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   Dans cette rubrique,
un artiste évoque
une ville qui le fait
vibrer, ailleurs.
Benjamin Lamarche,
danseur, co-directeur
du Centre Chorégraphique
National de Nantes,
raconte Londres,
ville qu’il a découverte
avec Claude Brumachon.

1984 : la première fois. Arrivé par la mer, le bateau de nuit qui s’approche des côtes anglaises, le train qui traverse les banlieues grises de l’ère thatchérienne, l’imposante gare de Waterloo et puis Londres. On n’échappe pas aux poncifs, les taxis noirs, les autobus à impériale, Piccadilly, Leicester Square et ses néons flamboyants. Terre des différences. Covent Garden d’un côté et The Place, petit théâtre qui nous a invités, posé entre l’énorme King’s cross et la bouillonnante Euston station. Retour en capitale anglaise vingt ans plus tard. J’aime me promener à pied dans les villes, on les découvre comme on visite un palace, des cuisines au grenier, des salles d’apparat aux communs crasseux. Laissant le centre, nous errons le nez en l’air dans Shoreditch et ses cafés multilingues, dans Brick Lane, quartier bengali où la rue sent le curry, entre une vraie ferme avec ses animaux et ses cultures (bengali) et les marchés pluriels dans lesquels s’ouvrent toutes les boutiques artisanales, cosmopolites, modes et rétro. Spitalfield market, polyglotte.  Tout est contraste et contradiction, tolérance et interdit, liberté et réglementation. L’énormité de l’ancienne brasserie – pas encore reconvertie en centre culturel ou commercial –, briques blanches crasseuses, accompagne les vendeurs qui s’installent dans Brickstreet. En une heure, la rue est saturée. Les vide-greniers prennent une ampleur indescriptible.  La rue, c’est en déambulant qu’on la découvre, la température de la ville se prend à toutes les heures de la journée. Le nez en l’air, questionner les façades des immeubles victoriens, l’empire se décline en version anglaise, ou l’enfilade des petites maisons accolées briques jaunes, briques rouges, rideaux blancs. On passe de la City moderne à la ville ancienne, les colonnes et les sculptures appellent l’Afrique et l’Inde, les statues rappellent les heures glorieuses, des rois, des conquérants de Wellington à Cromwell vice-versa. Les perdants, eux, n’ont pas droit à leur statue. Westminster se pare de mille gargouilles monstrueuses, les touristes se pressent à l’intérieur et je préfère m’évader dans l’onirisme des pierres.  Londres se peuple d’habits traditionnels, éthiques, ethniques, sociaux, rebelles, anars, religieux, britishs, élégants et pouilleux. Contraires et semblables. Ici, on côtoie, on vit ensemble, une tolérance au melting-pot invraisemblable outre-Manche. Un côte à côte cru, violent parfois, la matière brute du monde.  Quand les pieds n’en peuvent plus, la rue vue d’en haut prend un caractère féerique, double-decker, on s’enfile les rues du sud au nord.  Londres c’est les fringues qui m’enivrent. Ensorcelés par le souvenir, nous retournons à Camden Town. Camden Lock, flash ! La claque, l’ère punk merveilleuse est toujours vivante, éclatante, les années 80 sont là flanquées des suivantes et des précédentes, les babas, les beatniks, les golden boys et les gothiques… Trottoirs saturés, boutiques éventrées, robes, jupes, bracelets, casquettes et chapeaux, bijoux et tatouages, pantalons, tout s’achète et se vend, même les porte-monnaie version plastique, cuir ou confection extravagante.  Le futur s’imagine ici dans des atours rocambolesques et multicolores qu’on rêve de porter un jour.  Londres c’est la musique, underground et indépendante, électro et rock, house et classique. Boîtes de nuit aux torses nus ruisselants de sueur à Vauxhall, cafés transportés dans les squares, verres de bière en plastique à la main, parce qu’on ne peut plus fumer à l’intérieur, les sexualités s’exposent et s’imposent, la police veille au grain. La rue au petit matin se couvre de canettes et de papier, de traîne-savates et de ladies désœuvrées, terre d’antonymes et d’antithèses.  Londres se résume au Sir John Soane’s Museum. Coincé entre de superbes maisons bourgeoises en enfilade, le musée est un assemblage invraisemblable de tout ce que le romantisme et la frivolité, le classicisme et le dandysme, le diabolique et le religieux, le collectionneur et le bourgeois, l’explorateur et l’homme de salon a pu accumuler dans sa vie. Gothique. Londres, décidément, terre de mélange et de flegme.



