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  Dans cette rubrique, un artiste
évoque une ville qui le fait vibrer, ailleurs. Françoiz Breut, musicienne et illustratrice, raconte Bruxelles, ville qu'elle a découverte il y a quinze ans.

J’ai découvert Bruxelles en 1991, lorsque je vivais à Dunkerque pour mes études (Dunkerque est à 20 kms de la Belgique et j’y allais souvent en vélo) et chose étrange, je m’étais garée dans la rue où je vis actuellement. Ce sont des coïncidences sans importance, mais ça me fait sourire.  Puis j’y suis retournée en 1993 pour suivre mon compagnon de l’époque qui allait exercer ses talents de chanteur au pays de Brel et d’Adamo. Nous aurions préféré Liège qui,
à nos yeux (à l’époque), était plus accueillante que Bruxelles, plus grande et plus dispersée. Nous avons quand même choisi la capitale pour nous installer, à Etterbeek, à deux pas de la maison natale d’Hergé, par un sombre mois de novembre. Je dis « sombre » car Dominique, mon compagnon, avait trouvé pour nous loger un magnifique entresol avec un semblant de lumière où, de temps en temps et surtout quand il était en tournée, de charmants rats sortaient le bout de leur museau. Tout ça ne nous donne aucun détail sur Bruxelles, évidemment, mais quand on arrive dans une ville inconnue sans connaître personne,
on focalise un peu sur le lieu où on habite. Pour éviter donc de nous confronter trop souvent aux petites bestioles, nous avons beaucoup profité de tout ce qui pouvait se passer
à Bruxelles, des concerts pas chers, des expos curieuses, variées, des tas de lieux alternatifs, des restaurants clandestins, des soirées cinéma organisées dans des squatts. Ça grouillait
de partout. Cependant, des amis de l’époque nous disaient avec une pointe d’amertume que Bruxelles c’était mieux cinq ans plus tôt... que tout changeait déjà, l’augmentation des loyers, les soirées interdites. Bref, on a fini par partir aussi parce qu’en tant que Français, au niveau administratif, l’Europe n’avait pas encore fait son travail, et que de chômeurs français pas plus que de Sénégalais, on ne voulait pas…  Je suis revenue à Bruxelles en 2001, après un détour de deux ans à Cherbourg, ma ville natale, puis deux ans à Nantes pour retrouver mes amis, puis Paris, puis Bruxelles à nouveau mais en changeant de quartier. J’habite dans
le centre à présent.  En huit ans, Bruxelles a complètement changé de visage. Reliftée presque entièrement pour plaire aux nouveaux venus de la communauté européenne, tout ça en faisant s’écrouler des quartiers entiers, en repoussant les populations plus pauvres installées depuis des décennies dans le centre.  Bruxelles n’est pas une ville de prime abord très séduisante, elle a été complétement ravagée depuis le début du siècle dernier. On appelle ça la « bruxellisation ». Des rues entières, construites dans le style « art nouveau », ont été détruites dans les années 50, au moment aussi de l’Exposition universelle de 1958, remplacées par des constructions plus modernes mais pas forcément réussies... Dans les guides touristiques, on résume Bruxelles à sa Grand’ place. C’est sûr, le centre de Bruxelles n’est pas très étendu. Il n’y a pas de grand fleuve majestueux qui traverse la ville, mais plutôt un canal vert de gris qui limite le nord-ouest de la ville. Moi qui viens de la mer, cette ouverture me manquait, mais j’ai fini par m’attacher à ce canal qui peut nous amener jusqu’à Anvers… En définitive, la mer n’est pas si loin.  J’ai appris à aimer Bruxelles, en me promenant à pied, à vélo (un peu dangereux à cause des rails de tram), en tram (ah les vieux trams de Bruxelles « jaune Pernod »), en métro (très années septante, ambiance Buffet froid de Blier). On ne respire pas très bien dans le centre à cause de la pollution comme partout, mais il suffit
de prendre un tram et hop on peut se retrouver très rapidement à demander son chemin
à une vache écossaise (Parc du Scheutboss, près de la chaussée de Ninove)… J’ai appris
à apprécier Bruxelles en lisant son histoire (je n’ai pas encore tout compris), j’espère apprendre le flamand un de ces jours. On vous dira souvent bonjour en néerlandais et en français dans les commerces du centre ville, il ne faut pas oublier que Bruxelles est une île en Flandre et que s’il y a séparation de la Belgique, on se demande bien ce que Bruxelles deviendra !.



