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Farida Abid
Prolo chic
TEXTE / VINCENT BRAUD
PHOTO / PHILIPPE ANESSANT
La rue du Fer à cheval n’est pas l’avenue Montaigne. Dans ce quartier populaire de Nantes, une jeune créatrice, Farida Abid, s’est fait une place. Et sa marque
– Les petites mains – ne demande qu’à grandir.
« Ce que je fais ? C’est du prolo chic ! », lance-t-elle dans un éclat de rire. Farida Abid se souvient de ses débuts, pas si lointains, où elle proposait « sur les marchés » la série de sarouels qu’elle avait crée. Une époque où elle en avait (presque) terminé avec les « petits boulots » et où il lui arrivait de défiler pour d’autres. « J’ai démarré sans formation, sans aucune idée des filières de production, de distribution… » En août 2005, Farida saute le pas et aménage les 70 m2 d’un appartement de Bellevue en atelier de création. Autant dire que les 70 m2 sont bien occupés. Les coupons de tissus, dans une tranquille anarchie de couleurs et de matières, occupent l’espace disponible, laissant juste un peu de place pour travailler. Farida qui a dû renoncer à la langue kabyle (sur injonction d’une institutrice qui voyait dans cette langue un obstacle à l’intégration) n’a pas oublié ses racines. Pour autant, « ce n’est pas une mode ethnique » qu’elle propose. « L’élégance n’est pas une affaire de classe sociale ou de budget. J’aime travailler pour que les femmes se sentent belles. Pour moi, la création, c’est le bonheur de partager… » Alors, ses modèles sont souvent modulables, s’accommodant aux soirées chic comme aux après-midi décontractés. « Le prolo chic, c’est un état d’esprit, pas simplement un positionnement… » Farida n’oublie pas d’où elle vient. Les souhaits de ses parents de la voir réussir. « Il fallait que je sois médecin ou avocat… » Raté. Encore que la trentaine venue, seule et avec deux enfants à charge, elle a mis un point d’honneur à décrocher un bac qu’elle avait raté à 18 ans parce qu’elle n’en avait « rien à faire ». Aujourd’hui, Farida a gagné ses premiers galons. Un passage remarqué lors d’un défilé de jeunes créateurs au Musée des beaux-arts de Nantes a confirmé un réel talent. Sans lui tourner la tête. Une première petite main, Olena, a rejoint son atelier en mars dernier. L’objectif ? « Aller au-delà des micro-séries que je peux proposer ». Et puis, de fil en aiguille, un autre projet : « mettre en place un atelier de confection textile éthique et solidaire ». Histoire de mettre en valeur, dans ce quartier populaire, « l’intelligence pratique de femmes auxquelles il ne manque souvent que la technique ». Histoire peut-être aussi de donner à d’autres l’envie d’entreprendre et d’aller aux bouts de leurs envies. 
Farida Abid, Les petites mains,
3 rue du Fer à Cheval, Nantes
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