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  Dans cette rubrique,
un artiste évoque une ville
qui le fait vibrer, ailleurs.
Philippe Genty, auteur,
metteur en scène, fondateur
et animateur de la Compagnie Philippe Genty, raconte Buenos Aires, qu’il a découverte lors d’une escale de Cargo 92.

On dit aujourd’hui que Buenos Aires est la nouvelle Barcelone. Je ne sais pas… Ce qui est sûr, c’est que cette ville bouge énormément. Buenos Aires, pour moi, c’est un vieux souvenir ! J’ai découvert cette ville dans le cadre de l’opération Cargo 92. Avec quelques dizaines d’artistes, on était parti de Nantes, en bateau, pour l’Amérique du Sud. À chaque escale, il y avait des spectacles, des concerts, des rencontres avec le public. J’en garde à la fois des impressions un peu fugitives et des images très fortes.  Buenos Aires, c’est sans doute la ville la plus européenne de l’Amérique du Sud. En tout cas, la plus proche de nous. Pour les Argentins d’ailleurs, leur capitale, c’est « la petite Paris ». Et c’est vrai qu’il y a, sur le plan de l’architecture, des points de comparaison. Comme Paris, Buenos Aires a son centre historique mais elle s’étend aujourd’hui à l’infini… Lors de ce séjour en 1992, je n’ai guère eu le temps de jouer au touriste. Bien sûr, on connaît la plaza Mayor, aujourd’hui plaza de Mayo, et les souvenirs qui s’y rattachent. Mais je n’ai pas vraiment eu le temps d’arpenter l’avenida de Mayo, de me poser au Café Tortoni… et, tout au bout, de m’interroger devant le penseur de
Rodin.  Le temps m’a manqué. En fait, pendant quatre jours, j’ai passé beaucoup de temps dans une chambre d’hôtel, confortable certes, mais j’avais l’impression de jouer les péripatéticiennes ! J’étais là face à la villa de Borges et j’enchaînais les interviews. On jouait
Dérives au théâtre de San Martin. Et je me souviens avoir passé beaucoup de temps à parler psychanalyse avec les journalistes. Je crois que Buenos Aires compte le plus grand nombre de psychanalystes au monde. Au point qu’un des quartiers de la ville porte le nom de Freud. Certains y voient un contrepoids à l’influence de la religion… Les Argentins ont découvert Freud très tôt. Comme ils ont découvert Proust, Ibsen, Strinberg… Les spectacles de la compagnie y ont toujours suscité un grand intérêt. Peut-être parce que, pour moi, le théâtre est aussi le lieu de l’inconscient et que les choses s’y enchaînent comme dans un rêve.  Buenos Aires est en effet une grande capitale culturelle. Avec une culture très riche qui tient bien sûr au brassage de l’Histoire et dont les Argentins sont très fiers. À Buenos Aires se trouve l’un des plus grands opéras du monde, le Teatro Colon, mais on ne compte pas le nombre de théâtres du côté de l’avenida Corrientes. On est aussi dans la ville de Carlos Gardel et dans la capitale du tango. C’est là qu’il est né. On a passé, là-bas, des soirées dans des lieux étranges et étonnants. J’ai le souvenir d’un endroit absolument incroyable. Un lieu qui regroupait à la fois un très grand restaurant, une immense salle de billard et, bien sûr, une salle de bal où on dansait le tango dans les règles de l’art jusqu’au bout de la nuit. Et, dans cet endroit-là, un peu à l’écart, il y avait un espace où les gens pouvaient dire de la poésie… Je me souviens d’un colloque, organisé au Pérou, et réunissant des universitaires sud-américains. Là, j’ai pris conscience des tensions qu’il pouvait y avoir entre ces différents pays. Les Argentins y sont perçus comme des gens un peu snobs, trop fiers… Une chose est sûre, il y a une vraie curiosité des Argentins pour notre culture et on la retrouve complètement à Buenos Aires. Je suis toujours en contact avec l’université de San Martin et nous avons quelques projets que nous espérons mener à bien.  Et on trouve aussi, en France, de nombreux artistes argentins. Ariel Goldenberg, Alfredo Arias… L’autre image très forte que je garde de la ville, c’est le football. C’est l’autre religion de l’Argentine. Ce n’est pas forcément mon truc mais assister à un match entre Boca Juniors et River Plate, c’est absolument incroyable. Ici, on connaît Diego Maradona et quelques autres mais, là-bas, c’est religieux, c’est phénoménal. Les stades sont des cathédrales. Vous vous retrouvez dans une tribune et vous assistez à un spectacle hallucinant. Autant dans les tribunes que sur la pelouse. À grand renfort de drapeaux et de banderoles, les supporters y organisent de véritables chorégraphies. D’immenses toiles montent et descendent des tribunes au point de les recouvrir en entier. On crie, on chante, on s’agite beaucoup. Tout cela est remarquablement organisé. Jusqu’à la sortie du stade où deux cordons de policiers séparent les flots de supporter des deux équipes car, bien entendu, c’est un peu chaud…  Mais l’Argentine, c’est aussi un continent. En février, je pars pour animer un master class organisé par l’université San Martin avec des comédiens, des danseurs en Patagonie… Un truc incroyable dans une région que j’ai hâte de découvrir. Au bout du compte, Buenos Aires, j’en suis revenu frustré. Alors, je m’y arrêterai plus longuement avant de revenir vous raconter tout ça.



