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Mariame Clément
Le cauchemar de la liberté
TEXTE/ SYLVAIN CHANTAL* PHOTO / CHIMÈNE DENNEULIN
Avec la metteur en scène franco-iranienne, le mythe de Pirame et Thisbé, présenté par Angers Nantes Opéra, prend un sérieux coup de jeune.

Lorsqu’elle prend place à la table du café ce midi-là, on regrette presque qu’il s’agisse d’un rendez-vous professionnel et non d’un speed-dating. Seule consolation, on sait au moins que l’entretien dépassera les sept minutes. Les clichés ont la vie dure, mais on n’attendait pas du metteur en scène de Pirame et Thisbé, opéra présenté fin mai par Angers Nantes Opéra, qu’il fût aussi agréable à regarder qu’à écouter.  Comment Mariame Clément, qui n’a guère plus de la trentaine, en est-elle arrivée à diriger, avec Pirame, son septième opéra ? « J’ai reçu ma première proposition de mise en scène le jour de mes trente ans. Il s’agissait de Il Signor Bruschino. J’ai eu la chance que le directeur de l’opéra de Lausanne, François-Xavier Hauville, croie en moi. Au théâtre, on peut créer En attendant Godot dans son garage, mais à l’opéra, ça nécessite beaucoup d’infrastructures. Il a donc pris un risque énorme : en cas d’échec, c’est lui qui payait les pots cassés. » D’échec, il ne fut pas question. Au contraire. Et depuis, la jeune Franco-Iranienne enchaîne les spectacles de Lausanne à Berne, en passant par Strasbourg et Oviedo.  À la fin de ses études en Lettres et Histoire de l’Art à Normale Sup’, Mariame Clément rallie Berlin où elle effectue son premier stage de mise en scène à la Staatsoper Unter den Linden. « Ce stage est arrivé par hasard. J’ai toujours eu l’amour de l’opéra, mais je n’ai pas du tout grandi avec l’idée de devenir metteur en scène. Naïvement, je ne savais même pas que c’était possible. » Un prix en 2003, puis l’opéra de Lausanne et la voilà qui rencontre Jean-Paul Davois, le directeur d’Angers Nantes Opéra. « Il m’a mis un gros paquet dans la main, l’opéra de François Rebel et François Francœur, et demandé si cela m’intéressait. Évidemment ! La commande est partie intégrante de notre métier. Le pire cauchemar pour moi serait d’être libre… »  Pour Pirame, elle ne veut pas quelque chose de « figé », mais de « beau et poétique ». « Le décor notamment sera la transposition des miniatures persanes, très stylisées, avec un côté baroque et merveilleux. » Merveilleux, on n’en doute pas.

Au Théâtre Graslin, Nantes : 25, 27, 29, 31 mai, 1er juin.
Au Grand Théâtre d'Angers : 8, 10 et 12 juin.