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The Libertines
La poudre d'escampette
TEXTE/ SYLVAIN CHANTAL* PHOTO / DIALEKTIK
En janvier 2003, Pete Doherty et Carl Barât rallient Nantes en camion pour enregistrer quelques morceaux au studio Le Garage hermétique. Ce disque inédit des Libertines sort aujourd’hui, après moult péripéties.

« Pierre (*) avait complètement laissé tomber l’idée. Mais moi, ça me trottait dans la tête. Je lui ai dit : “ Si on le fait, ça ne servira peut-être à rien ; mais si on ne le fait pas, on le regrettera toute notre vie ”. Très rapidement ses yeux ont brillé ». Michel (*), qui n’a pas vécu la folle épopée de Pierre, a donc convaincu son acolyte de sortir le disque. Ce disque ? Deux morceaux inédits des Libertines, enregistrés à Nantes en janvier 2003 alors que le combo, élu « meilleur nouveau groupe » lors des NME awards, est au faîte de sa gloire.  L’aventure débute un mois plus tôt, au bar du Chabada, la salle angevine où les Anglais viennent de donner un concert. Pete Doherty et Carl Barât, les Lennon et Mac Cartney du groupe, boivent plus que de raison, bientôt rejoints par Pierre, créateur du feu label punk Dialektik records. « Même si le concert n’était pas terrible, c’était la première fois que je voyais un truc pareil, se souvient le Nantais. On a discuté au bar. C’était une putain de rencontre. En rigolant, je leur ai dit que j’adorerais faire un disque avec eux. Un mois après, je passais les chercher à Londres avec mon van. » Doherty, qui n’a prévenu personne, appelle Barât qui déboule dans la nuit. Le batteur Gary Powell et le bassiste John Hassall, en revanche, ne sont pas du voyage et c’est un ami de Pete, Alan Wass, qui est réquisitionné. « Pete était très pressé d’enregistrer ces chansons-là, raconte Pierre. Des chansons écrites à l’instinct. On voulait faire une grande escroquerie. Sans contrat, sans rien. »  La fine équipe se retrouve au Garage hermétique, le studio de Nicolas Moreau qui a vu passer Dominique A ou Katerine à leurs débuts. « Ils ont commencé direct à enregistrer. Durant quatre jours, on n’a jamais quitté le studio sauf pour aller se bastonner au bar l’Algodon, aujourd’hui 15 bis. » Le résultat : quatre chansons évidemment contestées par le boss du label Rough Trade, furibard de s’être fait voler ses poulains pour une escapade rock’n’roll. Après moult tractations avec le management, Pierre obtient le droit d’éditer deux morceaux, pour un tirage limité à 2 000 exemplaires et uniquement en France. « Le disque s’appelle Narcissist, rajoute Michel. On commence par 300. L’idée n’est pas de se faire de la thune, mais de rentrer dans nos frais et de boucler la boucle. »  Pierre, qui depuis l’épisode Libertines a tout laissé tomber pour se lancer dans le graphisme, considère la sortie de ce disque « comme une revanche juridique face à tous les avocats anglais ». Avec cette impression aussi de laisser une petite trace dans l’histoire du rock.
(*) Les prénoms ont été modifiés.

Narcissist / Dialektik / Au revoir et merci.
En vente à partir du 9 mai à Méloman,
2, quai de Turenne à Nantes.