre que je ne suis pas non plus une « bête » en matière d’échange avec autrui et, finalement, la situation m’arrange : je vais travailler dans mon coin à la mise en scène d’un opéra, pour laquelle je dois bientôt « rendre ma copie », plutôt que de perdre mon temps en de vaines causeries anglophones dont, de toute manière, une bonne partie du sens, généralement, m’échappe. J’ai fini par trouver mon supermarché : épinards à la crème, crevettes congelées en sauce et une bouteille de Rioja pour faire honneur à la production locale.  En rentrant, je passe devant une affiche publicitaire. Une « réclame » pour de la bière. Chaude ambiance dans un bar : une dame, la soixantaine, coquette et sapée un peu « glam », secoue joyeusement une canette non loin du bas ventre d’un beau et jeune serveur. Ce dernier fait virevolter une serviette blanche au bout de son bras dressé : la blancheur floue du tissu a quelque chose de « spermatique ». La dame me regarde et semble dire : «Tu sais que je peux encore faire gicler mon homme».  La sexagénaire échauffée par le sexe et l’alcool, un modèle de comportement peu courant dans les supports publicitaires français.  De retour à l’hôtel, je réalise que je n’ai aucun couvert pour attaquer crevettes et épinards. Ayant acquis, au cours de mes voyages, une sorte de culture cosmopolite et une certaine dextérité dans le maniement de certains ustenciles exotiques, j’opte pour la solution suivante : de deux beaux stylos – fraîchement achetés à l’aéroport – je me fais des baguettes et mon humble repas devient alors chinois.  Arrive le soir du vernissage. Assez protocolaire. Deux euros le verre de blanc et tout le monde à la même enseigne. Pas très « fun », mais politiquement correct. Je rencontre enfin confrères et consœurs. Nous atterrissons plus tard, un peu torchés, dans un bar undreground. Aucun nom sur la boutique. Endroit discret. Déco super jolie et drôle, très bonne musique et la cerise sur le gâteau : une voix qui m’interpelle « Hey Pierrick, how are you ? » C’est Graham, musicien-performer improbable, gentil comme tout, look de dandy - VRP-POP ( coup de bol pour moi qui ne connaissait a priori personne dans cette ville). Il tient le bar, l’animal, et il est content de me voir : « Drink what you want, it’s free for you. » Ambiance du lieu méga-sympathique. Du jamais vu. Ich liebe Beurline.