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  Chaque mois, un artiste
évoque dans cette rubrique
une ville qui le fait vibrer, ailleurs.
Joseph Dahan, bassiste de la Mano Negra et électron libre
du Royal de Luxe, a choisi
de raconter Anvers, la cité portuaire belge

« J’ai découvert Anvers en 2000. Avec le Royal de Luxe, nous avons présenté Retour d’Afrique sur les quais du port. Mes premières impressions ont été très bizarres. Quand nous avons fait défiler le petit géant noir, il n’y avait personne dans certaines rues ! Alors que, partout où nous passions, c’était toujours gavé de monde. Là, c’était assez impressionnant... Le seul problème de cette ville finalement, c’est qu’il y a des “fachos” ! Cela a été chaud, en octobre, au moment des élections... Mais j’ai vite changé d’avis sur cette ville car dans le rapport avec les gens, tu ne t’en rends pas compte.  J’y suis retourné plusieurs fois par la suite et, à chaque fois, j’y suis resté trois semaines. À Anvers, je me sens vraiment dans une bulle. Je n’ai pas envie d’en sortir. Quant tu reviens et que tu poses le pied en Gare du Nord à Paris, tu as une seule envie : remonter dans le train et repartir.  En 2004, nous avons présenté le spectacle Le grand répertoire dans une grosse usine désaffectée près de la gare centrale. Cette vieille gare est absolument magnifique. Ils sont d’ailleurs en train de la restaurer. C’est une architecture étonnante avec des escaliers monumentaux, un mélange de pierre et de métal.  Pour Le grand répertoire, nous étions dans une usine un peu crade. On logeait dans des caravanes placées tout autour, dans un terrain vague. Je crois que c’est cela qui m’a plu d’entrée. Les gens d’Anvers qui bossaient là nous ont super bien accueillis. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais un peu l’impression de me retrouver dans l’émission Strip-tease.  Anvers, c’est un port gigantesque... Avec son quartier chaud, ses docks, ses anciens entrepôts dont certains, comme les Entrepôts du Congo, rappellent l’époque coloniale. Pour aller dans les bars le soir, nous longions la mer à pied. J’y ai découvert un bar, le café Beveren, avec un piano mécanique hallucinant. Tu mettais une pièce et tout se mettait en branle : un piano, un saxophone, une batterie... Il y avait même un xylophone qui marchait tout seul ! Je l’ai enregistré avec mon micro rien que pour le son.  Dans un autre bar, j’ai découvert un groupe de rock énorme ! Cela s’appelait KRK. Il y avait trois filles et un chanteur. Je crois que le chanteur était français. Ça déboulonnait ! Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas pris une telle claque. Il a fallu que ce soit dans un petit bar à Anvers. Ça aussi, ça te marque dans ce que tu gardes d’une ville... Aujourd’hui, j’ai du mal avec les groupes de rock. Je trouve qu’il n’y a pas de grande nouveauté. En tout cas, le fait de me retrouver à neuf dans un camion, comme à l’époque de la Mano, ne me manque pas.  Durant un jour de repos, je me suis rendu au jardin zoologique, une institution au cœur de la ville. Il y avait là un éléphant incroyable. Dumbo, ils auraient pu lui trouver un autre nom... Il se trouvait dans une sorte de no man’s land. Cet éléphant, il avait déniché une brèche par laquelle il pouvait attraper ce que les gens laissaient ! Un type est arrivé avec un énorme hamburger et l’a déposé à cet endroit. L’éléphant s’en est saisi avec sa trompe, l’a reniflé et l’a balancé à cinq mètres ! Comme quoi on ne trompe pas un éléphant ! À Anvers, la verdure ne manque pas. J’allais souvent courir dans les parcs aux alentours.  Quant à la mode, je sais qu’Anvers est une capitale. Mais bon, je ne m’y connais pas du tout. De même pour les diamants, il y a plein de boutiques regroupées dans un même quartier, mais ce n’est pas mon truc ! Je me suis plus passionné pour les gens. Là-bas, on m’a parlé d’un réalisateur de cinéma passionnant, JJR. Oui, il s’appelle Jean-Jacques Rousseau, ça ne s’invente pas! Je lui ai rendu visite. Il se revendique comme LE cinéaste de l’absurde... Finalement, j’ai passé trois jours chez lui. La Belgique, c’est aussi le souvenir de cette rencontre improbable.  Juste pour conclure, Kostar m’a demandé de présenter une ville qui me fait vibrer... ailleurs. Dommage que le magazine soit en partie basé à Nantes, sinon c’est la ville que j’aurais choisie. Nantes, depuis l’époque de Cargo 92, c’est ma deuxième ville. J’y ai gardé énormément de contacts. Nantes reste pour moi une belle histoire.



