ACCUEIL KOSTAR  ACCUEIL UNE VILLE AILLEURS

  Dans chaque numéro,
un artiste raconte dans cette rubrique une ville qui le fait vibrer, ailleurs.
Le DJ Patrick Vidal a choisi d’évoquer Ibiza. un circuit différent de celui emprunté habituellement par les touristes. en musique

Toujours la même histoire... Le plein soleil en sortant de l’avion, quelques pas, mémoire,
un sentiment de liberté toujours présent, le petit aéroport moderne et simple
« Eivissa », un taxi et les nouvelles, l’utilité de la nouvelle autoroute qui détruit l’île,
les magouilles du gouverneur Abel Matutes, la saison, la foule ? Moins de monde que l’année dernière ? Etc. Et puis l’arrivée vers Puig des Molins où se trouve ce petit havre de paix à deux minutes d’Ibiza centre, les années cinquante, un côté pasolinien... Puis les grillons, la mer, toujours un peu de vent, les rochers et la toute petite crique en bas. Tout recommence
comme la première fois en 1989…



LUZ CASAL : "NO ME IMPORTA NADA"
Le Summer of Love de 1988 tout juste passé sans avoir marqué tant que ça les Ibizencos qui disent « mais c’est tous les ans », le reste du monde et les Anglais qui, eux, ne s’en sont jamais véritablement remis... Mais en 2007, pour moi, plus de course effrénée pour écouter
ce dj ou un autre. Juste les murs blancs et les bougainvilliers qui semblent arracher
les maisons avec leurs racines. Le bonheur là... Mais avant, oui avant... À peine arrivé,
Sa Trinxa, le ponton mythique et sa moquette verte, la musique si sensuelle de Jon Satrincha. Comment mixer en accord parfait avec les éléments, dub, house, soul, reggae, west coast !

GROOVE ARMADA : "AT THE RIVER"
Comment oublier ce coucher de soleil et cette sculpturale et généreuse diva dansant nue sur ce ponton, une tiare perçant sa coupe afro. La musique Black gold of the sun, le raccourci idéal entre New York et cette petite île. Comment en une fraction de seconde un morceau pensé par des Nuyoricans trouve écho au centre des Baléares. It works ! Car Ibiza,
c’est cet incroyable pont culturel entre un idéal hippie, la house si urbaine de Chicago
et Detroit, nous Européens si divers. L’hédonisme, aller jusqu’au bout, prendre tout sans limite, partager nos corps sans ménagement...



FRANKIE KNUCKLES : "THE WHISTLE SON"
Pacha, Ku, Amnesia. Les trois noms magiques du début des années 90... Trop factices maintenant. Alors égarons-nous vers cette autre île, reposée qui respire apaisée, des endroits presque secrets, Punta Galera après San Antonio, des rochers plats et blancs sur une mer limpide... No music !!! Attendre ainsi le coucher de soleil ou aller à Benirras pour le crépuscule aux deux cents joueurs de percussion, revenir par le marché hippie le mercredi et les soirées indian/trance pourquoi pas ? Des fractals fluos sur une piste de danse, cela évoque quelques souvenirs ! Mais pas très loin, au cœur de Santa Ines, la meilleure tortilla de l’île, une petite place, une église sublime au sunset, un restaurant, les légumes du jardin de la grand-mère tout simplement. Le calme total... Trois croix en bois sur le mur de l’église... Ibiza est un paradoxe et un miroir finalement. Tout se mélange, un idéal hippie, un super Saint-Trop,
une retraite paisible ou le plus grand club du monde (10 000 clubbers !), les hooligans
de San Antonio et les petites criques difficiles d’accès. Il n’y a qu’à se laisser happer
selon notre envie et notre humeur, nos différentes vies...

ULTRA NATE : "FREE"
Moi, j’ai envie de Sa Caleta, une petite plage délicieuse, des falaises rouges, quelques vestiges phéniciens et la merveille de restaurant ouvert toute l’année (c’est bon signe)
où l’on déguste des poissons grillés bien sûr et le fameux café Caleta, plus efficace que n’importe quelle drogue pour rester éveillé. Les marins qui le buvaient savaient-ils déjà quand, pour améliorer l’ordinaire, ils ajoutaient dans ce café fade ce qu’ils avaient sous la main, cannelle, raisins secs, Cognac, le tout flambé, que des hordes de « house lovers » viendraient dans leur île pour se perdre et ne pas dormir durant trois ou quatre jours au son de la musique la plus moderne du monde ? Malgré toutes mes réserves sur l’état actuel du clubbing
dans l’île, il faut admettre que c’est le seul endroit au monde ou tous les djs du monde jouent pendant les deux mois d’été, et jusqu’à l’incroyable week-end de closing party fin septembre, des plus vendus que je ne citerais pas aux plus pointus ( Ame, Villalobos, Hearthob, Matthew Dear, etc ). Une certaine manière de maintenir la flamme de la house encore et toujours.

