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Mathias Delplanque est musicien. Il a été chargé
par Trempolino de diriger
un workshop musique électronique à Berlin, tous les mois de juin. Colyne Morange est performeuse et metteur en scène. Elle vit actuellement entre Nantes et Berlin. Pour Kostar, et dans un dialogue où l’on ne cesse de se demander qui est qui, les deux artistes nous livrent leur vision de Berlin.

J’ai une image qui me vient en tête. Je suis à NK*. Et dans la pièce à côté, vous faites de la musique. Ça tourne en boucle depuis quelques minutes. Et là, je suis bien. Je ne fais pas grand-chose, mais je suis bien tout simplement. Je me sens plutôt en paix. J’ai envie de passer encore du temps ici.  Moi, je suis sur Warschauer Strasse, vers 2h du matin. Un groupe sort du métro en tirant une charrette sur laquelle ils ont installé une énorme enceinte qui diffuse de la techno. Alors qu’ils entreprennent, à plusieurs, de soulever la charrette pour lui faire descendre les marches, le kick s’arrête. Au moment même où les roues retouchent le sol, trois mètres plus bas, la pulsation redémarre et le groupe continue sa route, les bras en l’air.  Ma première liste de mots récoltés dans le Zitty, magazine culturel de la ville : sanft, beleuchtet, gehört, Beziehung, einleiten, steigen, Kraut, nun, verweilen Schmerz, überrascht, zusammenbruch, Wissenschaft, verbrennen, Bestand, verwirred, Erkenntnis. Tu veux les traductions ?  Tu te rappelles des feux d’artifice du 31 janvier ? Tirés depuis les balcons, les métros, les trottoirs, les fenêtres, les voitures. Une odeur de poudre sur toute la ville. La Fernsehturm rendue invisible par la fumée. Guerre civile. Je tente d’enregistrer ça avec mon zoom, dont le VU-mètre s’affole et vire constamment au rouge. Un Américain se marre, l’air de considérer l’entreprise vraiment ridicule.  Tu parles de ce sentiment : qu’on se moque de toi parce que tu débarques ? J’ai ça moi aussi. Je suis dans un café, environ trois heures de l’après-midi. Un vieil anarchiste à l’accent berlinois parle avec le patron et a l’air de se moquer de moi, à propos du fait que je suis française. Il me parle. Je réponds, mais ne comprends pas tout. Il dit : « Ah Frankreich, Brigitte Bardot ! ». Du coup, le patron change la musique et on entend Brigitte Bardot. Autour de moi : déco totalement kitsch, ambiance ancienne pizzeria, des sculptures murales qui représentent des paysages de montagne avec des personnages qui se baladent, une cascade. Sur le bar, des vieux posters d’acteurs à minettes : Brad Pitt, Di Caprio… Une vieille affiche avec Sophia Loren sur le mur.  La veille du 31, une cinquantaine de personnes, hommes, femmes, tous âges et toutes nationalités, font la queue devant une armurerie, à la nuit tombée, en plein froid.  J’aimerais bien parler de ce qu’on est venu chercher ici.  Français dans les bars de Neukölln, Français dans les bars de Kreuzberg, Français en route vers l’aéroport de Schönefeld à dix heures du matin après un week-end au Berghain. Artistes français accoudés au comptoir circulaire d’un bar de Mitte.  Oui, et aussi : Français qui parlent anglais à des Allemands dans un bar et qui disent : « Ici, c’est génial, il y a vraiment quelque chose de plus qu’à Paris, on se sent plus libre. »  Lors du concert de reformation de Palais Schaumburg à Hebbel Am Ufer, Moritz von Oswald est dans le public. Éprouvé par une attaque d’apoplexie en 2008, il peine manifestement à rester debout. On lui apporte une chaise, sur laquelle il se tient, royal. Diverses personnes s’approchent, les unes à la suite des autres, et se penchent pour lui glisser un mot à l’oreille, lui serrer la main, lui toucher l’épaule. Lors du concert, il se lèvera et viendra se glisser au premier rang, l’oreille droite littéralement collée au haut-parleur.  Sur mon journal, j’ai écrit ça : « Ici, je peux écrire. Je suis aussi là pour ça. Et puis j’ai vu le spectacle de Sharon Smith. Plein d’idées très simples, pas grandioses, mais plein d’humour aussi. Et ça m’a fait penser qu’il suffit d’assumer et de réaliser ses idées les plus folles, les plus bêtes et les plus simples. Juste les suivre. Je vais peut-être regarder un spectacle de Gob Squad ce soir. Tout simplement. »  En juin, traverser la ville avec le S-Bahn pour rejoindre le site d’une performance théâtrale ayant lieu dans un ancien gazomètre. Après plus d’une demi-heure de recherche, nous tombons sur un vigile qui nous fait comprendre qu’on arrive bien tard. Nous tournons autour du gigantesque bâtiment, qui se détache sur le soleil couchant.  Mes mots : doucement, éclairé, appartient, relation, entamer, monter, herbe, à présent, s’attarder, douleur, surpris, effondrement, science, brûler, stabilité, perdu, reconnaissance.
* Lieu indé dédié aux musiques actuelles (nkprojekt.de)









