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Volontiers iconoclaste – on lui doit Le bon tabac, traité sur
les bienfaits du tabac
(1996) – Stéphane Hoffmann est aussi discret que sa plume peut être féroce. Alors qu’il alimente
la chronique littéraire
avec son dernier roman
Les autos tamponneuses,
il nous raconte son Capri.

À Capri, tout le monde passe sans se voir. Il y a les touristes. Ils débarquent du bateau de 9h00, suivent en procession le fanion du guide, fondent comme des vagues dans les ruelles, se font mener aux jardins d’Auguste (« Oh ! c’est haut ! »), à la grotte bleue (« Oh ! l’eau est bleue ! »), à la villa du docteur Munthe (« Il avait une belle vue ! »). Sauf qu’il devint aveugle. Ils achètent des savons au citron, du parfum au citron et de cette liqueur de citron appelée “limoncello” et repartent, l’estomac plein de pâtes, l’appareil-photo plein de clichés. Dernier bateau vers 17h. Voilà, ils ont fait Capri.  Et puis, il y a les Capriotes. Pas gênés pour un sou par les touristes. D’abord parce que, des sous, les touristes leur en laissent beaucoup. Ensuite parce qu’ils ne semblent même pas les voir. Lorsque Brigitte Bardot tournait Le Mépris et que, partout ailleurs, elle provoquait des émeutes, ici, personne ne se retournait. Ils n’ont guère été épatés que par Jackie Kennedy lorsqu’elle a épousé Onassis. Un armateur, ça leur en imposait.  Sous les citronniers géants de la terrasse du restaurant Paolino, on rencontra souvent Félicien Marceau, intarissable. Lui, l’homme du Nord, s’est littérairement et personnellement épanoui au sud de cette Italie qu’il aime par-dessus tout, et qui lui a donné Bianca, sa femme, née à Naples. Une belle rencontre. « J’avais vu son visage dans une rue de Rome. Très furtivement. Elle sortait d’une boutique et a disparu dans la foule. » Hasard ? Il la retrouve au wagon-restaurant du rapide Rome-Naples. Puis, dans le bateau. Il lui demande : « Vous allez à Capri ? – Oui, je vais à Capri. »  Ils y retourneront ensemble souvent. Descendant à l’hôtel, louant des maisons, invitant des amis. Christine de Rivoyre, Michel Déon, Claude Dulong, André Roussin, Jean et Camille Dutourd seront du séjour de Capri. Et Christian Millau qui, dans le Bulletin de Paris, raconte la chronique de l’été 1955 : « Félicien Marceau et sa femme ont une passion fougueuse pour les chapeaux de paille qu’ils mettent pour se baigner. Félicien Marceau corrige les épreuves de son roman assis sur un rocher. En caleçon, Michel Déon écrit un livre sur l’Espagne. Le soir, il met un pantalon et offre des glaces à la vanille à des mères de famille qui tiennent en laisse des petites sœurs d’Audrey Hepburn. »  Capri est une succession de criques (soyons juste, il y a aussi deux plages) encadrées de deux montagnes : le monte Solaro, culminant à 589 mètres, et le monte Tiberio, où l’on peut voir encore les traces de l’ancien palais de l’empereur. Pour atteindre le monte Solaro, on peut suivre le chemin des muletiers ou emprunter un télésiège depuis la piazza Vittoria à Anacapri. Anacapri, où l’on ne manquera pas de visiter la villa d’Axel Munthe.  Malgré les touristes, l’île n’ a pas tellement changé. La société cosmopolite qui passait l’hiver autour de la Piazza s’est envolée, bien sûr. Mais, épargnée par la jet-set, Capri n’a pas tout à fait résisté à l’envahissement des grandes marques internationales occupant toutes les boutiques. Il n’y a plus de tisserands, eux qui longtemps filèrent lin et coton.  Mais l’île, grosso modo, parvient à rester elle-même dans un monde bouleversé. Dans une île, et particulièrement à Capri, on est protégé. Ce n’est pas que les informations n’arrivent pas. Mais elles arrivent comme trempées. On dirait qu’elles arrivent à la nage. Pendant la guerre, il y avait de forts bombardements sur Naples. Eh bien les gens de Capri les regardaient presque comme s’il s’était agi d’un feu d’artifice. Comme si tout ça ne les concernait pas vraiment.  Capri, en fait, se sent peu d’attaches italiennes, bien que l’empereur Tibère ait dirigé l’Empire depuis le palais qu’il s’y est fait construire et dont on peut voir les ruines. Son souvenir, près de 2000 ans après sa mort, est tellement vivace à Capri que les mères de famille, pour faire tenir sages leurs enfants, les menacent de les emmener voir Tibère. C’est que les Capriotes en ont tant vu depuis Tibère. Longtemps, ils furent occupés par les Arabes sans pour autant se sentir Arabes. En fait, les habitants de Capri donnent une extraordinaire sensation de liberté. Convoitise des hordes barbares, refuge des âmes en peine, étape pour touristes, Capri se prête à tous, ne se donne à personne. Le mystère reste entier. La fascination, aussi.









© www.capritourism.com

 

Stéphane Hoffmann : Les autos tamponneuses
Pierre vient de laisser tomber les affaires, pourtant brillantes, et la vie parisienne qui allait avec. Il rêve d’une retraite paisible, près de sa femme Hélène, dans le golfe du Morbihan. Tout pourrait bien se passer… C’est ce conditionnel que Stéphane Hoffmann prend un malin plaisir à nous décrire et à analyser. Et la plume de cet observateur amusé de nos comportements fait le reste (Albin Michel).

 


Capri, ce n’est jamais fini

En juin 1965 (il y a… un siècle !), Hervé Vilard chantait les charmes de Capri. Charmes rompus de la ville de (son) premier amour. Sniff et gros succès. Dans la baie de Naples, et à une coulée de lave du Vésuve, Capri fut un lieu de villégiature dès l’époque romaine. Toujours secrète et courtisée.

Y aller

Naples est le passage obligé pour Capri. De Nantes, Rennes ou Angers, le passage par Paris s’impose. Alitalia ou Easyjet vous y emmènent au départ d’Orly. En programmant son séjour suffisamment tôt, on peut trouver un aller-retour pour environ 150 euros.

S’y loger

Routards s’abstenir : séjourner à Capri se mérite. À l’image de La Minerva, cet hôtel de charme récemment rénové, et décoré dans le pur style de Capri, l’île compte quelques hôtels superbes. Par exemple, au dessus de la plage Marina Piccola, le Weber Ambassador. Les chambres, en haute saison, peuvent donner un coup de chaud à votre carte bleue. Comptez 150 euros, la chambre double, en mai. Et si vous rêvez charme et volupté, le Capri palace (www.capri-palace.com) vous attend.

Circuit Kostar

Capri, ce sont bien sûr, ces pics rocheux émergeant de la mer, au sud de l’île. Mais les Faraglioni ne sont pas les seules curiosités naturelles de l’île. Au pied du monte Solaro, la Marina Piccola, avec sa plage de galets, son rocher de la Sirène et ses barques de pêcheurs, reste un décor de carte postale. De la grotte bleue à la Villa Malaparte, difficile d’échapper au flot estival de touristes. Mais une pizza con prosciutto cotto, par exemple, au Ristorante da Gemma, une institution, vous réconciliera avec la vie de Capri.