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Bruno Duquoc
L'allégorie du troglodyte
TEXTE/ ROMAIN ROUSSEAU *
La grotte, la cave, le terrier, l’excavation renvoient au territoire de l’inconscient.
S’y glisser, c’est explorer des lieux où peuvent être rangé ce que nous avons
de plus intime, les terreurs, et surtout les plaisirs.
C’est probablement ce à quoi Bruno Duquoc a été confronté en 1978 lorsqu’il visite pour la première fois les extraordinaires salles souterraines de Doué-la-Fontaine, près de Saumur, un choc passionnel qui semble irréversible. Architecte à Angers, il est depuis devenu le spécialiste des troglodytes du Sud-Saumurois, racontant avec passion la réappropriation de ces anciennes caves d’extraction de tuffeau ou de falun. « L’habitat troglodyte est avant tout un habitat très intelligent, très bien isolé, avec des températures naturelles de 11°C en hiver, donc très facile à chauffer et de 20°C en été, et que l’on peut agrandir au gré des circonstances. » Bruno Duquoc moque ainsi la prise de conscience tardive des architectes sur l’actuelle préoccupation de haute qualité environnementale (HQE) et qui préconise une très forte isolation thermique des maisons, des matériaux de construction capables de stocker la chaleur en hiver et la fraîcheur en été, ainsi qu’une couverture végétalisée pour temporiser l’écoulement des eaux de pluie. « Les troglodytes ont déjà toutes ces caractéristiques, en plus, la toiture n’est pas végétalisée, elle est potagère ! ». Ce qui l’intéresse encore, c’est la résistance des troglodytes à se laisser dessiner par un logiciel de dessin informatique. L’avancement d’un chantier s’interprète sur le mode de l’improvisation, où rigueurs réglementaire et administrative de l’acte de bâtir sont parfois aimablement adaptées. C’est cela l’esprit troglodyte : un esprit décalé, résistant, avant tout passionné. C’est aussi une attention aigue aux formes primitives de la pierre, de l’extrême douceur d’une niche où se lover, d’un rayon de soleil transperçant la blancheur de la roche à plus de 10 m d’épaisseur. C’est en tout cas ce qui transparaît des propos de Bruno Duquoc : une grande attention aux lieux et aux gens, une modestie dont il explique qu’elle fait partie du contexte et, en même temps, une recherche perpétuelle dans ces espaces souterrains révélés, des deux grandes qualités de l’architecture vivante que sont le désir et le plaisir.
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