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Anaïs Allais Benbouali, confessions intimes



Texte / Arnaud Bénureau * Photo / Adeline Moreau pour Kostar

Publié dans le magazine Kostar n°33 - décembre 2012-janvier 2013


À même pas 30 ans, la Nantaise Anaïs Allais Benbouali interroge avec Lubna Cadiot (x7) la petite et la grande histoire, les femmes de sa famille et celles fantasmées, entre l’Algérie et ici.


Pendant longtemps, Anaïs Allais Benbouali a voulu faire du journalisme. Mais les jeux étaient déjà faits. « À la maison, on avait un petit théâtre. J’ai eu du mal à me dire que je pouvais en faire mon métier. Est-ce que j’allais manger avec ça ? » Après le Conservatoire de Nantes et l’École supérieure des arts à Bruxelles, Anaïs est aujourd’hui intermittente depuis peu. Pourtant, sa rencontre avec Lubna Cadiot (x7) remonte à plus loin. « J’ai commencé à écrire, il y a trois ans. J’avais envie d’une carte d’identité artistique ».

À sa naissance, Anaïs Allais Benbouali a signé un contrat : « ne jamais mettre les pieds en Algérie », pays de sa mère qu’elle a quitté pour la France. « J’ai imaginé des histoires de fous avec des terroristes dedans. Alors que non, c’est plus simple. » Pas tant que ça malgré tout.


“Je ne suis pas une spécialiste de l’Algérie. Je suis d’une génération qui n’a pas vécu ces histoires. Je peux en parler et les sublimer.”

La pièce – monologue intérieur suivant sept femmes, algériennes et françaises, des années 50 à nos jours – se dessine autour de sa grande cousine Hassiba Benbouali, « poseuse de bombes pour le FLN pendant la bataille d’Alger », incarnée, comme les autres femmes, par Fanny Touron, complice de longue date et « blonde aux yeux bleus. C’est encore mieux pour ce projet » qui aurait pu se révéler lourd à porter. « Je ne suis pas une spécialiste de l’Algérie. Je suis d’une génération qui n’a pas vécu ces histoires. Je peux en parler et les sublimer. » Afin qu’elles nourrissent sa réflexion. « Comment, adolescent, tu t’engages pour mourir à 19 ans pour cette cause ? Je me pose des questions sur mon engagement. » Cette première pièce n’est qu’une étape. « J’ai les boules pour la suite. Cet été, j’ai écrit Là où ça devient la peine. Mais je n’éprouvais pas la même nécessité que pour Lubna. J’ai rencontré une scénographe syrienne qui vient d’arriver en France. Elle donne naissance à ce texte. Je vais parler des printemps arabes. Je trouve passionnant et flippant de réfléchir sur l’ici et maintenant. » Et demain, il faudra, à coup sûr, compter avec cette « petite nénette », comme elle se définit aujourd’hui.