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Boris Charmatz
Le sacre du printemps
TEXTE / VINCENT BRAUD
PHOTO / YANN PEUCAT POUR KOSTAR


Ne dites pas à Boris Charmatz qu’il va entrer au musée, il en rêve. Le projet du chorégraphe, c’est en effet de créer un musée de la danse à Rennes. Ni un canular, ni une provocation. Juste une autre chorégraphie.

“Un musée est un espace de vie et il faut changer le rapport du public à la danse contemporaine…” Cette conviction, pour Boris Charmatz, n’est pas nouvelle. S’il a connu un parcours fulgurant, il avoue avoir eu beaucoup de chance. “C’est mon père qui m’a emmené à mon premier cours de danse. J’avais 7 ans et je me suis retrouvé seul au milieu d’une trentaine de filles.” Une sorte d’anti-Billy Elliot : des parents “militants de la culture” pour qui la danse, pour un garçon, n’était pas un tabou. La fréquentation des musées, en France ou à l’étranger, ponctuait aussi les vacances en famille. “C’est sans doute pourquoi le musée est, pour moi, un lieu de culture, évidemment, mais aussi un lieu de vie…”  Et la danse, dans tout ça ? “Mes premières émotions, je les dois à Jean-Claude Galotta, à Dominique Bagouët… Lorsque j’ai vu leur travail, je me suis dit, c’est là que j’ai envie d’être…” Alors tout va aller très vite. Le conservatoire de Grenoble avec Jean-Luc Chirpaz puis, très vite, l’école de danse de l’Opéra de Paris. Non comme une fin mais un moyen. “Il n’y a pas d’autre endroit où on peut se consacrer totalement à la danse.” Et à 17 ans, après un retour à Lyon, le voilà engagé par Régine Chopinot. Puis viendront Odile Duboc, Meg Stuart et beaucoup d’autres. Et Boris Charmatz s’éclate. Pour le danseur, et bientôt chorégraphe, la danse ouvre l’horizon : “Il y a bien sûr le studio et les spectacles, mais aussi les écrits, ceux de Merce Cunningham par exemple, ou les films ; comment oublier les images d’Un chant presque éteint de Mouriéras ?”  Cette envie de danse totale, Boris Charmatz la pousse au risque de provoquer. Comme, dernièrement, dans La danseuse malade avec Jeanne Balibar. “Ce qui m’intéressait, c’était le lien entre les textes d’Hijikata, le bûto et la physicalité de Jeanne Balibar qui n’est pas danseuse mais possède cette capacité d’abandon, de dérive… Il y a la danse du corps, mais aussi celle des mots, la danse du papier…” Inutile de s’appesantir sur le débat danse/non danse. “La danse contemporaine, c’est la confrontation avec la complexité du présent. Ce qui m’intéresse, fondamentalement, c’est de faire vivre la danse. On peut ne jamais avoir dansé et avoir des choses à dire… Raimund Hoghe qui a travaillé, comme dramaturge, avec Pina Bausch était petit et bossu. C’est, d’une certaine manière, l’anti-corps du danseur mais, en même temps, c’est pour ça qu’il va sur scène…”  Pour Boris Charmatz, la direction d’un centre national chorégraphique n’est pas une étape obligée dans une carrière. Juste l’occasion de faire partager une passion et un rêve. “Le musée, c’est la maison des muses. Je rêve d’un lieu de rencontre et de vie autour de la danse… À nous de l’imaginer et de le créer.”  En cette fin de journée, le studio est vide mais le chorégraphe imagine déjà le sacre du printemps. “Ce sera un temps fort de rencontre avec le public à Rennes… mais nous en reparlerons.” Soit.

22-26 AVRIL, INAUGURATION DU MUSÉE DE LA DANSE, RENNES