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Dans cette rubrique,
un artiste évoque
une ville qui le fait vibrer, ailleurs. Salsedo (ex-voix
de Silmarils) s’offre une escapade sud-africaine
à Cape Town .

Mercredi 5 mars 2008 : aujourd’hui ma nouvelle vie commence. Je m’explique, après avoir été éduqué par Iggy Pop, Lemmy de Motorhead et autres égorgeurs d’enfants, me voici prêt à relever l’ultime défi, le challenge suprême : faire un disque qui plaise à mes parents ! Ce mercredi, c’est mon premier concert solo ! Départ Paris, gare de l’Est, arrivée Nancy. Il fait froid, pas beau, bref, de quoi nous foutre le moral à la Annie Girardot. Tout se passe bien, bon concert, très bon public, et un trac de débutant ! Après le show, comme d’hab’, rendez-vous dans un bar sordide avec les poteaux du cru. Quelques verres, et hop, tout le monde au lit… Tout le monde ? Non, en fait seulement moi car demain une journée spéciale m’attend. Objectif : tourner un clip. Direction : Cape Town.  Jeudi 6 mars / Nancy / 6 heures du matin. « Votre mission, si vous l’acceptez : rejoindre Le Cap le plus vite possible après votre concert ». TGV en sens inverse, puis taxi, Aéroport Charles De Gaulle, puis avion, Londres, attente, correspondance, re-avion… et enfin ça y est ! À moi l’Afrique ! Presque 24 heures de voyages… un peu long, mais on a un peu traversé la planète du Nord au Sud quand même. Je ne suis jamais allé en Afrique ; enfin en Afrique du Nord, si, mais ce n’est pas vraiment l’Afrique, avec sa brousse, ses éléphants et ses cadres de compagnies pétrolières qui se baladent avec leur valise de billets, prêts à tout corrompre, même les cailloux. L’arrivée à Cape Town est forcément marquée par tout ce qu’on a entendu sur l’Afrique du Sud. Forcément, dans la queue qui nous emmène au bureau de l’immigration, on ne peut s’empêcher de dévisager tout le monde. On cherche des Afrikaners, des descendants de criminels nazis, des oppressés, des oppresseurs… Jusqu’ici tout va bien… Entre l’aéroport et le centre de Cape Town, il y a une demi-heure de route. Avec les bouchons du matin, beaucoup plus. On se croirait porte de Bagnolet un vendredi. La première chose que l’on voit en arrivant n’a rien de très sexy : sur le bord de la route s’étalent les bidonvilles, que l’on appelle ici les townships. Les locaux appellent ça les « Shacks ». Maisons bricolées avec de vieilles planches et des morceaux de tôles, entassement, surpopulation, on devine l’extrême indigence dans laquelle les gens survivent. La première vision que nous avons de ce pays ressemble à un documentaire sur le quart-monde.  Après une heure de route, nous entrons dans la périphérie du Cap. Changement de décor : palmiers, longues avenues, paysages sublimes, majestueux. En face de nous se dresse la « table moutain », une montagne en forme de table hyper impressionnante, qui s’échoue littéralement dans la mer. Rien à dire, ça tue. Le premier sentiment que l’on a lorsque l’on pénètre dans le centre est cette impression de « déjà vu ». Il y a indéniablement un côté Caraïbes, mais aussi une ambiance californienne. Le style colonial nous fait penser à Port Louis, la capitale de l’île Maurice. Il faut dire que Madagascar n’est pas si loin ! J’adore les villes au saut du lit. Ça klaxonne à tout va, ça bouge, ça brasse, bref c’est vivant ! Il faut dire que Cape Town est devenue incontournable en matière de tournages. C’est devenu la Mecque de la pub, le Hollywood africain. On nous explique encore que toute l’économie de la ville repose sur cette manne encore inexploitée il y a quelques années. Les changements politiques du pays y sont évidemment pour beaucoup. Nous arrivons à l’hôtel. 90 % des clients ne sont ici que pour faire des images. Les boites de prod du monde entier sont là, et il y a plus de models au mètre carré qu’à la surboum d’anniversaire de John Galliano. Nous rejoignons dans sa chambre mon vieux pote Dimitri Coste, qui va réaliser le clip. L’homme est arrivé il y a déjà une semaine.  1300 km de repérage, un casting en cours pour trouver les comédiens qui joueront dans le clip, la fabrication d’accessoires et le découpage des scènes. Nous regardons ensemble les photos des différents paysages sélectionnés. Puis les bouts d’essai des actrices et des acteurs. Le reste de la journée, nous le passerons à la plage (Clifton, Camps bay). Sable blanc, montagnes qui se jettent dans l’océan atlantique, ambiance « chill out », petits restaurants sur le sable. Ici, pas de constructions monumentales en bord de mer (on n’est pas à Fréjus). Juste quelques petits endroits assez « branchaga » où l’on peut boire et se restaurer. Le soir, toute l’équipe nous propose de nous faire visiter Cape Town by night. En fait il y a une rue ! C’est long street. Artère vraiment charmante, très « New Orleans » avec ses immeubles coloniaux et ses balcons où il fait bon déguster une bière locale, dans une ambiance, une fois n’est pas coutume, assez mixte, où noirs et blancs se retrouvent… parfois. Il fait bon, pas trop chaud. Terrasses à ciel ouvert et dégustations de mets atypiques pour les Gaulois que nous sommes : crocodile, autruche… La viande, ici, est exceptionnelle, sûrement piquée aux mêmes hormones que leurs joueurs de rugby, mais vraiment très bonne. Et le coût de la vie, très abordable, fait que l’on peut manger toute la carte et boire le bar entier sans se ruiner.  Le lendemain matin, vers 7 h, départ pour le tournage. Une heure de route plus loin, arrivée dans un petit village au milieu de nulle part. On se croirait dans la série « Shériff fais-moi peur ». Ça ne ressemble plus du tout à Cape Town, c’est ici que l’Afrique commence. Vieilles bagnoles, équipe super pro, ambiance « à la cool ». Le clip peut débuter… Le résultat, à la télé… ou sur le net (myspace.com/salsedo).  Au total, nous n’aurons passé que 5 jours sur place. Difficile donc, de dire que l’on connaît la ville, et encore moins le pays. Reconnaissons que ce que nous avons vu nous a plu. Les gens, le climat, les paysages, les plages. Cape Town n’est pas vraiment l’Afrique. L’empreinte européenne y est partout, la mixité sociale et ethnique encore à l’état embryonnaire, mais il n’en reste pas moins qu’il s’en dégage un parfum fait de douceur de vivre (pour ceux qui sont du bon côté de la barrière, comme moi, touriste) et le temps s’y écoule lentement et tranquillement… Nous quittons le Cap le 12 mars au matin, je joue le soir même à Grenoble… c’est mon anniversaire.




