ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL UNE VILLE AILLEURS

 

Dans cette rubrique, un artiste évoque une ville qui le fait vibrer, ailleurs.
Pougne-Hérisson fait partie
de ces vill(ag)es qui, comme Lille ou Bilbao, ont réussi
leur renaissance par la culture. Yannick Jaulin, conteur,
nous parle de ce “nombril
du monde”.

Ici la culture était dans les années de vaches maigres, une donnée fondamentale qui tenait plus de la polyculture et de l’élevage hors sol. L’ouverture du jardin d’histoires a donné à la cité sa pierre d’angle, son Guggenheim, reliant ainsi tous les dispositifs d’une dynamique économique assez réussie.  C’est un jardin extraordinaire, une invitation à la créativité, un parc poétique de machines à capter les contes. Un palais du Facteur Cheval pour vieux mythes fatigués et légendes à inventer, où chacun peut raconter la sienne ou simplement benaiser. Conçu par des Ombilicologues passionnés, c’est un bijou d’art moderne serti dans un écrin hyperréaliste : fermes en activité avec les meuglements de vaches parthenaises authentiques, klaxon régulier du camion d’épicier ambulant, voix des joueurs de boules en bois se prêtant avec bonheur à cette mise en scène du réel.  Autour de ce jardin, j’aime aller flâner dans les autres lieux culturels. La salle polyvalente qui sert à tout pi qui sert à rin. La chapelle Saint-Georges dont la porte donne sur le Nombril. Le fameux rocher qui, comme celui de Delphes, situe l’emplacement d’un des Nombrils du Monde : le Nombril des Histoires. Car la fameuse légende dit que toutes les histoires du monde sont nées ici, au moment du « Big Bang mythologique » et se sont répandues dans le monde. Sans manquer d’y revenir régulièrement se ressourcer.  Pougne ou Hérisson, c’est comme Buda ou Pest : il faut choisir, aller dans un centre ou dans un autre. La première fois, j’ai atterri sans le savoir à Hérisson, la partie dite féminine de la cité, vallée riante avec, sur la motte, le château médiéval. C’était en 1985 et c’était avant le renouveau. Comme la plupart des quartiers historiques, Hérisson était, avant de devenir bobo, la face populaire, délaissée, décatie. Hérisson la Rouge ou la Bizarre, avec ses mystiques, comme la fameuse Berthe annonçant partout qu’un jour Hérisson serait célèbre dans le monde entier.  À l’autre bout, Pougne, la poigne dite masculine avec les centres de décisions et d’industrie (bois Pilet et agroalimentaire). Je n’ai découvert que tardivement cette partie de la cité plus moderne. Elle ne me passionne guère. Mais il ne faut pas tout jeter non plus. Au bar De Goule à Oreilles, un des lieux de nuit les plus intéressants, j’ai quand même vécu quelques fêtes inoubliables. Pour le folklore, on peut aller se mettre sous la cloche de l’église et implorer Saint-Pou, sensé guérir de l’épilepsie et de la plupart des dérangements psychiques.  En vingt ans, le véritable centre a basculé vers le Nombril du Monde à Hérisson : le pôle étudiant s’est vidé à Pougne 1 alors que la faculté d’Ombilicologie ouverte à Hérisson a pris un formidable essor. Le campus, réputé pour son calme et sa qualité de vie, utilise les espaces du jardin d’histoires pour ses fameux ateliers de créativité. Ils rendent si attractive cette étonnante université.  Pour ma part, j’y fais de longs séjours de ressourcement. J’avoue avoir, dans ce jardin, un faible pour les toilettes publiques qui, vous en conviendrez, ont un peu plus d’allure que les sanisettes servies par Decaux jusqu’à plus soif.  Pougne-Hérisson est aux contes ce que San Francisco est au monde gay : un lieu incontournable. Une urbanité unique destinée à assurer la tranquillité de millions d’histoires, résidents permanents et majoritaires 2. C’est toute la réussite visionnaire de l’ancien maire, Bernard Boileau, qui a su mettre sa ville au vert.  Car ce qui frappe le regard en arrivant ici, dans la cité des Histoires, c’est l’omniprésence du vert. Alphonse Allais aurait été ravi de la réussite absolue d’une de ses marottes : mettre les villes à la campagne. J’aime le vert. Il m’apaise et je trouve ingénieux ce dispositif de petites routes sinueuses bordées de chênes têtards, conduisant au centre ville de cette mégalopole. Pas besoin de périphériques boursouflés. Il y a là une vraie pensée, un acte d’urbaniste rare. Il s’avère qu’un réseau de petites voies d’accès équivaut à une grosse artère. C’est si logique !  Dès l’entrée en centre ville, l’effet relax est garanti : paysage bocager admirablement entretenu par les services des espaces verts, amoncellements attentifs de chaos granitiques au bord de la route, palisses de poumae, le pommier ancestral, arbre mythique de Gâtine qui a donné naissance à ce sport formidable, le Tamenti 3 . Un sport qui mettrait lui, plutôt au verre.  Un seul regret : la difficulté d’accès pour ceux qui arrivent de l’étranger. Mais c’était encore une vraie audace de la part de l’ancien maire : avoir renoncé, définitivement et malgré les pressions, à l’aéroport international de Pougne-Hérisson.

