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Stanislas Nordey : “J'aime le plaisir de me perdre chaque soir.”

Mis à jour : 22 août 2019


Partage De Midi / EricVigner © Jean-Louis Fernandez

Interview / Patrick Thibault Publié dans le magazine Kostar n°63 - décembre 2018-janvier 2019


Retour à Rennes pour Stanislas Nordey. Le directeur du Théâtre National de Strasbourg est le Mesa d’Éric Vigner pour cette nouvelle version de Partage de Midi de Paul Claudel. La presse est enthousiaste. Rencontre.

Quels sont les démons de Mesa ?

C’est quelqu’un d’écartelé car il veut se donner entièrement. D’abord à Dieu qui va le rejeter mais, selon lui, parce qu’il n’a pas su se donner entièrement. C’est donc quelque chose de difficile pour lui. Son démon principal est une forme d’incomplétude, d’indécision, d’impossibilité de choix véritable. Avoir un désir d’absolu et constater que, pour tout homme mortel, atteindre l’absolu, c’est finalement difficile à concrétiser dans la réalité, c’est dur.


En quoi est-ce un rôle différent ?

Je ne me pose pas ces questions-là. La langue de Claudel est différente. Une poésie concrète, simple mais parfois une pensée complexe, savante et pleine de références bibliques. En tant qu’acteur qui travaille presque uniquement sur des auteurs contemporains même s’ils sont littéraires, c’est pour moi différent. Cette langue a une identité du fait du temps, une forme de préciosité et je ne dis pas ça dans un sens péjoratif. L’autre différence, c’est quelque chose de l’ordre du chant dans l’écriture.


Que vous a appris ce rôle ?

Ça bouge tout le temps parce que ça brasse tellement de choses. Ça fait partie de ces écritures sans fond qui sont des cadeaux pour les acteurs, des langues qu’on peut réinventer tous les soirs. Si ces grandes œuvres ont résisté au temps, c’est parce qu’elles plongent dans des abimes. Dès le départ, dans la proposition d’Éric Vigner, j’étais intéressé par le gouffre que ça offrait. J'aime le plaisir de me perdre chaque soir. Quand je m’adresse à Dieu aux portes du ciel, c’est un bonheur infini car ça offre des pistes d’entrée et de jeu infinis.


“Quelque chose de l’ordre du chant dans l’écriture.”

Le point fort de la pièce, c’est la langue ?

Avec Éric Vigner, la langue de Claudel n’est pas dogmatique sur la façon de dire le verbe. On a pu inventer ensemble la respiration possible. C’est une langue extrêmement travaillée et en, même temps, elle coule. On a l’impression qu’il était lui-même acteur, comme s’il avait écrit pour le corps. L’acteur se jette dedans.


C’est une pièce autobiographique, jouer le rôle de Claudel, est-ce que c’est un plus ?

Honnêtement, je m’en fous un peu car ça n’est pas un bonhomme qui me fascine. J’essaie comme à chaque fois de me l’approprier, de le ramener à moi et de voir ce que ça dit de moi.


N’auriez-vous pas voulu monter la pièce vous-même ?

J’ai eu un projet qui ne s’est pas réalisé. Lorsqu’on me propose de jouer dedans, j’oublie que j’ai voulu monter la pièce sinon c’est impossible. Quand j’ai voulu monter Partage de midi, c’était pour faire un cadeau à des acteurs que j’aime. Laurent Sauvage, Emmanuelle Béart et moi en Mesa.


N’est-ce pas difficile quand on est metteur en scène de jouer pour quelqu’un d’autre ?

Je suis l’acteur le plus docile au monde. Ce qui me plaît c’est de me déprendre de mon regard de metteur en scène, me glisser dans le rêve et l’esthétique de quelqu’un d’autre. C’est comme des vacances et je m’abandonne d’autant plus que j’ai la chance de pouvoir choisir des gens dont j’aime l’univers.


Illustration
© Elly Olman

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