 

 

CHOIX DE BRUXELLES
Capitale européenne et îlot francophone en territoire flamand, Bruxelles a fêté son millénaire en 1979.
La ville historique ne compte que 150 000 habitants. Institutions européennes et internationales obligent, Bruxelles est la ville la plus cosmopolite d’Europe.

Cartes postales
Bruxelles ne se résume pas à l’austère palais royal, à la Grand-Place, à la galerie royale Saint-Hubert, aux moules-frites et au Manneken Pis?! La statuette au jet impudique n’en attire pas moins un flot de touristes, caméscope au poing. Le tour
du centre historique se fait à pied en descendant du chic quartier du Sablon. En terrasse, on peut boire une gueuze en terrasse sans offenser la morale !
Infos : www.brusselsinternational.be

Y aller
Le train est une bonne solution. TGV pour Paris, puis Thalys au départ de la gare du Nord. Rapide et confortable. Réservez 3 mois à l’avance pour payer moins cher. Plusieurs départs quotidiens en car (Eurolines) au départ de Paris.



S'y loger
Les hôtels du centre sont souvent complets. Et pas vraiment donnés. Les prix chutent l’été. Le Queen Anne *** propose des chambres à 60 €. La chambre d’hôte peut être une alternative.

S'y restaurer
Pour boire un verre ou deux triple Westmalle (bière de la célèbre abbaye) : Chez Martine, un petit bar tout rouge avec des photos d’Elvis jaunies au mur (rue de Flandres), au Fonteynas, dans le centre (91, rue du Marché au charbon). Billie, toujours souriante, fait d’excellentes soupes à 3 € et des sandwichs salades bien frais. Chouette déco, tables en formica. Pour les chocolats,
un détour s’impose à la boutique de Pierre Marcolini au Sablon. L’artiste a été sacré meilleur chocolatier du monde en 1995. Incomparable.

Événements
"Plein open air ", festival créé par les bénévoles du cinéma alternatif Nova, a lieu en août. Cinéma en plein air gratuit, concerts dans des lieux insolites (terrains vagues, friches industrielles) et de nombreux débats. Un festival passionnant qui fait aimer Bruxelles, qui parle de ses blessures infligées
par les promoteurs. En mai, les Nuits botaniques, festival
à écouter. Il y a à boire et à manger, mais le lieu est très beau dans les serres du jardin botanique où a été cultivée pour
la première fois par le jardinier chef l’endive (que les Belges appellent « le chicon? »). Délicieux avec du miel.



Circuit Kostar
Le centre historique est beau comme une carte postale, mais « l’îlot sacré », à deux pas de Grand-Place, a des allures
de quartier Saint-Michel à Paris. Sans grand intérêt. À deux pas, un bistro légendaire?: À la mort subite. Une institution d’un autre temps, onze pompes à bière et des places très chères à la sortie des bureaux. Au-delà de la Bourse, le quartier de la mode et de la création s’organise autour de la rue Antoine Dansaert où se sont installés de jeunes créateurs et stylistes. Très couru, le marché aux puces quotidien de la place du Jeu de balle. Hors des sentiers balisés, découvrez Recyclart, gare de la Chapelle. Un lieu de concerts et la mise à disposition d’ateliers pour artistes pluri-disciplinaires. Des concerts pointus de rock ou d’électro, et des activités gratuites (jeux, photos, ateliers de films d’animation, bal discos pour les enfants le dimanche, majorettes comme les Vedettes qui défilent avec Katerine…). À Bruxelles,
il faut être curieux et ne pas avoir peur d’aller dans les rues sombres qui paraissent isolées.