ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL TÊTE DE SÉRIE

 

Jan Hammenecker
BELGIQUE ALTITUDE
TEXTE/ GWENN FROGER* PHOTO / VINCENT BEDOUET
Le comédien flamand est actuellement en tournée avec la pièce La cruche cassée de Heinrich von Kleist. Rencontre avec un artiste artisan qui « croit en ses rêves ».

Histoire de jeter huile sur quelque feu, léchant aujourd’hui les joues flamandes et wallonnes : « La Belgique est gardée par un équilibre de rivalités. Mais si les rivaux s’entendaient ! » Le cruel Baudelaire stigmatisait le « bâton merdeux », dans son pamphlet Sur la Belgique. Ironie de la petite histoire, le portrait ici esquissé met la Belgique en scène, en ce qu’elle possède de plus beau et de plus fédérateur : sa richesse artistique. Flamand d’origine, Jan Hammenecker s’impose et en impose dans le rôle d’Adam, personnage central de La cruche cassée, création griffée Frédéric Bélier-Garcia, maître à bord du Nouveau Théâtre d’Angers. Et c’est avec la langue de Molière que le comédien lutte chaque soir, en un registre comique qu’il aime tant : « J’essaie d’exploiter au mieux cette singularité. Les limites de la langue me permettent aussi de jouer davantage avec mon corps. Mais j’espère surtout être compréhensible, et ne pas insulter l’amour des Français pour les mots. Il y a tant de jeux de langue dans cette pièce ».  Jan Hammenecker a des désirs de proximité. Et Bruxelles, la capitale dans laquelle tout le monde se connaît, n’y est pas étrangère : « C’est beaucoup plus facile de trouver du travail dans le milieu du spectacle. Il n’y a pas ce système de casting comme en France. De même que sans beaucoup de moyens, il est possible de monter ses propres créations. »  Encore faut-il avoir fibre et talent. La fibre, Jan Hammenecker la fait vibrer tout petit, se plaisant à jouer le plaisantin, dévorant les vieux films burlesques. Une école de théâtre à Anvers aux carcans étouffants, puis une école alternative à Bruxelles, aux non-préceptes salutaires cultivent le jardin carré et foisonnant d’un saltimbanque touche à tout. « J’ai fait le clown pour un cirque contemporain, j’ai fait de la vente de porcelaine de Limoges, du bâtiment, mais l’évidence était la comédie. J’ai toujours osé croire en mes rêves, et toujours osé rêver. Le bonheur est que la plupart de mes rêves se sont réalisés, d’une manière ou d’une autre. »  Comme celui de jouer en France, le pays voisin aux espaces plus vastes. L’approche est la même : humble et jouissive, le bonheur de jouer ne souffrant pas l’aigreur. « Qu’il s’agisse du cinéma ou du théâtre, le plaisir est le même. Je regrette d’ailleurs que l’on mythifie le métier de comédien. C’est un métier, un savoir-faire et l’on apprend beaucoup plus en jouant qu’en apprenant aux côtés de pseudo-maîtres soi-disant élus. Parfois, on se demande pourquoi on s’inflige cette souffrance d’être sur scène. C’est sûrement ce mystère qui fait le bonheur de ce métier. La rigueur que l’on s’impose est largement récompensée. »  Des récompenses et des satisfactions, Jan Hammenecker n’en manque pas : des rôles dans des films de Jaco Van Dormael (Mr Nobody), Arnaud Desplechin (Rois et Reine), Yolande Moreau (Quand la mer monte…) et dans de nombreuses pièces dont Tout vu de la compagnie Transquinquennal, des prix d’interprétation, et notamment pour Max et Bobo de Frédéric Fonteyne ; une réalisation et des productions aussi. La touche Hammenecker ? Ce non jeune premier en Belgique et encore, pour peu de temps, bon second dans l’hexagone, habite son nom et transcende son corps. A l’image de son pays: une force tranquille et passionnée, qui, quand elle n’explose pas, éclate de créativité.
La cruche cassée, du 12 au 22 décembre,
le quai, Angers. www.nta-angers.fr