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Philomène Bon
Instantanés d'espaces
TEXTE / GWENN FROGER * PHOTO / SÉBASTIEN AUBINAUD
Invitée au festival de cinéma Premiers Plans à Angers,
la « productrice-globe trotteuse » a retrouvé durant quelques heures sa terre angevine.


Philomène Bon court le monde. L’Angevine court après la tragédie du nom de ces villes de guerre ou de mépris, la mémoire pensante. Ses études de philosophie ne la destinaient pas à devenir globe-trotteuse culturelle et salutaire, pas plus d’ailleurs que ses différents postes d’assistante de production pour Sophie Tatischeff, la fille du grand cinéaste Jacques Tati, de chargée de production et d’assistante de rédaction pour le journal d’Arte. «Je ne me voyais pas du tout travailler dans un bureau. Mon envie était de voyager et de rencontrer des cultures différentes.»  L’odyssée débute en 1998, dans un Kosovo à peine sorti de la guerre, vers une Pristina ralliée en voiture via le Monténégro. Ce sera ensuite Kaboul, en 2000, après des festivités de début d’année de millénaire vécues à Istanbul. « Nous avons passé un mois et demi dans le nord de l’Afghanistan, alors aux mains de la résistance. Un voyage fondateur ! »  Nous, car le destin de Philomène Bon est intimement lié à son ami documentariste Florent Marcie, auteur de Itchkéri Kenti, filmé au cœur du conflit russo-tchétchène et dont ils fêtaient la sortie en salle en février dernier. D’un conflit l’autre, elle rejoint, toute seule, Kaboul, tombée aux mains des Talibans, en 2001 : « Je devais emmener un vidéo-projecteur pour les jeunes journalistes afghans de la résistance. Nous avons rencontré Yusuf Jan Nesar, le cameraman du commandant Massoud pendant quinze ans. Nous avons fait une chronique quotidienne en vidéo lorsqu’il a voulu aller sur Kaboul et y projeter ses reportages de propagande. » À peine le temps de créer, avec six associés, la société de production Les films de la riposte, afin de présenter entre autres le travail de Florent Marcie, que Philomène Bon prend la mer, direction Alger. Le projet n’est plus seulement visuel mais aussi scriptural. Rejoignant là-bas une amie d’enfance enseignante, elle se laisse envahir par l’énergie ambiante. « Il y a un tel gouffre entre les mises en garde que l’on vous fait au départ et les forces vives qui s’expriment dans cette ville. Il fallait écrire quelque chose qui rééduque le regard sur Alger. » Ce sera un guide mêlant histoire, patrimoine et littérature, et qui sortira au printemps. Le calice de l’infatigable exploratrice est-il bu ? Non, car elle doit aussi aider la carrière du chanteur et compositeur tchétchène Arbi Tsuraev, dont la première date en concert eut lieu au Chabada d’Angers en janvier 2006.