ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL UNE VILLE AILLEURS

 

Dans cette rubrique,
un artiste évoque une ville
qui le fait vibrer, ailleurs.
Le Nantais Rasim Biyikli, créateur d’une musique libre
de tout formatage, moitié de M.A.N et lauréat de la Villa Kujoyama, nous fait découvrir la ville de Kyoto dans laquelle il s’est installé le temps d’une
résidence de six mois.

Dans huit heures, je prends mon avion pour le Japon. Et comme d’habitude, je prépare mon voyage à la hâte. Il faut que je passe chez Pierrick Sorin pour régler des affaires de dernières minutes. Je dois faire mes bagages… À l’aéroport, j’apprends que je suis surclassé. Je voyage donc en business class. Le top quoi ! Assis dans mon fauteuil de ministre, j’essaie toutes les commandes qui me sont offertes. J’appuie sur tous les boutons : position assise, position allongée, siège vibrant... un vrai plouc ! J’adore ! Mon voisin me regarde étrangement du coin de l’œil. C’est bien la première fois que je peux étendre mes grandes jambes dans l’avion. Le Japon s’annonce high-tech ! Dans l’avion, je dors comme un bébé.  J’arrive en janvier dernier. C’est un mois plutôt froid et sec. Qu’importe, je suis rempli de bonheur à l’idée de rester ici aussi longtemps dans un pays qui m’a toujours fasciné. Ça réchauffe le cœur.  Je m’installe dans le grand bâtiment qu’est la Villa Kujoyama. Cela ressemble à un paquebot au-dessus de la ville. Un terrassement immense surplombe les autres maisons. La vue est magnifique.  Les longs couloirs de ce grand immeuble vide me font penser à Shining de Stanley Kubrick. Cette sensation est renforcée par les postes de secours qui parcourent le couloir interminable. Les postes de secours sont constitués d’un gros led rouge au-dessus d’une boîte métallique à chaque encablure, ressemblant beaucoup à K.A.LR, l’ordinateur fou du film 2001, l’odyssée de l’espace. Je me sens en sécurité, loin, perdu et heureux.  Je découvre Kyoto à vélo. Je parcours la ville de long en large. Les villes japonaises sont quadrillées comme aux Etats-Unis. Une fois les grandes artères repérées, il n’y a pas vraiment moyen de se perdre. Et ce, que la ville soit une mégapole ou une petite ville de province. Sorti des boulevards, on parcourt de toutes petites ruelles.  Je suis parti avec mes disques durs remplis des projets que je n’ai pas encore finis. Mickaël Amont attend la musique originale de son film Après la Folie. Pierrick Sorin compte sur moi pour les installations du TNT à Toulouse et du festival Exit à Créteil. Bruno Podalydès ne sait plus quoi penser de mon retard pour la composition de la musique de son film Bancs publics. Quant à Sylvain Chauveau, il reste confiant : l’enregistrement des pianos de son prochain album est enfin terminé. Mon éditeur s’affole... C’est la panique. Tiens, il pleut !  Je dois me rendre à Beppu pour retrouver les élèves de l’École régionale des beaux-arts de Nantes au sud du Japon. Je passe à Hiroshima une petite journée. Il pleut toujours. Puis retour à Kyoto en passant par Osaka...  Pour les distraits comme moi, le Japon est un pays étonnant. Le temps d’une journée, je suis arrivé à égarer deux sacs. Le premier, à l’aéroport en allant chercher ma fille. Le second, dans le train qui va à Kyoto. Il contenait mon ordinateur avec tout mon travail en cours. Je suis désespéré. Pourtant, dès le lendemain, les deux sacs sont de retour chez moi par voie postale.Ils avaient même pris le soin d’emballer tous les objets fragiles contenus dans les sacs. Incroyable ! En France, j’aurais été certain d’avoir tout perdu ou de découvrir que les sacs avaient été dynamités par des agents vigipirates. Comme cela m’est déjà arrivé à Bordeaux.  Ici, je fais des représentations dans des lieux improbables. J’assiste également à des concerts. Il est difficile pour les artistes japonais de se produire. Les lieux sont minuscules. Et pas forcément bien équipés. Après avoir payé le régisseur, les musiciens se partagent la recette. La plupart d’entre eux ont un autre petit boulot alimentaire à côté. Et ce quel que soit leur niveau de notoriété. Pas toujours facile de vivre de sa passion !  Il ne me reste plus que deux mois à Kyoto ! J’essaie d’en profiter un maximum. Mais le temps qui passe a le don de m’angoisser.  Le 14 juillet prochain, je serai de retour à Nantes. Pour collaborer avec un artiste turc. Il s’appelle Can Utkan alias Dj Yakuza. Son nom d’artiste est un hommage au pays où il est né… le Japon. n Avant mon départ pour Kyoto, j’ai trouvé le concept intéressant : une collaboration entre deux artistes. L’un, français, né en Turquie et, le temps d’une résidence, expatrié au Japon. L’autre, turc, né au Japon. Tout cela pour jouer en France le jour de la Fête
Nationale… Rendez-vous donc le 14 Juillet à Nantes.