Photos / Fanch Pich + Creative Commons + Ambassade d’Argentine

 

Bienvenidos
« Don’t cry for me… » Certes, Buenos Aires n’est pas l’Argentine mais que serait l’Argentine sans Buenos Aires ? La capitale serait en voie de détrôner Barcelone au hit parade des villes à vivre. Parce qu’elle bouillonne, cette mégalopole de plus de 11 millions d’habitants. Quand s’éteignent les clameurs des stades, c’est le tango qui mène la danse dans le quartier de San Telmo.

Cartes postales
Buenos Aires revendique haut et fort d’avoir vu naître le tango. Au risque de froisser Montevideo. Carlos Gardel et Astor
Piazolla sont, ici, des dieux. Ceux du stade, eux, ont rendez-vous à la Bombonera, le stade de Boca Juniors où flotte toujours le souvenir du grand Diego. Buenos Aires, c’est plus d’une quarantaine de barrios (quartiers) dont le plus ancien, San Telmo, avec ses maisons de style colonial, est un décor de carte postale. Même si la palme revient à la Boca avec ses maisons de bois peint et de zinc aux couleurs éclatantes.

Y aller
Pas facile d’aller au bout du monde (ou presque) pour pas cher. Pas vraiment de solution “routard”. Pas de low cost en effet sur ces longues distances. Au départ de Paris, il en coûte (environ)
850 euros avec la Lufthansa. Les tarifs Air France, eux, vont inciteraient plutôt à rester chez vous. Reste à saisir la bonne “occase” sur le net.



S'y loger
Nombreux petits hôtels ou pensions au cœur de la ville. Parmi les bons plans routards : La Casa Fitz Roy, (www.lacasafitzroy.com) dans le Palermo Viejo. 10 dollars/nuit en dortoir (4 its), 40 dollars en chambre double. Autre option : l’hôtel Ibis, à 5 mn de l’avenue du 9 de Julio.

S'y restaurer
En Argentine, pays de la pampa, le bœuf y est roi. Impossible d’échapper au rituel de la parrilla, ce grill posé sur la table sur lequel la viande termine sa cuisson. L’un des plats de base (et l’un des moins chers) est la milanesa, une fine escalope légèrement panée. La cuisine a aussi pris les couleurs des immigrants. À l’image du dulce con leche, sorte de confiture de lait incontournable au moment du dessert, les prix sont restés doux. La carte des vins, elle, est là pour nous rappeler que l’Argentine est le 6e producteur de vin au monde. Cabernet, sauvignon, chablis s’épanouissent là-bas aussi.

Événements
Comme toute l’Argentine, Buenos Aires aime faire la fête. À noter sur l’agenda, en général fin février, l’incontournable Buenos Aires Tango, “le” festival des allumés du tango. Le 9 juillet, la ville comme le pays fête son indépendance (depuis 1816) et le mois d’août est, à lui seul, une grande fête : le Festival de la Luz est celui de toutes les rencontres (encuentros abiertos) entre les artistes et le public. La jeune création argentine s’y donne rendez-vous.



Circuit Kostar
Buenos Aires se laisse volontiers apprivoiser. À pied, en collectivo (bus) ou en taxi (pas très cher)… Pour aller de San Telmo, quartier des antiquaires et du tango, au cimetière de Recoleta, par exemple, où repose Eva Peron après un passage à la Boca pour prendre quelques photos. La ville, qui veut donner le ton à son grand salon de la mode en novembre et la jeune création, se lance à l’assaut d’anciens quartiers très populaires, comme Puerto Madeiro, l’ancien quartier des docks ou le quartier de Palermo Soho. Sans se déguiser en gaucho, il est difficile de résister aux nombreux articles de cuir de belle qualité et tout à fait abordables.