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Le fondateur du Cirque Plume et initiateur du nouveau cirque a installé son chapiteau à travers le monde : São Paulo, New York, Vesoul… Aussi surprenant que ses spectacles, Bernard Kudlak nous propose aujourd’hui d’emprunter
les chemins de traverses
et de découvrir Weimar,
point de départ du mouvement Bauhaus.

Ville de Goethe, de Schiller, de Herder, de Liszt, ville conservatrice où fut créée la république de Weimar, la première démocratie allemande, ainsi que l’art révolutionnaire du Bauhaus. Ville perle surnommée la ville des Lumières.  L’ombre de l’immonde nazisme obscurcit les lumières de cette ville, créant autour du chêne de Goethe dit la légende, le camp de Buchenwald à quelques pas d’ici. Camp de concentration et d’extermination, il fut un des rares organisé clandestinement par des politiques et libéré en 1945 par les prisonniers eux-même les armes à la main (dont Henri Krasucki, Elie Wiesel, Jorge Semprun, Robert Entelme…). Les lumières quand même.  Obscurité quand même : quelques mois après la libération de ce camp, le totalitarisme soviétique réutilise le camp de Buchenwald et y assassine ses libérateurs communistes.  Printemps 1998, la ville est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. Je m’y rends pour une conférence de presse d’un festival de théâtre d’une ville de l’Ouest, Recklinghausen dans la Ruhr, dans lequel le Cirque Plume est invité.  La ville est calme, la circulation automobile très faible. La ville est douce. Humaine. « Flanante ». Belle.Les façades des maisons du centre ont été restaurées. Flambantes neuves. Ville suspendue, en lévitation, qui danse sur la pointe des pieds en attendant la suite. Aussi bien, ce jour là, cette ville attendait, assise le cul sur un nuage.  Un poème de Berthold Brecht résumait cet état :
« Je suis assis au bord de la route
Le chauffeur change une roue
Je ne me sens pas bien là où je vais
Je ne me sens pas bien là d’où je viens.
Pourquoi est ce que j’observe le changement de roue
Avec impatience ? »
 Le mur est tombé depuis moins de dix ans, en ex RDA pas encore d’« Ostalgie », pas de vains espoirs non plus. Attente.  Devant leur théâtre, Goethe et Schiller nous regardent de leurs yeux d’airain. Dans la suspension magique de la cité on croit les entendre répéter :
- le directeur :
« je veux qu’ici le peuple abonde autour de nous,
Et de le satisfaire il faut que l’on se pique
Car de notre existence il est la source unique… »
-Le poète :
« Ne me retracez point cette foule insensée,
Dont l’aspect m’épouvante et glace ma pensée,
Ce tourbillon vulgaire et rongé par l’ennui,
Qui dans son monde oisif nous entraîne avec lui »
(Faust : prologue sur le théâtre)
(Ce même débat se poursuit encore vivement aujourd’hui dans notre pays).
 Nous sommes bien dans un centre urbain, une ville, la nostalgie nous prend de la voir telle qu’au XVIIIe siècle mais ce n’est pas le cas. C’est une ville vivante. Visitons. Quittons la grande place.  Nous empruntons une rue qui monte légèrement derrière la splendide place baroque ou trône le théâtre. Au détour d’une venelle, le chant d’un coq. Dans les cours des maisons riveraines, encombrées du bois de chauffage, de planches de ferraille, se nichent des petites cabanes dont certaines cachent d’artisanales forges de ferme. Plus loin des poulaillers, au moins un, si je ne veux pas emballer mon souvenir. D’où le coq. La ruelle à peine goudronnée accueille les folles avoines et quelques fleurs… des buissons. Une rue de village en ville.  Au centre de Weimar un morceau de la réalité des villes d’avant l’industrialisation de nos vies, préservé, intact. Un miracle dû à l’immobilisme du gris socialisme.  La joie m’envahit : j’avais trouvé la ville idéale. Humaine.  Je savais que la dictature de la marchandise ne garderait pas longtemps en état cette merveille. Il convenait de s’en pénétrer.  Le cœur plein de vie, nous sommes retournés voir un peu plus loin l’appartement de Goethe, la « Goethe Wohnhaus » modeste appartement et lit fort étroit. Un peu plus loin le bistrot où il buvait, dit-on, deux litres de vin blanc la journée. Dans son jardin, il fit poser une boule de pierre sur un socle cubique de la même sorte de pierre. Art conceptuel contemporain de Valmy. n Et puis ailleurs, la trace de JS Bach qui fit quatre semaines de taule au pain sec et à l’eau pour avoir eu la prétention de quitter cette ville, de changer de mécène.  « L’artiste est toujours assis sur le seuil du riche » proverbe chinois.  La grâce est sur cette ville, allez voir.  Aujourd’hui, une majorité d’habitants d’Allemagne de l’Est pensent qu’ils étaient plus heureux en RDA. Les Allemands de l’Ouest pensent que ce n’est pas vrai.  Depuis ce jour, la ville idéale pour moi est une ville de lumière et de culture qui tolérerait des poulaillers et des potagers derrière ses théâtres. De la campagne dans sa ville. Un monde de demain plus juste, plus modeste et sans aucune des sortes de « Buchenwalds » qui fleurissent les routes des utopies.
Le Seigneur :
- Ne viendras-tu jamais que pour te plaindre ? Et n’y a-t-il selon toi rien de bon sur la terre ?
Méphistophélès :
- Rien Seigneur : tout y va parfaitement mal, comme toujours, les hommes me font pitié dans leurs jours de misère au point où je me fais conscience de tourmenter cette pauvre espèce.
(Faust : prologue dans le ciel.)
 Allez-y, Weimar, c’est magique.




