 |
|
Sean Penn
Alaska de conscience
INTERVIEW / ARNAUD BÉNUREAU *
PHOTO / PATHÉ DISTRIBUTION
À travers l’histoire, vraie, d’un gamin trop doué, qui décida un beau matin, de tout plaquer pour rejoindre l’Alaska ; Sean Penn met en scène, avec Into the wild, les Etats-Unis. Une claque.
Into the wild ou le portrait d’un jeune idéaliste à la con ? Le quatrième long de Sean Penn, 17 ans après Indian runner, aurait pu sentir le renfermé. À contrario, le réalisateur plante des clous rouillés dans les ailes de la vie rêvée des anges. Et ce d’emblée. Cette adaptation du livre éponyme de Jon Krakauer relatant l’épopée bigger than life de Christopher McCandless, s’ouvre par le début de la fin. La fin d’un road trip trouvant son épilogue en Alaska, terre hostile et sauvage pour l’homme. Seul au monde, Christopher s’en va communier avec la nature. À la croisée de Gerry et Old joy. « Il me semblait plus juste de commencer en Alaska, explique Sean Penn, dans un salon cul serré du Plaza. Et puis, pour être honnête, je n’aime pas analyser ce type de décision. La seule chose que je connaisse, est la structure d’un film : scénario, tournage et montage. Cette dernière étape est un processus viscéral. Le film m’a parlé pendant que je le montais ». Mais aussi dix ans auparavant. Le jour où Penn a flashé sur cette couverture noire et blanche montrant un bus. Celui de Christopher et home sweet home de fortune en Alaska. « Toutes les images du film ont jailli de chaque page. Les paysages, le chemin parcouru supposent la volonté extraordinaire de ce garçon. J’ai tout de suite été admiratif de cette volonté ». Une volonté qui a poussé cet Américain fraîchement diplômé et en partance pour Harvard, d’envoyer balader son american way of life bien pépère pour prendre la route. Le long du parcours, Christopher – habité par un Émile Hirsch dont la performance rappelle celle de Michael Pitt dans Last days – croisera un grand-père, mort-vivant depuis les pertes de sa femme et son fils, un couple de hippies en retour d’acides, des branleurs scandinaves à moitié à poils et complètement allumés, une lolita belle à pleurer comme un morceau de Will Oldham. Cette galerie de portraits jalonne le périple et entraîne Into the wild sur une partition americana. « Effectivement, il y a cette quête d’une vraie Amérique. Mais pas par opposition à quelque chose. Christopher ne veut pas brûler sa maison. Juste l’oublier. Petit à petit, les hypocrisies, les mensonges s’en vont. Ainsi, il sort de sa zone de confort ». Sort de la voie qui semblait toute tracée. Malgré ce destin singulier, Into the wild possède un caractère universel. « Chacun partage cette volonté de parcourir le monde. J’aimerais que le film encourage ce genre de réflexion ». Into the wild se veut une réflexion intérieure et personnelle. Sans ne jamais tomber dans l’endoctrinement. Non, juste que ce kid of America est un peu Sean Penn. Et surtout un peu nous tous. 
Into the wild, de Sean Penn, avec Emile Hirsch, William Hurt (film américain – 2007 – 2h27).
Sur les écrans le 9 janvier |