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Roman Signer


Avec Roman Signer, les choses les plus simples peuvent prendre un contour peu ordinaire. Et c’est souvent surprenant. Il ne faut s’attendre à rien et se laisser porter…

Parapluies
Quand je l’appelle pour rédiger cet article et faire le point sur son intervention à Trentemoult, il est à Maastricht : “Il faut que je fasse le point avec l’ingénieur pour l’installation au Palais de Tokyo. Il faut réussir à créer un arc électrique entre les pointes de deux parapluies. Vous savez, ces parapluies noirs, classiques pour les hommes. Il me faut une machine capable de condenser une très haute tension, plus de 700 000 Volts…” Roman est tout à son exposition parisienne et surtout à cette nouvelle pièce : “Les parapluies sont placés en hauteur, dans une salle où le public ne pourra pas entrer, c’est trop dangereux, mais il ressentira cette puissance de l’électricité. La foudre se déclenche toutes les trois minutes et il y a le son, comme un crépitement.”
Je ne peux empêcher l’image de Jacques Tati avec son parapluie m’apparaître soudain. Il y a un air de famille entre ces deux-là.

Science / fiction / quotidien…
Roman Signer participe avec Micol Assael, Ceal Floyer, Laurent Grasso à l’exposition Gakona au Palais de Tokyo. Gakona, petit village au centre de l’Alaska, abrite le programme de recherche américain HAARP (High-frequency Active Auroral Research Program). Inspirés par les travaux de l’inventeur Nikola Tesla, des chercheurs y étudient la transmission de l’électricité dans les hautes couches de l’atmosphère. Mais, en raison de son financement militaire et des peurs liées à l’électromagnétisme, HAARP est aussi devenu une source intarissable de rumeurs. Dérèglement climatique, influence sur les comportements humains… Bref, le sujet entre en résonance avec le travail de Signer qui y présente outre ses parapluies, une table en lévitation (soulevée sous l’effet d’un fort courant d’air) …

Méthode
Avec astuce et humour, Signer explore les phénomènes physiques pour en faire les matériaux de sa sculpture. Dilatation, explosion, rayonnement, déflagration, champ magnétique ou électrique, gravitation, pression, dépression, facteur temps sont les outils qu’il utilise pour réaliser ses œuvres. Et qu’il met en action sur les objets les plus simples et les plus quotidiens se jouant du spectaculaire pour déclancher les mécanismes subtils du rire, de la poésie, de la fragilité et du désordre.

Pour en revenir à Estuaire
Je suis retourné faire un tour sur le site où Roman Signer va intervenir. Pour l’instant rien de nouveau. Les choses suivent leur cours. Les ingénieurs ont rendu leurs diagnostiques : la structure présente des fragilités, il faut la renforcer à certains endroits et réserver un périmètre de sécurité tout autour. L’accès au site est étudié : un chemin piétonnier va être aménagé le long de la Loire, un autre pourra se faire par la route. Le travail sur le son n’est pas encore satisfaisant, trop cristallin. Signer est à la recherche d’un son plus “ligneux”, moins métallique… Quant au dispositif imaginé par l’artiste, … il est encore trop tôt pour le dévoiler.
Christophe Cesbron

(Gakona, du 12 février au 3  mai, au Palais de Tokyo, Paris)