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Dans cette rubrique, un artiste évoque une ville qui le fait vibrer, ailleurs.
Rubin Steiner revient à peine d’Istanbul qu’il nous en parle déjà.

Je suis allé pour la première fois à Istanbul en 2002, faire un concert avec mon groupe de rock (oui, le Rubin Steiner Neue Band est groupe de rock. Non mais !). Depuis, nous y avons rejoué huit fois. Et j'ai pu observer les changements de l'unique bout de ville dans lequel je me promène à chaque fois que nous y allons. Mauvais touriste, je n'ai jamais voulu m'intéresser en profondeur à la géographie de la ville, seulement me promener dans le quartier du Babylon, le club dans lequel nous avons nos ronds de serviette, et aller jusqu'où mes jambes pouvaient me porter. C'est-à-dire pas loin !  Les plans visite à la Guide du routard, ce n’est pas pour moi.  Je suis un anti-voyageur / anti-touriste. Je ne connais donc que très peu Istanbul. Malgré tout, je connais très bien ce quartier « à la frontière de l'occident et du moyen orient », dixit Wikipedia. Peut-être le seul endroit au monde où l'on peut voyager dans deux continents juste avec ses pieds. Et ça, ça nous fait une belle jambe.  Ce concert 2009 au Babylon a été l'occasion de retrouver les ambiances familières du quartier de Galatasaray, entre Taksim et Tünel, et découvrir les changements incroyables du centre historique d'Istanbul qui devient de plus en plus occidental « propre ». Il y a sept ans, nous nous amusions de voir cette vérue de Burger King coincée entre deux échoppes d'artisanat local, kebab ou vendeur de rue. Aujourd'hui, ce même Burger King est complètement has-been aux côtés des multiples Starbucks locaux avec ses clients branchés en wifi à leurs macbook en vitrine et autres boutiques de fringues ultra design. La grande rue piétonne a été refaite à neuf et un programme de ravalement de façade a transformé ce quartier en Montmartre bobo géant, plutôt agréable à vivre mais beaucoup moins dépaysant de ce que l'on s'imagine de la ville.  En revanche, dès qu'on prend les rues perpendiculaires et qu'on se rapproche du pont de Galata, on retrouve vite le charme anarchique et (un peu) antique de la cité : des chats maigres partout qui mangent des os, des boutiques hallucinantes (ici la rue des boulons, là, la rue des ampoules... oh, la rue des panneaux de leds qui tombe directement dans la rue des robinets ! ) et la fameuse descente des magasins d'instruments de musique, qui m'excite un peu plus que celle des composants électroniques et des boîtes en plastique. Curieusement, dans cette rue de la musique, l'anarchie s'est aussi un peu calmée. Chaque boutique vend désormais une seule marque de guitare, et il y en a beaucoup ! Je me souviens que Sylvestre s'était acheté une Jazz Bass de 1972 il y a quatre ans, dans une boutique de 5 m2 qui vendait n'importe quoi, que Chacha s'était perdu dans une boutique qui vendait des tas de vinyles sans pochettes posés à même le sol, que Olive avait acheté du tissu pour sa couturière de femme et que je me faisais lire l'avenir dans mon fond de tasse de café turc... Bon, même si on trouve toujours de tout ici aujourd'hui, on tombe quand même moins facilement sur des perles vintage (les vieux stock Roland et Korg ont été acheté depuis longtemps par la folle jeunesse musicienne actuelle).  C'est un détail, mais tout de même : mettons cela sur le dos du mauvais côté de l'occidentalisation à outrance, le côté souk géant de cette ville se transforme peu à peu en quartier occidental moderne et branché et qui devient moins dépaysant pour un feignant comme moi qui ne va pas au fond des choses. J'ai remarqué le même changement à Moscou en cinq ou six ans, qui est devenu par endroit, une vértiable vitrine de l'occident moderne capitaliste, au prix d'une singularité perdue.  Par contre, soyons franc et restons jeune, le "bon" côté de cette occidentalisation pourrait être, selon moi, une meilleure visibilité de la jeunesse Stambouliote. Les affiches de concerts qui recouvrent les murs de Tünel, par exemple, sont un bon appel à la rencontre (on peut y voir James Murphy, Stereolab, Fisherspooner, Puppetmastaz et j'en passe), l'endroit est vraiment devenu le rendez-vous des gens qu'on a envie de croiser le soir - et avec lesquels mes camarades ont fini la nuit, alors que je dormais comme un loir à l'hôtel, dans un appartement transformé en club post punk early electro : du bon goût je vous dis !  Je case ici deux anecdotes qui m'ont marqué et qui sortent de mon propos, juste parce que ce sont des choses qui ne me sont jamais arrivées ailleurs : en 2005, on m'a demandé des autographes et pris en photo dans la rue parce que j'avais fait la couverture d'un magazine local, et des jeunes nous ont raconté qu'ils avaient monté un groupe après nous avoir vu en concert. Dingue. Merci amis turcs !
 Evidemment, il n'y a pas que la musique dans la vie. Istanbul est une ville très agréable et dans laquelle, malgré ou grâce à la foule permanente et l'anarchie des commerces, on se sent complètement en sécurité. La multiplicité des cultures a certainement fabriqué cela. Je ne connais pas non plus très bien l'histoire de cette ville, mais les mélanges de toutes sortes sont tellement présents qu'on ne se sent jamais étranger ou simplement touriste (pour peu qu'on n'ai pas la tenue habituelle du touriste). L'adaptation est si simple qu'on en oublierait presque qu'on est très loin de chez nous : Istanbul est un endroit où l'on a envie de revenir, et pourquoi pas en vacances... mais s’il y a des platines, je veux bien mettre des disques !










