ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL UNE VILLE AILLEURS

 

À l’occasion de la sortie du troisième album de French Cowboy et des soirées Havalinight, Laurent Mareschal, boss du label Havalina et président de l’association pulse, part sur les traces d’une ville que lui-même et tous les musiciens du catalogue
connaissent bien :
Tucson, Arizona !

Je suis arrivé à Tucson en 1876. En diligence ou à cheval, je ne sais plus. Une bourgade de briques, 4 000 âmes, plus mexicaines qu’américaines. On passait les journées au saloon de George Hand : boire, jouer, un bain le dimanche. Le train est arrivé plus tard, par l’Ouest, San Francisco, Los Angeles, Yuma, Tucson. Aujourd’hui encore la gare de Tucson indique deux destinations : Est et Ouest, deux trains par jour, un dans chaque sens, mais pas le mercredi. Innombrables en revanche les trains de marchandises sans fin qui traversent la ville en hurlant tristement, lonesome whistle blow.  Je crois que tout le monde était déjà là : Julia, Golden Boots, Al Foul, Naïm Amor, Howe Gelb, Loveland, Pork Torta, Solace Brothers, Dick Wednesday, Joey Burns et John Convertino, The Jons, Tom Walbank, Jeff « Tidypaws » Grubic... la liste est trop longue et je ne me souviens plus bien.  J’étais là en 1883, lorsqu’on a ouvert Gates Pass, la route vers l’Ouest à travers les Tucson Mountains. Le désert est toujours aussi proche, un quart d’heure de voiture et voilà, au milieu de nulle part, cailloux, rochers, parfois des dessins indiens, Mars les cactus en prime, rattle snakes, Gila monsters. Pas trop de loi, des maisons comme des forteresses de fortune, des terrains encombrés de cadavres de voitures, le sheriff n’a pas vraiment son mot à dire, les crapauds qui attendent la pluie enterrés dans le sol, les vagues drapeaux des tonneaux d’eau éparpillés pour les immigrants clandestins.  J’étais là au milieu des années  80, lorsque David Foster Wallace est venu passer trois années calamiteuses à l’université. J’étais là en 1947 lorsque Simenon s’est installé là, parce qu’il pensait que l’herbe y était bleue. D’herbe pas tant que ça en fait, mais les brusques surgissements de végétation dans le désert, l’été, pendant la monsoon, la saison des orages. Et c’est bleu oui, ou presque. n J’étais là en 1954 lorsque Tiger a pris son premier service au bar de l’Hotel Congress. Lui aussi est toujours là, un peu perdu, lui aussi se souvient, si gentiment, en silence, « hey Tiger », café et cigarette sur la terrasse, les margaritas passent comme des secondes.  J’étais là en 1996 lorsque les Little Rabbits sont venus enregistrer leur troisième album chez Jim Waters. Eux non plus ne sont jamais vraiment repartis. J’étais là en 2008 lorsque Dominique A est venu jouer à Congress, 110° fahrenheit, le public suspendu à des mots qu’il ne comprenait pas.  Je suis arrivé en 1876 et je suis resté. Comme tout le monde ou presque. La ville a grandi par juxtaposition, plutôt blanche au Nord, plutôt mexicaine au Sud, quartier après quartier. Au centre, downtown, des bars, pas tant que ça, des concerts tout le temps, la foule de 4th Avenue les nuits de week-end. Je marche le soir dans les rues, fantômatiques, toujours légèrement abandonnées, lost barrio, des éclairs tout autour de la ville, les orages qui s’accumulent pendant des jours, qui éclatent sur les montagnes, la chaleur incroyable, palpable comme une matière, et tout à coup le déluge tant attendu, des trombes d’eau, les washes débordent, les underpass se remplissent, impossible de rester dehors, stupéfiant déchaînement pour une ou deux heures de vague fraîcheur. Je marche, no you’re not alone, and even though you’re alone it doesn’t matter at all, je marche, je ne partirai jamais.







 

Tucson... à la volée !

Loin de la Big Apple, de Wall Street ou des clichés californiens, Tucson respire le far west et l’Amérique profonde. On est en Arizona et le Mexique n’est pas loin. La ville est l’une des plus anciennes des States et les avions de l’US Air Force s’y cachent pour mourir.

Cartes postales

Les Indiens occupaient tranquillement, jusqu’au milieu du XVIIIe, cette vaste plaine entourée de montagnes. C’est à eux que l’ancienne capitale de l’Arizona doit son nom. De cette période, Tucson n’a gardé qu’un parc à thèmes (Old Tucson) sans grand intérêt. Le vrai décor est un peu plus loin. À l’entrée du désert, du côté de Tombstone qui garde en mémoire la fusillade d’OK Corral. Billy Clanton et les frères McLaury y sont enterrés. Mais les desperados ne sont pas seuls à avoir leur cimetière. Plus de 4 000 avions de l’US Air Force sont stockés à proximité de la base aérienne de Davis-Monthan. Tucson, c’est aussi la Fiesta de los Vaqueros, avec ses compétitions de rodéo et sa grande parade qui rassemble 800 000 personnes fin février.


Y aller

Passeport biométrique en poche, il faut disposer
d’une autorisation de voyage. Formalité gratuite (https://esta.cbp.dhs.gov) mais obligatoire depuis janvier 2009. Pas de vols directs entre la France et Tucson. Plusieurs solutions : prendre un vol Paris-New York, puis New-York-Tucson via Phoenix ou Chicago, ou bien un vol American Airlines qui, lui aussi, fera escale à Chicago. On peut trouver, selon les périodes, un aller-retour aux environs de 800 euros.

S’y loger

Très difficile de trouver une chambre d’hôtel durant la Fiesta de los Vaqueros. Si vous en avez les moyens (à partir de 299 dollars/nuit !), offrez-vous une chambre au Ritz Carlton, situé à proximité d’un golf signé Jack Niclauss. Sinon vous trouverez votre bonheur au Best Western (70 dollars/nuit) ou dans l’un des motels de la ville.


S’y restaurer

Un passage s’impose au Maynards Market & Kitchen. Un ancien dépôt restauré avec vue imprenable sur la voie de chemin de fer et les interminables convois de marchandises qui traversent la ville. Les produits locaux et la cuisine d’inspiration mexicaine y sont à l’honneur. À noter encore le Café Poca Cosa. Pas vraiment glamour mais très bonne table. Et le Epic Cafe, un peu intello, du côté de l’université, où on peut avaler d’impressionnants sandwiches.

Circuit Kostar

C’est le long de Congress Street que ça se passe. Surtout à la tombée de la nuit. Place à la musique dans les nombreux bars du côtés du Congress Hotel. Le mythique Rialto Theater sur East Congress Street a vu passer les plus grands, de Sonic Youth à Never Shout Never… Le centre ville, à l’architecture assez anarchique, a fait l’objet d’un programme de rénovation. À voir, mais il faut le trouver au milieu du campus universitaire, le Center for Creative Photography qui rassemble une remarquable collection des travaux de Ansel Adams, Edward Weston, Garry Winogrand, W. Eugene Smith… Mais Tucson c’est aussi le Saguaro National Park, ses étendues de cactus géants et le King Canyon trail qui permet d’atteindre le point culminant de la région. Les Espagnols ont laissé quelques souvenirs en Arizona. D’anciennes missions surgissent au milieu de nulle part. Comme San Xavier del Bac, dans la réserve indienne de O’odham. Ou bien San Jose de Tumacacori dont la mission est callée au patrimoine national. Enfin, au sud, on peut pousser jusqu’à Nogales, ville frontière avec le Mexique, pour y faire un peu de shopping.