Photos / Patrick Thibault

 

Endroits d'Anvers
Un peu plus d’un million d’habitants, deuxième port d’Europe après Rotterdam, capitale du diamant et de la mode, capitale culturelle, Anvers a vu naître quelques illustres disparus (dont Rubens...). Elle est la ville de quelques stars bien actuelles, Jan Lauwers (Needcompany), Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe anversois d’adoption…

Cartes postales
Grote Markt, son hôtel de ville, sa fontaine monumentale
et ses façades rivalisant de richesses ostentatoires. À deux pas de ce décor doré sur tranche, merveille gothique, la plus vaste cathédrale de Belgique. Et le plus haut beffroi (123 mètres)
de l’Europe du nord. La maison de Rubens (9/11 Wapper)
est une solide bâtisse d’architecture traditionnelle où le maître surveillait le travail d’une petite armée de collaborateurs.

Y aller
Le bon plan, c’est le Thalis au départ de la gare du Nord.
Deux heures de trajet environ. Et prix cassés pour les plus prévoyants. Info : www.thalis.com Par la route, compter 7 heures (et 43,70 euros de péage) pour les 720 km.


S'y loger
Compter environ 65 euros/nuit pour un 2* (Tourist hôtel ou Keyserlei, par exemple, près de la gare centrale). Promos possibles sur www.thalis.com (on y revient) pour période
de Noël : 59 euros pour une chambre au Novotel (centre ville) ou 33 euros pour le Formule 1 Nord.

s'y restaurer
Anvers dispose d’un large éventail de bonnes tables. On peut
se fier aux enseignes “frituur” pour grignoter. Ou choisir un restau branché du côté des docks (oude Leeuwenrui).
Ou encore déguster une gaufre (waffel) pour 3,90 dans la maison classée d’Anton Van Dyck (1599) à deux pas
du célèbre beffroi.



Circuit Kostar
C’est au sud que ça se passe. De part et d’autre de Nationale straat où se trouve le MoMu, le musée de la mode ouvert
en 2002. Quartier fashion, la Wilde Zee s’organise autour de rues piétonnes (Martin Margiella sur Lombardevest, boutiques également, en face, sur Steenhouwers vest, Ines Raspeort...
et une friperie, Episode). Côté branché pas cher, Kammen straat (Fish & chips) et, au bout de la rue, pause au café Berlin. Autre quartier, plus au sud, Het Zuid (le Sud en français). Quartier d’art et de culture. À gauche, sur Nationale, halte chez Walter
(St Antonius straat, photo ci-dessus) : l’ancien entrepôt aménagé en superbe showroom accueille une douzaine de créateurs. Dans Het Zuid, tout s’organise autour de deux axes parallèles, Waalse kaai et Vlaamse kaai. On y trouve boutiques, bars et restaurants. n Trois musées dans ce même quartier : l’incontournable KMSKA (Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen) qui balaie cinq siècles (XV/XXe), le Foto museum, musée de l’image doublé d’une galerie, et le superbe MuHKA (Museum van Hedendaagse Kunst Antwerpen) où l’art contemporain se glisse dans un espace superbe.