A MAN CALLED ADAM : "EASTIER SONG"
Mais il y a aussi la cathédrale, le nouveau marché, cet art de vivre espagnol intact, la place
du Parque ombragée avec son mélange de BCBG, de sortie d’after, de punks/travellers,
la nouvelle ville où l’on ne croise aucun touriste, la comida San Juan, la route de Salinas,
Cap des falco, Tago Mago l’île aux lapins immortalisée par Can, Agua Blanca.
Je les aime tous ces endroits si différents, un voyage des sens, mais mes nuits sont
vers la cathédrale juste en dessous de la citadelle, la muralla, certainement le plus excitant
et bel endroit de drague (sex !) en plein air du monde... Plus de sens !

BROTHERS IN RHYTHM : "SUCH A GOOD FEELINí OF TOTAL XTASY"
Je recommanderais aussi quelques plages.
Es Cavallet, la plus grande plage de sable blanc aux Salinas. Au milieu, personne. Derrière, des dunes très très chaudes...
Agua Blanca, au nord de l’île en face de Tago Mago, bastion naturiste.
Punta Gallera ou Cala Yoga juste après San Antonio, rochers plats, la terre de la falaise mélangée à de l’eau et appliquée sur le corps, séchage naturel au soleil.
Sa Caleta, route de San José, km4, prendre à gauche « direction aéroport » et suivre indications. Beaucoup de charme, même vertu que Punta Gallera, mais version rouge cette fois de la terre, plus le restaurant idéal.
Dans Ibiza vers Puig des Molins, après le tunnel, une minuscule crique très gay, eau sublime et rocher pour tester son courage de plongeur.
Es Palmador, il faut un bateau certes, mais ce bout de sable entre Ibiza et Formentera est de la magie pure.

 

 

 

L'île aux papillons
Telle un réverbère planté au large de la côte espagnole, Ibiza est l’île aux papillons. Papillons de jour aux couleurs acidulées lascivement posés sur la plage en fin de matinée. Papillons
de nuit aux charmes déployés voletant de bars en terrasses
à la recherche de la dernière place to be.
L’été, Ibiza ne dort jamais.

Cartes postales
Ava Gardner, Lady Di, Sting, Annie Lennox, Grace Jones y sont passés. Les Baléares ? Un million d’habitants pour soixante millions de touristes. Ibiza présente deux massifs montagneux séparés par une plaine de terre rouge plantée d’orangers,
de figuiers, de caroubiers… Dalt Vial (la ville haute) avec ses ruelles étroites fait figure de village. Elle abrite la cathédrale,
le château et plusieurs musées. En contrebas, le port,
ses yachts, son marché aux poissons…

Y aller
En voiture puis en ferry, le voyage tient un peu de l’expédition. 1 400 km pour arriver à Valence. Ibiza est en face. L’aller-retour en avion (au départ de Paris) s’élève à 251 euros. Un peu plus cher au départ de Nantes via Barcelone. On peut décrocher
un Nantes-Barcelone pas trop cher (Iberia toujours), puis un Barcelone-Ibiza sur une compagnie low coast espagnole.



S'y loger
Pas évident de trouver un hôtel qui ne soit complet entre le 14 juillet et le 15 août. On ne débarque pas à Ibiza à l’improviste et il faut y mettre le prix. Méfiance de rigueur à l’égard de toute proposition «au cœur de l’animation nocturne» si vous souhaitez vous reposer un peu. Moins cher à l’extérieur des villes. Comptez néanmoins une centaine d’euros la nuit pour deux.

S'y restaurer
Can Balafia, route de San Juan, km15, sous une vigne vierge
et jusqu’à une heure du matin, viandes grillées uniquement, salade de tomates du jardin et patatas fritas. Divin. Santa Ines, au nord, best tortilla sur la place du village. La Escolera,
sur la plage de Cavallet. Plus cher mais excellent. Le soir
de pleine lune, incroyable. Ama Lur, route de Santa Eulalia, beaucoup plus cher, mais le meilleur de l’île et Rosa au service, sortie tout droit de chez Pedro Almodovar. Dans Ibiza, Comida San Juan, un des seuls vieux restaurants restant, cheap et bon, cuisine de famille Pascual, tapas délicieuses et clientèle uniquement espagnole. Los Pasajeros de Maria, la cantine
de tous les habitués de l’île depuis plus de vingt-cinq ans,
à peine dix euros. La Brasa, superbe patio, sous les bougainvilliers. Plus cher, mais magnifique



Circuit Kostar
Avis aux noctambules. Ibiza, c’est une flopée de bars et clubs tous aussi bondés les uns que les autres à la nuit tombée.
À chaque soirée, son thème. Les touristes ont le choix entre
le Privilège (qui accueille jusqu’à 10 000 personnes !)
ou l’Amnesia à San Rafel. À Ibiza, le circuit démarre dans
la zone du port. Certains ne jurent que par le Pacha (et ses vingt-cinq bars en saison). Ambiance plus intime (5 000 personnes seulement) mais résolument jet set. Soirées mythiques Ministry of sound, produits dérivés et espace VIP réservé aux détenteurs de cartes gold. L’entrée peut coûter 25, 28, 30 ou… trop d’euros. Si vous avez gagné au Loto, faites ensuite un tour au Space. Le club ouvre à huit heures du matin et ferme vers seize heures. Le Space offre deux dance-floors dont l’un en terrasse pour évacuer les vapeurs de la nuit. Quant au Es Paradis, à San Antonio, il reste célèbre pour
ses waterparties où il est de bon ton de mouiller son maillot
de minuit à sept heures du matin.