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Timothée Régnier a vécu
à Beyrouth avant d’en être chassé par les autorités. À son retour en France, le songwriter au physique de rugbyman
et à la voix aérienne
s’enferme dans une maison
du fin fond de la Bretagne et donne naissance à un projet pop fascinant : Rover. Pour Kostar, Rover revient sur
son aventure libanaise.

Je me suis rendu à Beyrouth pour la première fois durant l’été 2004. Je suis allé rendre visite à mon frère aîné. Il y vivait depuis quelques mois et travaillait au sein du département culturel de l’Ambassade de France. Mon premier séjour fut court et saisissant. En deux semaines, j’ai découvert rapidement Beyrouth ; puis je suis parti une semaine en Syrie et en Jordanie. Ce premier séjour m’a permis de mettre le Liban, et surtout Beyrouth, en perspective avec cette incroyable région du monde.  J’y suis retourné en janvier 2006 pour un séjour qui ne devait durer que trois semaines. À peine arrivé, j’ai intégré, en tant que guitariste, le groupe de punk/rock The New Government dans lequel chantait mon frère. Du coup, à travers la scène musicale et artistique, je me suis fondu dans la vie libanaise. Je me suis installé dans cette ville grâce et via la musique sans réellement me rendre compte qu’elle devenait mon lieu de résidence principal. J’y suis resté trois années…  Beyrouth est une ville chaude et chaleureuse. J’ai eu la chance de la connaître juste avant sa grande métamorphose qui, selon moi, a vraiment eu lieu après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. La ville s’est rapidement modernisée. La vie nocturne a pris encore plus de place, faisant de Beyrouth une destination festive pas toujours du meilleur goût.  Mes premiers souvenirs de Beyrouth sont ceux d’une ville artisanale, débordante de stigmates d’un dur passé mélangés aux restes d’un passé glorieux et prospère. Même si le terme de paradoxe est trop souvent employé pour décrire une ville atypique, je pense que Beyrouth ne peut être autrement qualifiée. C’est un musée à ciel ouvert sur lequel les strates du temps s’empilent.  J’ai eu la chance d’y avoir de nombreux « petits boulots » qui m’ont permis de découvrir la ville de différentes façons : de barman dans un théâtre à examinateur pour des oraux d’épreuves en français en passant par manutentionnaire sur un chantier archéologique pris par l’urgence avant la construction d’un immeuble de verre. Tout va très vite à Beyrouth, mais toujours avec un flegme qui rend la vie douce et hors du temps.  La scène artistique y était riche, urgente et insaisissable. Des concerts sauvages étaient improvisés dans des endroits improbables : des anciennes fêtes foraines désaffectées le long de la mer, des toits d’immeubles ou encore des night-clubs sous terre les soirs de bombardements durant la guerre de 2006 avec Israël. Le groupe répétait dans un local installé au-dessus d’une vieille station d’essence. On jouait fort et longtemps. Nous avons enregistré deux albums dans des studios en plein Beyrouth dans une ambiance électrique.  Les cafés et autres lieux de rencontres naissaient chaque semaine sous mes yeux. La créativité débordante des artistes avant-gardistes locaux se faisait une place au travers de l’immense instabilité politique. Cette angoisse permanente quant à l’avenir politique du pays et du Moyen-Orient alimentait l’envie de vivre pleinement chaque moment quel qu’il soit.  La ville compte encore quelques vieilles demeures blessées et parfois abandonnées. Je vivais dans l’aile d’un ancien palais en plein cœur du quartier chrétien. Les pièces étaient vastes et fraîches et donnaient sur un jardin tropical autrefois entretenu. J’y avais mis des instruments dénichés soit au souk parmi une montagne d’objets improbables, soit au coin d’une ruelle, soit dans d’anciens magasins d’instruments de musique dont le stock de perles rares d’une époque lointaine ferait rêver tout musicien. Des orgues Hammond, des amplis Vox des années 60, des guitares aux formes folles…  En réalité, Beyrouth ne se raconte pas. Il faut y aller et y vivre pour avoir en retour toute sa perplexité et ses mystères. C’est un lieu où tous les sens sont mis à l’épreuve. L’odorat est sans cesse stimulé par des saveurs nouvelles. Face à la mer et dos aux montagnes de cèdres, la ville baigne dans des effluves de vents chauds et humides. Des odeurs d’épices et de fleur d’oranger mélangées à une pollution parfois écrasante créent une atmosphère entêtante.  La gastronomie y est inégalable. C’est une nourriture heureuse et addictive. La lumière rend beau et optimiste. Les Libanais que j’ai connus étaient aimants, philosophes et bons vivants pour la plupart.  Pour autant, tout n’y est pas féerique. C’est malheureusement une ville qui s’est beaucoup occidentalisée ces dernières années. Les grandes chaînes commerciales y sont bien implantées désormais. L’argent, comme souvent, y prend beaucoup de décisions. C’est un lieu nostalgique mais tellement vivant.  Je garde un souvenir ému de ce chapitre libanais. J’ai quitté le Liban en 48 heures. Les autorités libanaises n’ont pas voulu m’accorder un nouveau visa touristique que j’avais pour habitude de renouveler tous les trois mois en sortant du territoire.  Cette expulsion brutale fut à l’image de ce que peut parfois être Beyrouth : sans préavis, fulgurante mais toujours artisanale. C’est au feutre rouge que la douane a écrit sur la dernière page de mon passeport « interdiction de revenir au Liban… à vie ». Deux ans après, j’y revenais pour une dernière tournée avec The New Government. Et en mai prochain, j’y reviendrai pour un concert.








 


C’est Beyrouth ici !

“Le petit Paris du Moyen-Orient” est aujourd’hui une ville qui garde les traces de trop longs conflits. Beyrouth est une capitale en perpétuelle reconstruction, mais elle n’en garde pas moins le charme et la chaleur des cités méditerranéennes. Le Quai d‘Orsay invite toutefois les touristes à une certaine prudence (*).

Y aller

Assez nombreux au départ de Paris CDG, les vols les moins chers font escale à Francfort, Istanbul ou Londres. En vol direct, Middle East Airlines flirte avec les 500€/AR, Air France se situant
de peu au-dessus.

S’y loger

Beyrouth est dotée d’un parc hôtelier important. Dans le centre, près de la place des Martyrs, on trouve de bons plans (comme le
Talal Hotel) pour moins de 50 €/nuit. L’Élysée Résidence, sans être un palais, est à peine plus cher et se trouve au coeur de la capitale. Autre alternative, un studio sur le front de mer, au Seaside Furnished Flats, ou en pleine ville, dans la Maison De Hamra pour environ 60 €/ nuit.

Circuit Kostar

De la place des Martyrs, au cœur du vieux Beyrouth, partons à pied à la découverte de la ville. Ici les églises côtoient les mosquées et l’on peut passer, presque sans s’en rendre compte,
de la partie chrétienneà sa voisine musulmane.  Du côté de la place de l’Étoile, le Beyrouth souk a laissé la place aux boutiques chics où plastronnent les grandes griffes internationales.  Beyrouth a toujoursété un creuset de création artistique. Les stylistes et designers ont pris leurs quartiers dans
le Saifi village ou rue du Liban. Pour se restaurer, de falafels
et autres mezzés, ou se gaver de pâtisseries, il suffit de
descendre dans la rue. Et, la nuit tombée, c’est le quartier
de Gemmayzé, à l’est de la ville, qui s’enflamme : galeries
d’art, restaurants, discothèques, voilà “the place to be”.

* www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/