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Abdelattif Kechiche
Travail d'Arabe
INTERVIEW / ARNAUD BÉNUREAU * PHOTO / DR
À l’occasion de la 20e édition du Festival Premiers Plans et de la sortie en salles de La graine et le mulet, portrait d’Abdellatif Kechiche, le nouveau golden boy du cinéma français.

Mardi 30 octobre, minuit. Dans la salle king size du Corum, la première projection publique de La graine et le mulet, à l’occasion du Cinémed, festival montpelliérain dédié au cinéma méditerranéen, se termine. Abdellatif Kechiche, enfant du pays, est accueilli en rock star. La standing ovation dure dans la nuit. Le succès, le cinéaste le tutoie. Et ce depuis, La faute à Voltaire, love story parisienne entre un jeune Tunisien jet-laggé et une paumée à la gueule d’ange.  « Le succès ? Est-ce quand les gens du métier et de la presse aiment votre film ? Je ne sais pas. Car malheureusement, la réalité reste la rentabilité d’un film. Mon objectif serait de toucher le public populaire. C’est vraiment difficile ». Kechiche serait-il déjà blasé face à la réalité d’une industrie filant à 24 images par seconde ? « La reconnaissance donne envie de continuer ».  En 2001, sous la présidence de Pavel Lounguine, La Faute à Voltaire se voit décerner le Prix Spécial du Jury du Festival Premiers Plans. Un encouragement pour la suite d’une carrière que l’on sait. « La faute à Voltaire avait reçu le Lion d’or de la meilleure première œuvre à Venise. Mais Angers reste un joli souvenir. De toute façon à chaque présentation, je ressens une pression particulière. C’est assez excitant ». Cette année 2001 restera à jamais graver sur pellicule. « Tous les films sont importants et décisifs pour la suite. J’ai aujourd’hui l’impression que La graine et le mulet est un aboutissement ». Ou une nouvelle étape après le succès critique et public de L’esquive.  En 2007, Kechiche tape encore plus fort du poing sur la table avec La graine et le mulet. Ou l’histoire d’un homme trop vieux pour son patron qui, après un licenciement à l’arrache, décide d’ouvrir un restaurant. Voilà pour la colonne vertébrale de cette comédie dramatique impossible à “pitcher”. « Il serait trop long de définir tout ce qu’il y a dans le film ». Pêle-mêle : de l’amour, de la haine, une jeunesse mal en point, des femmes qui en ont, des hommes qui n’en ont plus. Et surtout, un jeu de maux croisés reflétant la France d’aujourd’hui. Pas celle fantasmée sur l’autel d’une Coupe du Monde de football. Non, celle qui ne s’affiche jamais en ouverture des journaux.  « Il n’est pas évident de trouver une place sur le quai de la République lorsqu’on est vieux, d’origine maghrébine et qu’on essaie de rêver. Telle serait la morale du film. Je ne veux pas enjoliver les choses, mais voulais parler de cette catégorie socioprofessionnelle dont l’image, dans l’inconscient collectif français, est souvent faussée. »  À l’heure de l’ouverture, Abdellatif Kechiche est un des plus pertinents et talentueux observateurs de la France des années 2000.
La graine et le mulet, d’Abdellatif Kechiche, avec Hafsia Herzi, Habib Boufares (film français – 2007 – 2h31). Sur les écrans le 12 décembre. Festival Premiers Plans. Du 18 au 27 janvier, Angers.
www.premiersplans.org