Photos / Patrick Thibault

 

Ici, Londres
Paris, la plus belle ville du monde ? Shocking. Londres n’est pas mal non plus. Mégalopole de plus de 8 millions d’habitants, la capitale britannique accueille quelque 27 millions de touristes par an. Surprenante, bouillonnante, cosmopolite, Londres se la coule douce au bord de la Tamise.

Cartes postales
Au siècle dernier, les petites Anglaises faisaient rêver les ados des 70’s. Et Carnaby street surfait sur la beatlemania. Aujourd’hui, le Cambridge Theater affiche la même comédie musicale, Chicago, depuis 8 ans. On peut aussi voir Billy Elliot ou Grease dans ce quartier de West End. Londres, c’est aussi Westminster, le Parlement, Buckingham… et les quais qui mènent à la superbe Tate modern.

Y aller
Au départ de Nantes, vol Ryanair pour London-Stansted. Au prix low cost du billet, s’ajoute le transfert vers Londres. Avec l’Eurostar via la gare du Nord à Paris, on se retrouve à Saint Pancrace, la plus belle gare de Londres, remise à neuf et inaugurée by the Queen, début novembre. À suivre également les promos de la Britanny ferries.



S'y loger
Dans un pays où la co-location, pour les jeunes, est souvent la règle, le mieux est de partager sa chambre. Hôtel ou B&B, la différence n’est pas toujours énorme. Éviter les adresses trop excentrées. On peut trouver une chambre double à Kensington (en 2*) pour moins de 70 euros.

s'y restaurer
La qualité de la cuisine indienne n’est pas une légende. Pas toujours bon marché : Tandoori chicken à 16,95 euros (!) à la so chic Bombay brasserie de Courtfield road. Plus abordable, la (petite) chaîne Masala zone qu’on trouve à Soho, Covent garden, Earls court… Londres regorge de petits restos grecs, italiens ou chinois qui permettent d’éviter les affres de l’international burger company !

Événements
C’est ici qu’Apple a inventé, en juillet, l’iTunes festival. En automne, les rendez-vous culturels se bousculent au calendrier. Avec un festival ciné et le fameux London jazz festival. 165 concerts (dans 35 lieux !) et 60 000 spectateurs. L’événement a lieu début novembre. Londres vaut également le détour pour ses soldes. On se bouscule autour des rayons d’Harrods comme des boutiques branchées. La grande exposition Louise Bourgeois, à la Tate modern, peut être un alibi…



Circuit Kostar
Plutôt musées ou boutiques branchées ? Qu’importe. À Londres, difficile de ne pas trouver son bonheur. Tate britain et Tate modern, mais aussi British museum (ouvert et gratuit depuis 1759 !) qui accueille (jusqu’au 6 avril prochain) une douzaine de soldats d’argile de l’armée de Qin Shihuang. Côté shopping, un tour chez Harrods ou chez Selfridges qui vient d’ouvrir un « concept store » dédié aux cadeaux rares. Mais c’est à Shoreditch que ça bouge. Un dédale de ruelles entre d’anciennes brasseries. Station de métro Spitafields puis, entre Commercial street et Brick lane, des boutiques au milieu de chantiers. Sneakers en édition limitée, jeans et blousons vintage, junky styling (sic)… De jeunes designers et stylistes ont désormais pignon sur rue. Et, là, on est à 100 lieues de la City ! À deux pas, on peut prendre un verre et une assiette de fromages dans l’une des brasseries installées dans une galerie près de l’ancien marché du quartier. Avant de reprendre le métro à Old street. London ? Be independant !