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Dans cette rubrique,
un artiste évoque une ville
qui le fait vibrer, ailleurs. Electronicat, dj electro rock
et pensionnaire du label
Disko B, s’invite à Berlin.

« Planète (pas) claire »  Il fait nuit, je regarde par le hublot, nous survolons la ville. Les points lumineux, symboles de présence humaine, sont faibles et très espacés les uns des autres. La Fernsehturm clignote et se dresse comme la tour de contrôle géante d’une station spatiale perdue dans le temps et l’espace. Je suis loin des scintillements de Londres ou Paris. Songeur et ravi à l’idée de retrouver mon « chez moi » berlinois, je me laisse porter par l’avion qui s’enfonce dans l’ombre, vers cette zone urbaine sans limites, inquiétante et mystérieuse.

Installation  Flash back. Milieu de l’été 2003, j’ai décidé de m’installer à Berlin avec Catriona, mon amie écossaise. Crépuscule sur un toit d’immeuble, chez Janek, un vrai Berlinois, nous regardons les avions décoller et atterrir de Tegel en buvant du rosé. Nous sommes dans Prenzlauberg, ancien quartier de l’Est, encore cheap mais en passe de devenir le nouveau quartier bobo de Berlin après Mitte. Finalement, après une trentaine de visites d’appartements, nous nous installons à Kreuzberg, le quartier turc, anciennement à l´ouest du mur, ex-paradis des artistes, des rockers, des alternatifs, des anarchistes. De Gun Club aux Bad Seeds, de Einstürzende Neubauten à Die Tödliche Doris, tous y ont laissé leurs marques. On trouve un appartement à louer, 120 m2, le prix d´un 40 m2 à Paris dans le XVIIIe. Proche du quartier Neukölln. Ça me rappelle un morceau de Bowie sur l’album Heroes. J´installe mon studio dans une des pièces. Au-dessus, un cabinet de dentiste, au-dessous, un café, le San Marco, tenu par une vieille Sicilienne. Les chocolats au lait y sont très bons. Pas de problèmes avec mes voisins donc, je vais pouvoir faire du bruit.

« Night clubbing we´re night clubbing… »  Les premiers mois, je sors beaucoup. Je fréquente les cafés, les boîtes de nuits, les concerts, les installations, les performances, et fais très vite connaissance avec la faune berlinoise. J’ai soudain l’impression que tout le monde est peintre, sculpteur, musicien, chanteur, rocker, punk, que la ville tremble en cadence à l’infini. n Berlin ! Des sons et des noms résonnent alors dans ma tête : Lou Reed, Throbbing Gristle, le club Tresor, la Love parade, le Mur… Mais attention ! Clichés ! Il y a des tas de gens passionnants qui vivent ici et qui n´ont pourtant rien à voir avec le rock´n´roll, la techno et les soirées décadentes. J’ai assisté à de très bons concerts comme celui du trio Orem Ambarchi, Atila
Csihar et Greg Anderson, un dimanche soir de janvier, à Maria ; le son est large, plein, bourdonnant, je résonne. n Nous sommes maintenant en 2009. Tout change. Les écrans LED de O2 se plantent petit à petit dans la ligne de mire des avenues. Les fast-food chinois remplacent les Döners. Les squats ferment les uns après les autres, transformés en lieux branchés et ceux et celles qui les fréquentaient manifestent aujourd´hui pour l´installation d´ascenseurs à poussettes dans le U.Bahn.

« …we´re walking through town… »  Parfois, je me sens comme Scott Carey, l’homme qui rétrécit. Tout semble trop grand. Aussi, ça fait plus de cinq ans que je vis ici et j’ai appris à m’habituer à cette démesure. J’ai découvert le plaisir des longues marches et des balades à vélo dans les parcs, autour des lacs, le long des canaux ou de la Spree. C’est plat, les rues sont larges et longues. Il y a de l´espace. Si on fait exception de l’hiver froid béton, on peut dire que la qualité de vie est bonne ici. J’ai le choix entre vivre sainement, manger bio pas cher, pique-niquer, faire des barbecues, jouer au badminton, sortir le soir dans des clubs décadents. Et ce que je préfère finalement, c’est me laisser aller au hasard des rencontres et découvrir à tout moment des lieux insolites, comme récemment l’ancienne maison de la Radio de Berlin-Est, à côté de laquelle se trouve également une des rares maisons Futuro ; Tarkovski versus Star Trek.