Avec L’Atelier du peintre, Bernard Kudlak revient à son premier amour : la peinture. Avec cette création, à la fois drôle et poétique, le spectateur est invité à entrer dans un tableau pour ensuite se faufiler dans l’atelier et les codes de la peinture. n
Cirque Plume présente L’Atelier du Peintre, du 21 octobre au 7 novembre, place du Pays de Retz, Rezé. www.larcareze.fr

 

Weimar : quelle Histoire !

Pas vraiment une capitale. Quoique. La petite ville de Thuringe – et la ville de Goethe – fut bien la capitale de l’humanisme allemand avant que le fascisme y pose une sinistre griffe. La capitale des Lumières côtoie Buchenwald, l’un des plus terribles
témoignages de la barbarie humaine.

Y aller

Pas vraiment une destination touristique. Au départ de Paris, le vol Lufthansa fait escale à Munich avant de gagner Erfurt. Air Berlin vous emmène d’Orly à Dresde. Le plus simple, le moins cher et, au bout du compte, le plus rapide (6h30) est sans doute le train. L’aller-retour au départ de la gare de l’Est, via Francfort, coûte moins de 100e.

S’y loger

Les nostalgiques pourront choisir le Grand hôtel Russischer, un quatre étoiles “historique” appartenant à la chaîne Best Western. Mais on trouve nombre d’hôtels où la chambre double coûte entre 65 (Art Hotel) et 100 e (Dorint am Goethepark). Et même moins de 50 e au Hababusch Hotel, établissement géré par une asso d’étudiants.

Circuit Kostar

La ville possède un ensemble architectural classé au patrimoine de l’Unesco. De la maison de Goethe, maison bourgeoise de style baroque du début du XVIIIe à celle de Schiller sur l’esplanade, en passant par la bibliothèque de la duchesse Anna Amalia, aujourd’hui restaurée après un incendie en 2004 et la Maison Am Horn, architecture cubique de béton signée Georg Muche en 1923.  Tout aussi incontournable le circuit du Bauhaus, institut fondé en 1919 par Walter Gropius pour réunir l’école des arts décoratifs et l’académie des beaux-arts. Cette “maison de la construction” (traduction littérale) allait donner naissance à un courant artistique de premier plan, ponctué d’une révolution du design avant d’être mis à mal, dès 1925, par les conservateurs. Le régime hitlérien achevait le travail en condamnant un symbole du “bolchévisme culturel”. L’université de Weimar a pris, aujourd’hui, le relais. Le centenaire du Bauhaus (en 2019 !).