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Dans cette rubrique, un artiste évoque une ville qui le fait vibrer, ailleurs. Le dessinateur angevin Rabaté a choisi Moscou, ville pour laquelle il éprouve une fascination particulière.

J’ai découvert Moscou pour la première fois à la mi septembre 2003, avec Jean-Hugues Berrou (photographe de son état). Nous étions venus pour refaire le voyage que Tchekhov avait fait, à la fin du XIXe siècle, à travers la Russie jusqu’à Sakhaline.  On était descendu à l’hôtel Central, qui portait bien son nom, il était sur l’avenue Tverskaya, à 300 mètres du Kremlin. L’hôtel était plus ou moins défraîchi. À l’époque du rideau de fer, c’était l’hôtel où descendaient les huiles étrangères, enfin celles des pays alliés. Y avaient séjourné Castro et le Che, notamment.  Pour nous, Moscou n’était qu’une étape, mais un problème de visas fit qu’au lieu d’y passer trois jours, on y resta plus d’une semaine. On en profita pour arpenter un peu la ville.  Dire que la ville me plut, au sens propre non. Le métro, très profondément enterré, donnait à chaque fois l’impression de descendre au cœur de la terre. Le métro était, comme la place rouge, comme les avenues, comme les bâtiments, immense jusqu’à la disproportion. Un sentiment de tristesse se dégageait de cette ville. Le ciel gris donnait une lumière diffuse, enlevant le relief aux choses, donnant peu d’ombre au sol et tuant de contraste l’architecture soviétique ou post-soviétique austère et grise, les habits ternes, les visages fermés ; tout participait à l’impression de mélancolie.  Le manque de communication a bien évidemment joué aussi. Mon anglais sommaire et mon russe inexistant ne m’ont pas permis de passer du domaine de l’observation à celui de l’échange. De ma position d’observateur ou de voyeur, c’est selon, il ne me semblait voir que solitudes. Personnes traînant leur cafard et buvant leur bouteille de vodka en solitaire derrière les débits d’alcool, cuite programmée au fond de la bouteille, ivresse comateuse, alcool d’oubli. On quitta la ville sans regret.  Nous y sommes repassés en rentrant de notre périple de deux mois à travers la Sibérie. Le froid n’était pas encore là, un peu de neige toutefois. L’ambiance était la même, mais le voyage avait relativisé ma vision de la ville et, comparée à Karkov, Ekatérimbourg ou Sakhaline, Moscou me sembla, si ce n’est un paradis, tout au moins agréable. Nous y séjournâmes une semaine avant de rentrer en France.  Cette ville, comme ce pays, exerce sur moi une vraie fascination. Rien n’est à mon échelle : trop grand, trop gris, trop haut, trop triste, la dépression suinte de l’architecture et se dégage des gens. Pourtant, j’y suis retourné et j’y retournerai encore. J’y retournerai pour gratter la surface des choses. Pour voir arriver, après avoir réussi à passer les portes et bu quelques vodkas, un sourire ou autre chose.














 

Moscow...vite!
La Place Rouge est toujours là. Les drapeaux ont changé de couleurs mais les défilés y sont toujours beaux. Moscou-la-grise a fait place à Moscou-l’extravagante. Les coupoles dorées
ne sont pas seules à briller. Les grosses berlines allemandes transportent les nouveaux apparatchiks, les “novoriches”.

Cartes postales
Comme toute grande capitale, Moscou ne nous est pas tout à fait étrangère. Tout le monde a (déjà) vu la Place Rouge, les fenêtres du Kremlin et les bulbes vernissés de la cathédrale Saint-Basile. Pour la photo, et pour son histoire, on ira voir la cathédrale du Christ Sauveur. Construit au milieu du XIXe pour célébrer la victoire de la Grande armée sur Napoléon, le grandiose édifice fut rasé par Staline en 1931 et remplacé, un temps, par… une piscine. Mais la cathédrale est de retour : on l’a reconstruite à l’identique dans les années 90. Le Christ Saint-Sauveur doit sa résurrection à… Boris Elstine !


Y aller
Au départ de Paris, la Lufthansa offre (via Francfort) des tarifs intéressants (cf www.easyvols.fr) aux environs de 200 euros. Alitalia (via Milan) peut être également une solution. Et puis il y a le train et le (vieux) rêve du Trans-Europe-Express. L’avion a eu raison du train de luxe qui passait par Berlin. Depuis décembre dernier, la RJD, la SNCF russe, a remis le train sur les rails au départ de Paris.


S'y loger
Inutile de rêver. Les hôtels dans le centre de Moscou sont tout bonnement hors de prix. Pour une nuit au Dorothy’s bed & breakfast (à un kilomètre de la place Pouchkine) il faut compter 175 euros ! Et près de 600 euros/nuit au Ritz-Carlton à côté de la Place rouge. Reste que Moscou dispose d’un bon réseau de transports en commun et qu’il n’est pas nécessaire de loger dans son centre historique. On peut alors trouver des 3* à 65 euros (www.moscow-hotels.net).

S'y restaurer
Au restaurant, les prix ont (aussi) pris leur envol. Et le “traditionnel” se paie cher. 30 euros (minimum) pour déjeuner au Pirosmani, restaurant géorgien avec vue sur le monastère Novodievitchi. Et un peu plus encore au Pragua, près du quartier de l’Arbat. Mais on peut aussi grignoter, sans se ruiner, dans l’un des Bistros que la chaîne de petits restaurants a installés dans différents quartiers.


Circuit Kostar
Balayons les clichés hérités d’un autre siècle : Moscou est une ville qui a littéralement explosé ces dernières années. L’ancien magasin d’État Gum est devenue “la” galerie commerciale du “vieux” Moscou qui, peu à peu, gomme les tristes bâtiments du milieu du siècle dernier et laisse architectes et designers se livrer une belle surenchère. Le mausolée est toujours là, mais Lénine semble bien mort. Les sushi bars ont remplacé ces restaurants de quartier où on mangeait de la soupe de betterave. Le propriétaire du mythique café Pouchkine a ouvert, sur le même boulevard Tverskoi, le restaurant le plus hallucinant (et le plus cher !) qui soit. C’est Versailles à Moscou avec musiciens en perruques. La nuit moscovite, elle, est industrial chic. Les plus grands dj’s (Mark Roson, Sister Bliss…) animent, par exemple, les nuits du B1. Après un passage (obligé) au musée Pouchkine et à la galerie Tretiakov, on peut jeter un œil au premier concept store moscovite, tout près du centre d’art Winzavod qui, lui, abrite la galerie XL et de nombreux artistes.