 

Berlin... go !

Aujourd’hui, il est de bon ton de ne jurer que par la capitale fédérale. Berlin, à la fois hype et bobo, abriterait encore une véritable culture alternative. Mythe ou réalité ? Petite escapade.

Cartes postales

Du Berlin des années 30, il reste une comédie musicale et des images au cinéma. La ville garde des cicatrices d’un XXe siècle qui ne l’a pas épargnée. Du mur, construit en août 1961 pour ralentir la ruée vers l’Ouest et tombé en novembre 1989, on conserve quelques “morceaux”, trois miradors classés monuments historiques et, ici et là, des dizaines de croix blanches en souvenir.… La célèbre avenue Unter Den Linden relie la porte de Brandebourg à Berlin-Est en passant par le quartier de Mitte, dont tous les bâtiments anciens ont été magnifiquement restaurés. À l’Est, on n’oublie pas de photographier Alexanderplatz près de laquelle veillent toujours les statues de Marx et Engel s, érigées en 1986. Le Berlin du XXIe siècle, c’est le Sony Center de Potsdamer Platz et le musée du cinéma, la nouvelle gare centrale (Hauptbahnhof, inaugurée en 2006) et son quartier d’affaires….



Y aller

Pas vraiment de bon plan. Le train ? Possible mais long (environ 17 heures au départ de Nantes ou de Rennes !) et pas vraiment donné (entre 250 et 300 € en deuxième classe !). L’avion ? Passer par Genève avec Easyjet (www.easyjet.com) au départ de Nantes mais avec environ 4 heures d’attente en Suisse pour la correspondance. Passer par Roissy, c’est plus rapide mais plus cher aussi (www.airfrance.fr). Autour de 300 €.

S’y loger

Les nostalgiques qui ont les moyens descendront au Savoy, le palace préféré de Greta Garbo. Mais le bon plan peut être une chambre chez l’habitant, formule B&B qui a tendance à se développer (cf Berliner Mitwohnzentrale). Confort variable mais nuit à moins de 25 €. Il existe aussi de petites pensions de famille, comme le Back-packer Hostel, dans le quartier de Mitte. Pour quelques euros de plus, on peut opter pour l’hôtel Berlin qui donne sur le Tiergarten.



S’y restaurer

Dans l’ancien quartier juif (Scheunenviertel), nombreux petits restaurants pas très chers, certains avec terrasse, très agréables dès le printemps. Terrasse aussi, mais plus hype, sous la toile du Sony Center. Parmi les très bonnes tables, Vau, sur Jägerstrate (* Michelin) et Borchardt, sur Fanzösische str. où l’on croise le tout Berlin politique et médiatique.

 

Circuit Kostar

À Berlin, il peut y avoir un circuit archi : Norman Foster a signé la coupole du Reichtag ; Helmut Jahn, le Sony Center ; Renzo Pïano, la Postdamer Platz et la tour Debis ; Thomas van en Valentyn, la présidence du Reichtag ; Jean Nouvel, les galeries Lafayette ; Daniel Libeskind, le Jüdisches museum… Le circuit musées passe par l’incontournable Hamburger Bahnhof, ancienne gare transformée en centre d’art contemporain, la Neue Nationalgalerie et le Jüdisches museum. Le circuit branché sillonne le quartier de Mitte et l’ancien ghetto juif de Scheunenviertel avec ses stylistes et designers. Dans les dédales de ruelles et de cours, sont installés galeries et ateliers. Un collectif de créateurs est installé au 38 Mulackstrasse. Berlin s’affichera, un peu plus, capitale de la mode, puisqu’elle accueillera désormais le Bred & Butter en lieu et place de Barcelone. Le Berlin underground passe par les squats d’artistes épargnés par la rénovation près d’Ostbahnof, le quartier de Kreuzberg ou encore par Friedrichshain et son mythique Berghain.