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Tito.onetwo
La griffe du graff
TEXTE/GWENN FROGER * PHOTO/VIBRATORE ADAMO
À seulement 32 ans, le graffeur angevin Tito.onetwo a déjà connu
la consécration. Directeur artistique au sein de grandes marques notamment, il a pourtant décidé de revenir sur ses terres.

Résumer la courte existence de Frédéric Rousselin tient du pari osé, voire de la suffisance. Ce que lui, d’ailleurs, ne cultive pas vraiment. Tito.onetwo, de son nom d’artiste, préfère d’autres cultures, en l’occurrence celles des « Jardins des Ardoisières », la jardinerie de son père à Trélazé, près d’Angers. Mais avant d’avoir les pouces verts, Tito s’est fait un nom avec ses dix doigts, dans une discipline aujourd’hui en plein essor : le graffiti. Ou l’itinéraire d’un enfant pas gâté : « J’ai été sourd les cinq premières années de ma vie. J’ai donc dû m’exprimer différemment. J’ai su dessiner avant de savoir parler ! » Celui qui ne pouvait entendre une bombe va faire de cette dernière son arme de création inventive.  « J’ai découvert le graff avec deux potes de lycée, au début des années 90. Mon rêve était d’être dessinateur de comics américains, mais la découverte de la bombe a tout changé. » Le contexte de l’époque est particulier. La culture hip-hop n’est pas encore installée et l’art du graff est prohibé. « On graffait sous adrénaline et c’est ce qui m’a plu dans la bombe : un résultat vite fait bien fait. La donne a changé. Les conventions ont fait que le graffeur peut prendre son temps. » Seul à orner les murs de la cité angevine, Tito ne tarde pas à se faire repérer. Les murs du Chabada, de divers magasins, boîtes de nuit et bars angevins témoignent de la richesse expressive du graffeur solitaire. « J’ai commencé par le lettrage, mais j’en ai vite vu les limites. Je suis considéré comme un spécialiste du portrait, hyperréaliste ou plus graphique. » Des personnes d’Universal sont séduites et Tito peut attaquer la capitale. Il y deviendra graphiste puis directeur artistique d’Infopresse. C’est le temps des « belles » rencontres, des sollicitations prestigieuses – il est invité d’honneur au Grand marché d’art contemporain (GMAC) en 2003 – et des ventes à des amis célèbres (Brahim Asloum, Magloire).  La marque Adidas lui propose un contrat dans l’événementiel, celle d’Idols la déco d’un show-room à Deauville. Des raisons personnelles l’ont fait revenir en ses terres, mais Tito garde de ses années de consécration l’assurance de posséder une griffe qui, un jour, le démangera. « Je continue pour des amis ou pour des projets locaux. J’exposerai en novembre prochain au Musée des Beaux-Arts à l’occasion des 25 ans du hip-hop en France. Je m’occupe aussi des décors de la compagnie de danse C dans C et je vais participer à Paris Plage en juillet. Je ne peux plus graffer tous les jours, mais c’est une abstinence pour mieux repartir. »  L’ex-membre de Sous l’choc et du crew SO (Suprêmes Obsédés) ne saurait longtemps faire taire le choc de sa belle obsession.

www.myspace.com/titoonetwo