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Une ville ailleurs : Berne, par Wilfried N’Sondé



Texte / Wilfried N’Sondé * Photos bern.com et Wilfried N’Sondé (ci-dessous). Illustration / Quentin Faucompré Publié dans le magazine Kostar n°60 - avril-mai 2018

C’est en 2007 que le compositeur et chanteur reconnu sur la scène berlinoise est salué pour son premier roman. Wilfried N’Sondé est devenu une des voix les plus puissantes de la littérature urbaine et francophone. Invité du festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, il présentera son nouveau roman, Un océan, deux mers, trois continents. Pour Kostar, surprise, il a choisi de parler de Berne.

Lorsque j’ai accepté un poste de professeur invité de l’université de Berne pour le semestre d’hiver 2016, j’ai d’emblée sombré dans une sorte de résignation. La capitale de la Confédération helvétique, dont je ne connaissais qu’un hôtel, un restaurant près de la gare, et la maison de la littérature où j’avais fait une lecture en février 2009, ne m’inspirait que grisaille et ennui. Je m’y suis installé avec la motivation de quelqu’un qui se prépare à supporter stoïquement de longues semaines d’un mal nécessaire. Heureusement, au fil des mois de mon séjour bernois, j’ai découvert une ville délicieuse de diversité et de sérénité.

Il serait fortement exagéré d’affirmer que les nuits y sont folles au point de rivaliser avec celles de Berlin ou de Kinshasa, le mouvement et le tumulte ne sont pas les meilleurs atouts de la cité aux pieds des Alpes ! Berne est discrète, elle s’illustre par ses silences, c’est une dame pudique, surtout quand ses cieux sont clairs et versent une lumière blanche, réfléchie par les neiges éternelles au sommet des montagnes qui l’entourent de dentelles géantes, ciselées dans la pierre. La capitale est fière de choyer la nature, et j’étais heureux de constater là-bas qu’il pouvait exister une atmosphère si pure en milieu urbain. Je m’en emplissais les poumons, au petit matin, en longeant les immenses baies vitrées du musée Paul Klee. Là où Berne ressemble encore à un village perché sur une colline de la vallée, avec un troupeau de moutons qui broutent dans un pré délimité par une palissade en bois, et la quiétude d’un horizon qui se fond dans les nuages.


Berne est devenue pour moi un havre de paix, un délice pour qui apprécie la mesure, la ville m’a ouvert ses bras, sans jamais m’étreindre.

J’ai aimé arpenter d’un pas lent ses allées, propres et désertes dans les quartiers résidentiels, marcher sur les pavés du centre ville, là où Berne prenait des airs de grande métropole. Je me plongeais alors dans une sage et joyeuse cacophonie : les éclats de rire mesurés des adolescents au sortir des écoles, la cloche des tramways qui annonçaient leur passage, ou la nostalgie d’un violoncelle qui étirait un requiem à l’entrée d’une rue piétonne. Berne est devenue pour moi un havre de paix, un délice pour qui apprécie la mesure, la ville m’a ouvert ses bras, sans jamais m’étreindre. Elle m’a permis de laisser libre cours à mon inspiration : c’est une ville qui a su disparaître autour de moi, un bonheur pour écrire. Elle m’a offert des évasions mentales, je voguais alors nulle part ailleurs que dans mon roman.

J’ai fréquenté ses terrasses de café où les foules se précipitaient, toujours dans la politesse et la bonne humeur, pour profiter des rares rayons de soleil de l’automne, et la sympathie des serveurs vêtus à l’ancienne dans des établissements parfois souterrains, plusieurs fois centenaires. Et, partout, un étonnant foisonnement de langues qui cohabitent sans heurts et érigent la modeste capitale en tour de Babel du XXIe.

Berne ronronne, c’est vrai, et c’est bien là son charme. Paisible et douce, elle réussit le prodige de changer la monotonie en un apaisement propice à l’introspection. J’avoue m’être surpris à me délecter de cette ambiance où rien ne dissone ni ne détonne, tout y demeure calme, paisible et feutré !


Wilfried N’Sondé, Un océan, deux mers, trois continents, Actes Sud.




Circuit Kostar


La fête en Berne

Lovée dans une boucle de l’Aar, un affluent du Rhin, Berne n’a pas l’attrait tapageur d’autres métropoles européennes. La capitale fédérale ne manque pas pour autant d’atouts, culturels et touristiques. Berne aime surprendre et… séduire.


L’appellation ville d’Art et d’Histoire n’est pas usurpée. L’architecture vaut d’ailleurs à la ville d’être classée au patrimoine de l’Unesco. Pas moins de six kilomètres d’arcades permettent de flâner quel que soit le temps. La Tour de l’horloge (l’historique Zytglogge), la Tour des prisons, la collégiale Saint Vincent font partie des cartes postales. Tout comme la vue spectaculaire qu’offre l’observatoire de Hohwacht.

Berne est aussi la ville de Paul Klee. Ouvert en 2005, le centre consacré à l’artiste est signé Renzo Piano. Il y a là quelque 4 000 œuvres auxquelles on peut ajouter quelques toiles offertes par ses amis Kandinsky, Franz Marc ou Jawlensky. Le Kunstmuseum, le plus ancien des musées suisses, avec ses 3 000 tableaux, ferait presque figure de parent pauvre. On y retrouve Paul Klee, Van Gogh, Picasso, Pissaro, Giacometti et beaucoup d’autres.

Mais Berne est aussi une ville du XXIe siècle. Le quartier de Breitenrain (Breitsch pour les Bernois) vit presque jour et nuit. On refait le monde devant une bière au Barbière ou devant un cocktail au Turnhalle, avant une soirée électro au Comeback. Très couru, le festival international de jazz offre, au printemps, plus de 200 concerts et invite les stars du moment.




Y aller

Depuis Nantes, vol Air France (direct) pour Genève. Depuis Rennes avec escale à Paris. Il reste ensuite un peu plus de 150 km pour gagner Berne, via Lausanne en longeant le lac Léman. Compter 1h40 environ en profitant de paysages somptueux.


Y séjourner

Quelle que soit la saison, Berne n’est pas une ville bon marché et si vous séjournez dans le centre, il faudra y mettre le prix. Si vous disposez d’un compte sur place, vous connaissez sans doute le bien nommé Bellevue Palace, proche du quartier de Marktgasse. Sinon l’Ibis Styles (sur Zieglerstrasse) fera l’affaire. L’hôtel Alpenblick (sur Kasernenstrasse) peut être un bon compromis.


S'y restaurer

La cuisine, à Berne, peut prendre des accents italiens, comme au Casa Novo, belle demeure au bord de la rivière, ou germaniques, comme à l’Altes Tramdepot, vue panoramique en prime sur la ville. Le restaurant du Rosengarten est idéal pour embrasser le paysage et, aux beaux jours, on se bouscule en terrasse. Enfin, pour une douceur, la maison Gfeller a de quoi faire saliver. Cette institution est à deux pas du palais fédéral.

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