 

C’est Byzance !

N’y allons pas par quatre chemins : Istanbul, c’est Byzance ! Ou Constantinople. L’ancienne capitale impériale, qui fut un temps la Nouvelle Rome, est aujourd’hui une mégalopole de 13 millions de Stanbouliotes. Symbole et berceau d’une civilisation remarquable, construite entre l’Europe et l’Asie, Istanbul est une ville pont où se croisent les cultures et les influences, l’ancien et le “moderne”, le christianisme, le judaïsme et l’islam.

Cartes postales

Qui dit Istanbul, dit Sainte-Sophie, la Mosquée bleue, le palais de Topkapi… autant de monuments incontournables, rescapés d’une Histoire mouvementée, transformés au fil des siècles, témoins impressionnants de “la ville des villes”, comme l’appelaient les Chinois, il y a un millier d’années. La Mosquée bleue, entourée de ses six minarets, fut construite au XVIIe siècle. Sur la cour intérieure donnent les 260 fenêtres qui éclairent l’intérieur de d’édifice. Construit à la pointe de la Corne d’Or, Topkapi, palais des sultans, offre une vue magnifique sur le Bosphore. Istanbul, c’est encore le grand bazar et son labyrinthe de ruelles, sur la rive occidentale, non loin de l’impressionnante basilique citerne (datant de 527) ou du musée archéologique aux remarquables collections de bas-reliefs et de sarcophages.




Y aller

Plutôt au printemps ou au début de l’automne. Il y a, bien sûr, le rêve de l’Orient-Express qui n’existe plus vraiment. Les “routards” peuvent néanmoins s’offrir un Paris-Istanbul en train, en passant par Munich, Vienne, Sofia en… un peu plus de 48 heures ! Ni très rapide, ni très romantique. Plusieurs changements de trains sont en effet nécessaires. En avion, c’est 3h30 de vol et l’aller-retour, selon période et compagnie, oscille entre 200 et 300 euros.

S’y loger

On trouve de très nombreux petits hôtels dans la vieille ville historique. À prix très abordables. Compter entre 50 et 80 euros pour un 3 voire en 4*. Le Grand Nazar (à proximité du grand… bazar !) est un 3* où la chambre double coût 68€. Et il n’en coûte que 56€ au Barin Hôtel, un 3* proche de Sainte-Sophie. Même si les standards ne sont pas tout à fait les mêmes, se loger correctement à Istanbul n’est pas difficile. Opter de préférence pour la vieille ville (on peut s’y déplacer à pied) ou un établissement proche d’une station de métro. La circulation est assez chaotique et le taxi, quoique bon marché, n’est pas toujours la solution.



S’y restaurer

Et si le kebab était un régal ? On en trouve à tous les coins de rue. À base de bœuf, le plus souvent, d’agneau parfois, le kebab est une tradition, l’équivalent de notre jambon-beurre. Ici, on mange souvent dans la rue, tout au long de la journée et au fil de ses déplacements. Viande hachée, boulettes de viande bien assaisonnée, lamelles finement découpées… accompagnées de tomates ou de yoghourt. On peut se régaler de manti (ravioles au yoghourt) ou partager une multitude de mezze… le tout à des prix très raisonnables. Les meyhane, tavernes où on déguste les mezze, ne se comptent pas dans les quartiers populaires comme dans les quartiers touristiques. Les restaurants de poissons (sur le Bosphore ou la Corne d’Or) sont sensiblement plus chers mais souvent bondés en fin de semaine.

 

Circuit Kostar

C’est au musée Sakip Sabanci qu’a été présentée, cet hiver, “Un surréaliste à Istanbul”, la plus grande expo sur Salvador Dali organisée hors d’Espagne. La ville compte de très nombreux musées et galeries d’art. C’est à Mehmet le Conquérant qu’on doit le musée de Sainte Irène. L’ancienne église (construite au Ve siècle) a en effet abrité les premières collections publiques après la conquête de Constantinople. L’incontournable Sainte-Sophie est (aussi) un musée. L’ancien siège du patriarcat orthodoxe reste “le plus grand monument de l’empire byzantin et ottoman”. Mais c’est au musée archéologique que se trouve le sarcophage d’Alexandre ainsi que les trésors balayant l’Histoire de la Méditerranée orientale. Pour le reste, sachez que les 3 000 boutiques du Grand Bazar ne sont plus guère fréquentées que par les touristes. Enfin la ville organise désormais (en février) son salon international de la mode. L’industrie textile, très importante en Turquie, est largement ouverte aux techniques et aux courants occidentaux. Artistes et stylistes ont investi, depuis quelques années, la quartier de Galata.