 

Cap au sud

Fondée au XVIIe siècle par la Compagnie orientale hollandaise, Cape Town est la capitale du Cap occidental. Avec 3,5 millions d’habitants et une moyenne d’âge inférieure à 25 ans, Cape Town est la première destination touristique d’Afrique du Sud.
La ville se prépare (déjà) à accueillir la Coupe du monde de football de 2010.

Cartes postales

Cape Town est nichée dans l’une des plus belles baies du monde. De ses 1 000 mètres d’altitude, la masse de Table mountain domine les gratte-ciel de la ville. Le “mother city” a gardé d’importants vestiges des occupations hollandaise puis anglaise. Du haut de Signal Hill, un vieux canon, le Noon gun, se fait entendre à midi pile. De part et d’autre de Greenmarket square, le centre historique peut se découvrir pas à pas. Les marchands ambulants s’y installent volontiers du côté de l’ancien hôtel de ville (Old Town House) classé monument historique. Un peu plus loin, St George’s Mall accueille musiciens et danseurs et Long street aligne ses nobles façades victoriennes.




Y aller

Compte tenu de la distance, le vol n’est pas vraiment donné. Avec Emirates, l’aller-retour, avec escale à Dubai, est à moins de 800 Ä. Mais le vol frôle les 19 heures. British Airways, via Londres, est moins long (14/15 heures) mais dépasse les 900 Ä. Malgré les 9 500 km entre Paris et Cape Town, le décalage horaire n’est que d’une heure.

S’y loger

La haute saison, c’est l’été austral. Notre hiver à nous. Prix naturellement plus élevés. Cape Town, capitale touristique d’Afrique du Sud, dispose d’un important parc hôtelier. Mais, tradition britannique oblige, on compte aussi de nombreux B&B où l’hébergement (pour deux) se situe aux environs de 50 €. Compter 70 à 100 € pour un hôtel de chaîne en centre-ville. Le waterfront, lui, est sensiblement plus cher. Le Breakwater Lodge (une ancienne prison du XIXe restaurée !) propose néanmoins des chambres confortables à environ 90 €



S’y restaurer

Cape Town est l’une des villes les plus métissées au monde. La cuisine est, elle aussi, très cosmopolite. L’une des traditions, à l’honneur dans de nombreux restaurants avec terrasse ou jardin, est le braai. Il s’agit d’un barbecue où la viande, comme le poisson, est à l’honneur. De nombreux petits restaurants offrent un excellent rapport qualité-prix. Y compris dans le centre historique. Le plus souvent, la cuisine “africaine” est d’inspiration maghrebine. La langouste, spécialité du Cap, est abordable. Cuisine créole ou asiatique, la gastronomie sud-africaine, c’est (aussi) un voyage.

Circuit Kostar

Incontournable monument historique, Castel Good Hope est la plus ancienne construction d’Afrique du Sud. Construit au XVIIe à l’emplacement d’un ancien fort en bois, le château domine la Grande parade, place impressionnante où s’installe, le mercredi et le samedi, un important marché. Un téléphérique permet d’accéder au sommet de Table mountain qui offre une vue panoramique sur la ville. Autre monument, au large cette fois, la prison de Robben Island où les guides sont d’anciens détenus. Nelson Mandela y séjourna 18 ans. Pour mémoire, l’apartheid ne fut abolie qu’en 1991. En ville, l’un des quartiers les plus animés et branchés est aujourd’hui le Waterfront. Les anciens docks ont été réaménagés à grands frais. Ce quartier ne dort jamais tout à fait. Mais Le Cap est (aussi) un point de départ idéal pour d’autres aventures : circuits safaris ou virée dans les vignobles tout proches.



Photos / Damien arnaud