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Nicolas Boukhrief
La mémoire neuve
INTERVIEW / ARNAUD BÉNUREAU *
PHOTO / TANGUI JOSSIC POUR KOSTAR
Après Le convoyeur et un désir de comédie rapidement avorté, Nicolas Boukhrief, fer de lance, en compagnie du team Starfix, du renouveau du film de genre en France, revient avec un polar gériatrique à tendance SM, Cortex.
« Les gamins de 15 ans qui avaient aimé Le convoyeur, vont peut-être trouver Cortex chiant ». Boukhrief est ainsi. Impossible d’oublier l’ado qu’il était. Celui qui matait « des trucs dingos ». Et qui, quelques années plus tard, allait botter le cul du cinéma de papa en lançant avec Christophe Gans (Le pacte des loups), Starfix. Un magazine dont l’ambition était de redorer le blason du cinéma de genre. Ensuite, il y aura pêle-mêle un rôle d’assistant de Zulawski, la création de la boîte de prod Eskwad (Irréversible), la direction du pôle
Canal + Écriture duquel s’échapperont
Doberman et Bernie, le scénario d’Assassin(s)… Un CV aussi musclé que le bras gauche de Rafael Nadal. En 2008, Boukhrief revient derrière la caméra. Cinq après son « polar de gueules », Le convoyeur. Malgré son absence du devant de la scène, le réalisateur n’a pas chômé. « Je voulais faire une comédie. Mais visiblement, je ne dois pas avoir le sens de l’humour ». En même temps, pas sûr que le kid sous perfusion gunfights aurait adhéré à un projet, L’Italien, au pitch aussi drôle qu’un légionnaire en permission. « C’était l’histoire d’un cadre sup’ à qui tout réussit. Et à la page 15 du scénario, on découvre qu’il n’est pas Italien, mais Arabe ». Pas mieux ? Si, Cortex. Ou un flic retraité, à la mémoire défaillante, intègre une maison de repos spécialisée et commence à suspecter des crimes dans l’établissement. À partir de la maladie d’Alzheimer – « un polar doit toujours partir d’un thème effrayant » – Boukhrief nous fait découvrir la maladie, en évitant avec classe le documentaire, et surtout installe l’angoisse au centre de sa matrice narrative. En ce sens, le cinéaste va à l’inverse de la mode gangrenant le cinéma de genre. Une tendance lourde voulant imprimer aux productions le rythme suivant : à fond, à fond, à fond ! Cortex prend son temps, prend le temps à bras le corps. Pour jeter le trouble. Un trouble identique à celui d’une femme qui se déshabille pour la première fois devant vos yeux. « Le cinéma de genre va s’épuiser. Car tous les auteurs ne sont pas cinématographiquement matures ». Boukhrief, lui, a dû lire dans sa jeunesse Agatha Christie tout en regardant David Cronenberg. 
Cortex, de Nicolas Boukhrief,
avec André Dussolier,
Julien Boisselier (film français – 2008 – 1h45).
Sur les écrans le 30 janvier. |