Crédit photo / Hoang Nguyen Le



Cerisier japonais

Plats de présentation en cire

Vue de la villa Kujoyama

 

Une ville de protocole

Kyoto, au sens étymologique “la ville capitale”, est restée capitale impériale du IXe siècle au milieu du XIXe. Ville de 1,5 million d’habitants, jalouse de son passé, de ses traditions
et d’un protocole cher aux écolos, Kyoto est aussi le berceau de Nintendo.

Cartes postales

La ville de Kitaro Nishida, le philosophe fondateur de l’école de Kyoto, a conservé quelque 1 600 temples… Le centre historique est classé au patrimoine mondial de l’Unecso. Parmi les sites incontournables, les sanctuaires shinto de Kamo comptent parmi les plus anciens du Japon, le Nishi-Hongan-ji, temple fondé au XIIIe siècle, reste le plus fréquenté de la ville, le temple Rokuon-ji et son pavillon d’or, son rival, le Ginkaku-ji, d’une stupéfiante simplicité, qui devait être recouvert d’argent mais ne l’a jamais été, ou encore le temple Ninna-ji et son imposant jardin de pierre. La ville préserve aussi avec soin son patrimoine naturel comme les berges de la rivière Kamo, les gorges de la rivière Hozu-gawa, le parc Maruyama ou encore le magnifique jardin zen Ryôan-ji…



Y aller

Difficile de trouver un vol pour le Japon (sans surclassement !) à moins de 800 €. La porte d’entrée est le plus souvent Narita, l’aéroport de Tokyo. La capitale japonaise est reliée à Kyoto par un TGV.

S’y loger

La crise, au Japon en général et Kyoto n’échappe pas à la règle, c’est aussi la crise du logement. Ou du moins de l’hébergement à pas cher. En dehors de guest-houses, pas évident de trouver une chambre pour deux à moins de 100 €/nuit (cf www.ryokan-kyoto.com). On peut aussi opter pour le quartier de la gare en connexion avec les transports en commun, bus et métro. Un billet forfait-journée coûte 3,50 €.



S’y restaurer

La cuisine traditionnelle (kaiseki) est l’une des plus raffinées du Japon. Dans le quartier de la gare, comme dans les anciens quartiers de Gion et de Pontocho, on trouve des centaines de petits restaurants proposant une cuisine aussi colorée que raffinée. De la Chine à l’Indonésie, la cuisine orientale y occupe une place privilégiée. On préfèrera un authentique restaurant japonais servant de l’unagi (anguille) ou une impressionnante variété de sushis, comme le Tomi-zushi où les chefs travaillent devant les clients sur un plateau de marbre. On s’y régale à partir de 35 €. Mais une multitude de tables plus modestes (izakaya) offrent souvent une belle découverte de la cuisine japonaise pour beaucoup moins cher.

 

Circuit Kostar

Le 15 juillet se déroule dans l’ancien quartier des geishas un festival qui remonte au IXe siècle. La manifestation voit les différentes corporations de la ville défiler dans les rues. Il s’agissait, à l’époque, de demander aux dieux d’épargner Kyoto de la peste. Les quartiers de la ville sont éclairés de milliers de lanternes, de tentures et de fleurs. Mais la ville possède également, avec Pontochô, son quartier branché. Boutiques, bars, restaurants lui assurent une agitation qui ne s’arrête que tard dans la nuit. Un proverbe rappelle que “les habitants de Kyoto se ruinent pour s’habiller”. Le vêtement fait en effet partie des authentiques traditions de la ville et la bonne société japonaise ne jure que par les kimonos de Kyoto dont la ville reste l’un des principaux centres de fabrication. Le Kyoto Costume Institute possède une remarquable collection qui retrace l’histoire de la mode du XVIIIe siècle à nos jours.