© Mathias Delplanque & Coryne Morange

BERLIN : GO !
À travers cet événement multiforme (concerts, workshop, installations, conférences…), Stereolux et Trempolino s’associent pour mettre en avant la culture électronique et une ville : Berlin. Véritables moteurs et non spectateurs, les deux structures ont réussi à faire venir la crème berlinoise : Sascha Funke, Emika, Jan Driver…
Berlin : Go !, du 28 au 31 mars, Stereolux et Trempolino, Nantes.
www.stereolux.org
www.trempo.com

 


Berlin calling

Bienvenue dans la ville de Dietrich, Einstein, Brecht, Karajan… En 2009, Kostar y avait déjà fait un tour. Mais la capitale fédérale en a plus d’un dans son sac. Cette vaste et verte cité reste un grand chantier et le printemps y est (souvent) magnifique.

Y aller

Pas de vols directs au départ de l’Ouest ; mais au départ de Paris, pas de souci. Avec Easyjet, Air Berlin ou Air France
qui proposent un aller-retour pour 123 €.

S’y loger

Hôtels ou B&B, on a l’embarras du choix. Tarifs variables
selon les quartiers et le confort. La bonne formule est de louer un appartement : www.all-berlin-apartments.com ou
www.ebab.de. Une adresse étonnante : Die Fabrik, un hôtel installé dans une ancienne usine à Kreuzberg.

Circuit Kostar

Capitale de l’architecture européenne, Berlin a vu les plus grands (Scharoun, Pei, Nouvel, Piano…) contribuer à la reconstruction. Capitale culturelle, la ville compte près de 200 musées et galeries d’art. La création contemporaine a toute sa place à l’Hamburger Bahnhof et à la Neue Nationalgalerie, mais un projet de “musée du XXe siècle” devrait permettre d’accueillir les collections de ces deux structures devenues trop étroites.
Au quartier “branché” de Mitte, on peut préférer celui de Kreuzberg. Outre un grand marché bio, on peut y flâner aux puces (Trödelmarkt Bergmannstrasse) le samedi. C’est là aussi que se déroule le Karneval der Kulturen, du 25 au 28 mai.  L’ancienne poste de Mitte, transformée en musée, va faire les frais de la frénésie immobilière. Autres victimes, des squats ou des discothèques installés dans des lieux improbables, comme le Icon club. Le quartier de Prenzlauer Berg est lui aussi en pleine mutation ; au point que certains annoncent déjà la fin d’une époque.  Reste un lieu mythique, Berghain, où les nuits sont toujours électriques. La gare d’Ostbahnhof est à deux pas (agenda : www.berghain.de). Enfin, pour ne rien rater de l’actu musicale de la ville, un site très sympa de blogueurs francophones : www.leslapinstechno.com