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Maguy Marin : “À la fois fidèle et aventurière...”


Interview / Vincent Braud * Photo / Michel Cavalca Publié dans le magazine Kostar n°39 - février-mars 2014


Il y a plus de 30 ans, Maguy Marin écrivait déjà comme une gamine de 2013. May B, le titre de cette création, renvoie, bien sûr, à tous les possibles (may be), en même temps qu’à Beckett qui reste, pour elle, une source d’inspiration. 30 ans plus tard, c’est avec la même passion qu’elle parle de danse.


Aviez-vous imaginé, un instant, en 1981, que May B deviendrait une pièce de répertoire ?

Non bien sûr. C’est le mystère de la création. On ne s’en est pas rendu compte du tout. Cette pièce d’ailleurs a eu un succès plutôt mitigé au départ. Alors, on l’a un peu oubliée, et puis elle est revenue.


Qu’est-ce qui fait qu’une pièce passe à la postérité ?

C’est un autre mystère. Sa force peut-être qui, ici, est la force du groupe (ndlr il y a dix danseurs sur scène). Ça transformait, à l’époque, les modalités de la danse et du rapport à la danse. Et puis, ces danseurs sont volontairement hors du temps, donc ils sont de tous les temps. Ce ne sont pas des archétypes de danseurs.


Pour un propos, lui aussi, intemporel…

C’est drôle qu’on parle de tout ça aujourd’hui, car c’est une question qui se pose depuis toujours : c’est ce qu’on appelle le “vivre ensemble”. Cela renvoie à notre condition humaine et au huis clos de Sartre : l’enfer, c’est l’autre.


“La danse fait partie, depuis toujours, de l’expression de l’espèce humaine.”

Aujourd’hui, May B peut être un sujet du bac… Quel effet ça vous fait ?

C’est un honneur bien sûr. En même temps, je me dis que si ça permet à des jeunes qui feront, ou pas, des carrières artistiques de réfléchir à cette question fondamentale, c’est sans doute une bonne chose.


Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le “danser” de notre époque ?

La danse reste une expression très diversifiée. Je viens, personnellement, de la danse classique. Et je vis et j’écris dans ce XXIe siècle. Le rapport au corps et à la danse a changé naturellement, mais la danse fait partie, depuis toujours, de l’expression de l’espèce humaine. La danse appartient à tous.


Votre parcours vous a amenée à Créteil, puis à Rillieux-la-Pape, vous voilà de retour à Toulouse…

Ce n’est pas une boucle que je ferme. Je n’y ai pas réfléchi. C’est vrai que je suis née ici et que j’y suis revenue, mais c’est une affaire de circonstances. C’est comme toujours la possibilité d’y travailler qui a été décisive. Je suis comme ça, à la fois fidèle et aventurière. 


www.letheatredelorient.fr