1 Même si les locaux des anciennes écoles ont cédé la Place au CDN (centre dramatique du Nombril) et à un pôle d’accueil pour compagnies en résidence.
2 Entre les histoires sédentarisées et les nomades, on ne connaît pas les chiffres exacts des résidents et les recensements restent assez flous.
3 Il faut venir pendant les foires fameuses de Pougne-Hérisson en plein milieu d’août, (la prochaine du 15 au 17 août 2008), pendant le Championnat du monde de Tamenti, rituel païen et sport exigeant à la fois. Et découvrir, notamment, l’équipe puissante des Flatuleurs de Bruges.

 

Qui s’y frotte...
Il est à Pougne-Hérisson ce que Salvador Dali fut à Perpignan : le chantre, le héraut, l’avocat infatigable d’une évidence planétaire. Le village est bel et bien au centre du monde puisque Yannick Jaulin en a fait le nombril.

Cartes postales
Pougne-Hérisson, 360 habitants, coule des jours tranquilles dans le bucolique département des Deux-Sèvres. Destination royale (souvenez-vous, 2007…), le village serait entré dans la légende bien avant les invasions barbares. Les hameaux de
Pougne et Hérisson, distants de 3 km, ont décidé, en 1801, de faire cause commune. On y vient pour le Jardin des histoires et pour la Merveille d’Hérisson, un énorme bloc de granit, en équilibre sur son socle et entouré d’un chaos de roches granitiques.

Y aller
Grâce à l’aéroport international de Poitiers, Pougne-Hérisson se trouve désormais dans la banlieue de Londres et de Birmingham, villes desservies en low cost. Mais il est possible de gagner Pougne-Hérisson par la route d’autant qu’il n’y a pas de navette depuis l’aéroport poitevin, distant d’une soixantaine de km. Cette terre de légendes n’est qu’à 130 km du Château des Ducs de Bretagne, à 141 km du Château du Roi René et à 232 km du Parlement de Bretagne.



S'y loger
Disons-le tout net : l’infrastructure hôtelière n’est pas encore
à la hauteur de la réputation de la ville. Le chef-lieu de canton (Secondigny) n’est guère mieux loti. Néanmoins, cette « commune tranquille et attrayante au cœur des Gâtines », possède un camping 3***, le Moulin des Effres
(05 49 95 61 97). Emplacement + 2 personnes, 10Ä en haute-saison. Sachez que Secondigny a un point commun avec les Beatles, Macintosh et New York : la pomme. Cette commune revendique, seule, par contre, le titre de « capitale de la pomme de qualité ».

S'y restaurer
Le Goule à Oreilles est une institution. Un bar-restaurant-épicerie-café-concert (à l’occasion), où Alain, le maître des lieux, propose un MacPougne de pure tradition gâtinaise. C’est le seul commerce de la commune. Un peu plus loin, à 6 km, Le Gâtinois (9 rue du marché à Secondigny) présente, comme son nom l’indique, une carte aux couleurs de la région : solide farci poitevin, le broyé du Poitou…
Autres bonnes adresses, Le piano, à Vernoux-en-Gâtine,
et Le baratin, à Parthenay, pour déguster une cuisine de pays.



Circuit Kostar
Il y a les amoureux du vieux port de La Rochelle qui s’arrêteront flâner au pied des tours et les nostalgiques de temps révolus qui feront un détour par Jarnac, mais il en est d’autres qui iront tout droit à Pougne-Hérisson. D’autant que, chaque été, Le Nombril du monde y a son festival. 3 jours de spectacles, de paroles et de “benaiseries”, rendez-vous incontournables des conteurs, des slammeurs et autres “porteurs de palabres”. L’événement mettra Pougne-Hérisson en ébullition les 15, 16 et 17 août (info www.nombril.com). L’église Sainte-Eulalie de Secondigny a été classée monument historique en 1927. Ses fondations remontent au XIe siècle. Mais “la” ville, c’est bien sûr Parthenay, ville-pilote pour les nouvelles technologies, classée par ailleurs “pays d’art et d’Histoire”.

photos C. Raynaud de Lage, Doumé, JO Stroebel