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Depuis le début de l’aventure Kostar, Une ville ailleurs a fait le tour du monde dans tous les sens. De New York à Ilulissat en passant par Moscou, Shanghai, Londres ou encore Reykjavik. En confiant cette double page à Ugo Bellagamba, il ne fallait pas s’étonner que le délégué artistique du festival des Utopiales nous fasse voyager loin, très loin même. Bienvenue à bord.

Ma ville imaginaire ? Elle s’étend sur des milliers de mondes, et autant d’univers. Elle a deux noms : l’un est d'usage, vous le connaissez bien, l’autre est secret, nous en reparlerons peut-être. On peut l’atteindre en prenant son temps, par voile solaire, bercé par le chant indolent des photons, ainsi que l’avait rêvé Arthur C. Clarke ; ou, emprunter la voie courte, étroite, celle des véators de Michel Jeury, qui relient votre imagination à ses quartiers célestes d’un saut instantané, sous le regard vigilant des Ingénieurs de la Roue, ou la moue méprisante des Seigneurs de l’Orbe.  Ma ville imaginaire, comme le savent tous les convoyeurs d’épice d’Arrakis, a des plans à l’intérieur des plans. Chaque espèce, chaque intelligence, organique ou artificielle, qui a contribué à sa construction, vous proposera des cartes différentes. Aucune ne vous servira. Pour trouver son chemin dans Cosmopolis (c’est son nom d’usage, bien sûr), il n’y a qu’une solution : il faut se perdre dès son arrivée. On n’y atteint que ce que l’on pas cherché. Oui c’est son côté non linéaire, et, au fond, si littéraire.  Si quelqu’un vous a donné une adresse, je vous plains. À chercher la rue, le numéro, l’étage, vous vous épuiserez en moins de cent parsecs. Cosmoplis est comme la Thèbes de Robert Silverberg, comme la Trantor d’Isaac Asimov : des portes, elle en a cent, et ses niveaux tutoient les étoiles ou s’enfoncent dans le cœur des mondes, telles des cavernes d’acier. Ses jardins ont le parfum des terrasses de Babylone, et conjuguent le blanc laiteux du jasmin à l’éclat bleu-vert de l’origan, comme les serres hydroponiques des vaisseaux-arches qui traversent l’univers, entraînant les orphelins du ciel.  Il y a un quartier que j’aime particulièrement, où tout est toujours ouvert, de jour, de nuit, de crépuscule ou d’aurore. Je l’appelle le Rayon Vert, mais d’aucuns lui donnent le nom d’El Dorado. Il est très ancien, émaillé de ruines cyclopéennes, sorties tout droit des aquarelles de David Roberts. On y chine des sagesses asiatiques, on y croise des dragons d’orichalque, ou des philosophes empaillés. Dans la vitrine du Fahrenheit, mon bouquiniste numérique préféré qui n’a jamais lu un seul livre, on trouve des boules à neige utopiques, pour les collectionneurs de cités idéales. Ici, Paris au XXVème siècle, là, les cercles concentriques de la Cité du Soleil, ou les magasins universels de l’Icarie, et, un peu caché derrière, sous la poussière radioactive, l’abri rétro-futuriste de Robert Heinlein. On y télécharge des pensées venues du futur, on y épingle des idées sur les moustaches de chats qui remontent le temps.  Ah, le nom secret… J’avais tant à vous conter, et si peu d’espace-temps. Il tient en neufl ettres, dorées par Gustave : la première est l’ambigu demi-tour de l’inexistence, la dernière, l’ondulant symbole de la pluralité. Si vous le trouvez, vous connaîtrez la porte d’accès la plus proche de chez vous.  À bientôt, d’ailleurs !

Références bibliographiques :
Isaac Asimov, Les cavernes d’acier
Ray Bradbury, Fahrenheit 451
Etienne Cabet, L’Icarie
Tommaso Campanella, La Cité du Soleil
Arthur C. Clarke, Le Vent venu du soleil
Robert A. Heinlein, Les Orphelins du ciel
Frank Herbert, Dune
Michel Jeury, L’Orbe et la Roue
Louis-Sebastien Mercier, l’An 2440, rêve s’il en fut jamais
Robert Silverberg, Les Ailes de la nuit
Jules Verne, Le Rayon vert
Voltaire, Candide


© Illustration de Karine Bernadou pour Kostar