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Dans un précédent Kostar, Benjamin Lamarche nous racontait Londres. Aujourd’hui, c’est autour de son complice Claude Brumachon, chorégraphe et co-directeur
du Centre Chorégraphique National de Nantes, de nous faire découvrir la deuxième ville du chili : Valparaiso.

En Valparaiso, on y plonge comme dans un océan. Ville romantique pour les autres poètes, ceux de l’époque du temps lent, de la déambulation, des rêves. Ceux qui croient encore à un temporel charnel et palpable. Il y a quelque chose de sacré à Valparaiso, une magie faite de mélange : époque et population.  Valparaiso est tout en couleur, domine le Pacifique et cohabite avec lui avec amour. Et quel amour ! Des petites ruelles qui montent et qui descendent suivant l’état d’âme. Abruptes, très abruptes. Alors fatigués, le mollet excité, on prend des petits ascenseurs, on se demande s’ils ne vont pas se décrocher. Mais, aventureux, explorateurs, on s’y tasse. À crémaillère bien sûr. Petits ascenseurs chétifs, avec des petits bancs de bois, vieux manèges grinçants.  On ne peut que s’aimer à Valparaiso. Le vent caresse le visage en permanence, les volumes voluptueux des collines aux mille maisons colorées nous chatouillent la rétine, chaque demeure a sa dominance colorée, crue, criarde, pastel, pâle, écrite, dessinée. Le poète est nourri à chaque pas. Il découvre un mur qui raconte une histoire politique fatale ou ancestrale, sur un autre les restes d’une histoire d’amants passionnés, on t’écrit d’éteindre la télé et de vivre ta vie.  Coccinelle du Bon Dieu, Valparaiso reste l’humanité. Les pélicans qui s’y connaissent en poisson savent que là il est bon. Apparaît ici au détour d’un escalier (il y en a beaucoup) une vieille hippie amoureuse au bonnet jaune. Elle vous parle, vous invite et c’est une transmutation. On s’arrête, prend le temps, qu’il est bon de prendre le temps, l’hirondelle sait qu’ici l’air est doux. Les couleurs frappent toute la journée, elles changent avec la lumière. « Amo Valparaiso » disait Neruda, on le suit dans son génie, on aime aussi fort que lui. Sa maison, sur le Cerro, « la Sebastiana » domine la toile peinte qu’est la ville. Sebastiana promesse de martyre et d’extase, une jouissance délicieuse pour les sens. Valparaiso, une onde de choc sur une Terre qui tremble au bord du grand océan qui gronde parfois, antiquités, brocantes, petits cafés, très petits très serrés, il faut les trouver, chercher, débusquer un coin, à chaque fois c’est un bonheur, un petit coin de bonheur.  Valparaiso : pour les poètes qui ce jour-là s’en allaient transmettre une danse à l’image profonde et bariolée de la ville corsaire.  Nous étions trois à enseigner nos gestes pirates pour une ville qui ne l’est pas moins. Débarqué le matin même du bus de Santiago, impact fulgurant. L’envie te vient tout de suite de vouloir t’y perdre. Et c’est tellement agréable de se perdre. En un instant, on se transforme en un individu charmé par les murs pentus. Valparaiso est un port où le désir est prégnant, il te pénètre.  Subitement on voudrait que le temps s’arrête. On est bien là. Un port d’attache.  À ne pas manquer : « La Place des Souhaits » où nous, âmes errantes sur Terre, nous pouvons, l’espace d’une illusion, marcher sur une spirale dessinée au sol par de splendides carrelages et imaginer au bout de cette spirale, au point central, la continuité de notre errance.  « Amo Valparaiso canto encierras y canto irradias novia del oceano » Pablo Neruda  N.B. Pour la dame au bonnet jaune : le jeu est de la chercher. Elle est très présente. Elle a traversé une époque où l’utopie était reine, elle le porte sur elle. Je pense que si tu sais la voir tu peux la rencontrer.  Il y a dans Valparaiso une essence de santal, de patchouli et de musc, une odeur tenace. Autour des pañuelos, un temps s’est arrêté, une modernité arrive, tout ça s’imbrique avec tendresse.







Le CCNN, dirigé par Claude Brumachon et Benjamin Lamarche, propose de découvrir, pour la première fois depuis sa création en mars 2010 au Théâtre National de Chaillot, Le Prince de Verre, pièce pour huit danseurs (du 29 au 31 mars au Théâtre Graslin de Nantes et le 5 avril au Théâtre de l’Hôtel de Ville de Saint-Barthélemy d’Anjou).  Les 1er et 2 avril au Théâtre Graslin, 20 ans, 20 duos revisite deux décennies de temps chorégraphique selon Claude Brumachon.  Et du 19 au 23 avril au Musée des beaux-arts de Nantes, le CCNN présente sa création 2011 : Opulences Tragiques, déambulatoire autour de l’exposition du Théâtre des Passions.
www.ccnn-brumachonlamarche.com

 

Bienvenue au paradis

Si Rome reste la ville aux sept collines, les Chiliens rappellent volontiers que Valparaiso en compte quarante-deux. Avec en prime une vue sur le Pacifique ! La “vallée du paradis” est une ville de marins et de voyageurs, d’écrivains et d’aventuriers.

Y aller

Un peu plus de 14 heures d’avion séparent Paris de Santiago du Chili. Selon les périodes et les compagnies, l’aller-retour se situe aux environs de 1 000 euros. Les vols avec une ou deux escales sont parfois moins chers mais beaucoup plus longs. Ensuite, Valparaiso est à une heure et demie de bus (Tur bus). Avec des navettes très régulières pour une douzaine d’euros.

S’y loger

Le parc hôtelier est impressionnant. On peut se loger à partir de 25 € en B&B, comme à la Casa Liesel ou au El Mirador. Ou pour 50 € dans un des nombreux deux étoiles de la ville. Un hôtel avec vue sur la baie sera forcément plus cher. Compter une soixantaine d’euros au Robinson Crusoe Inn. Et un peu plus cher (70 €) au Grand House (***), avec une vue imprenable sur la ville et le port.

Circuit Kostar

Métropole colorée, bohème et bouillonnante, Valparaiso lézarde au bord d’une somptueuse baie. En bas, “el plan”, la ville basse, avec le port et les commerces. Et tout autour, un amphithéâtre de “cerros”, ces collines où s’accrochent des milliers de maisons colorées. Un astucieux et historique réseau d’ascenseurs à crémaillère (funiculaires) permet d’aller s’y perdre. Une ligne de métro file vers le Nord, Viña del Mar et ses vastes plages.
La ville de Salvador Allende est aussi celle de la Fondation Pablo Neruda, la Sebastiana, créée à l’initiative de son épouse en 1986. Valparaiso possède par ailleurs son Museao a cielo abierto (musée à ciel ouvert). Commandées dans les années 70 à de jeunes artistes chiliens, de grandes fresques murales, aux couleurs aujourd’hui défraîchies, colorent le quartier de Bellavista.
Classée au patrimoine de l’Unesco, Valparaiso conserve de son passé colonial quelques joyaux d’architecture souvent mis à mal par les tremblements de terre (1822, 1906 , 1971, 1985) et restaurés avec soin, comme l’église de la Matriz à laquelle on accède par un escalier monumental et les bâtiments des places Santo Domingo et Echaurren.