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Anne-Flore Guinée
Un pas de côté
TEXTE/ROMAIN ROUSSEAU
* PHOTO-MONTAGE/ANNE-FLORE GUINÉE ET HERVÉ POTIN

L’architecte se réclame d’une architecture sensuelle
et expressive, attentive à la notion de territoire
et de paysage.


Architecte plasticienne. Dans cette double dénomination, Anne-Flore Guinée revendique la volonté de réfléchir sur ce qui est beau, ce qui rend joyeux ou aimable, ce qui pourrait être périphérique à une virile architectonique. Parlant doucement, elle se remémore le foisonnement de la bibliothèque de l’école d’architecture de Bretagne, à Rennes, comme déclencheur d’une ouverture de conscience. C’est de là qu’avec son compagnon Hervé Potin commence un périple qui les mène de Rome (Villa Médicis) à Angers, puis Addis Abeba en Éthiopie, comme lauréats du programme d’étude L’envers des villes, pour finalement s’installer à Nantes en 2002.  De ces expériences, elle s’est bâtie une manière de penser et de faire érudite, ténue, raisonnée. Convoquant les mouvements artistiques et architecturaux radicaux des années pop, le Alles-ist-Architekture de Hans Hollein de 1967, les collages de Archigram de 1968, notamment les Tuned suburb, la ville relationnelle interrogée par Alison et Peter Smithson, en particulier la question de sa forme, elle remet les pendules à l’heure : «L’éloge de la banalité architecturale est un prétexte dangereux qui permet de justifier au troisième degré une architecture médiocre. Nous nous réclamons d’une architecture contextuelle qui accepte la fragmentation, l’autonomie des formes, la couleur, le droit au rêve face à la politique d’uniformisation des villes. Notre démarche s’inscrit dans une problématique contextuelle attentive à la notion de territoire et de paysage, tout en assumant les formes, l’imaginaire pop, pour une architecture sensuelle, expressive et magique.»  Une pensée raisonnée pour une architecture magique ? Anne-Flore Guinée évoque alors «La chaise de la Comtesse», l’histoire de deux chaises du cabinet gothique de la comtesse d’Osmond, conservées au Petit Palais de la ville de Paris : une histoire de fesses, de disgrâce, de rédemption et de tabourets. Une des quatre histoires qu’elle a imaginées et illustrées pour la promotion des musées de Paris. Et de conclure : «Les objets qui parlent ont aussi des choses à raconter, mais ils sont ce qu’ils sont.», puis de soutenir sa passion pour Téléchat, la télévision des objets crée par l’artiste Roland Topor dans les années 80.  On perçoit alors de quelles situations elle se nourrit. Pas d’un projet de front révolutionnaire culturel, pas d’un cri d’assaut sur le vieux monde, mais plutôt de l’espacement entre ce que l’on voit par habitude et ce que l’on pourrait voir. Un pas de côté qui rendrait la vie plus agréable, peut être plus juste.

Matière[s] d’architecture, H. Potin ET A.-F. Guinée
(ÉD. Diagonale - 1999).
http://guinee.potin.free.fr